Gaston Raymond (1932-2016)
Dieu de la vie

 

Gaston Raymond

0 Mise en route.

La sécularisation contemporaine oblige à approfondir le premier « mystère » de la foi chrétienne - l'existence et la figure de Dieu - . L’expérience spirituelle et religieuse chrétienne a besoin de deux appuis : la démarche catéchétique qui est rencontre personnelle de la Parole de Dieu et des développements théologiques critiques pertinents.

Ainsi on articulera une approche intégrant le premier et permanent niveau de l'accès à une expérience religieuse et spirituelle personnelle et le second et ultérieur niveau de réflexion critique et objective. La formation chrétienne présente ne peut simplement présupposer la présence d'une foi mais la nourrir au long des âges de la vie et elle doit dépasser la dispersion des spécialités théologiques et éthiques. La visée porte sur notre croire et rendre compte de son croire en étant guidé par le kérygme ouvrant au Mystère avec un regard lucide sur notre modernité, ses apports et ses échecs.

Acquérir le savoir et s’instruire des voies de la sagesse.

Isaïe 40,14

AEQ Jésus Christ, Chemin d’humanisation. p.5-9

Présentation

« Prenant en compte les changements culturels des dernières années, l'Assemblée des évêques du Québec exprimait en 1999 sa volonté d'axer ses interventions en éducation chrétienne sur l'essentiel du mystère chrétien : « Dieu manifesté dans la chair; Jésus mort et ressuscité; l'Esprit Saint qui sanctifie.» Et elle ajoutait : « La rencontre du Christ et de son Évangile doit être au centre de toutes prises de parole et de toutes interventions […] »

Cette perspective inspire le présent texte qui veut être un « document de référence » donnant « les orientations qui guideront au cours des prochaines années les efforts de mise en œuvre de la mission catéchétique ». En centrant leur réflexion sur Jésus Christ, chemin d'humanisation les évêques ont voulu redire leur conviction que le message évangélique est plus que jamais d'actualité et qu'il vient à la rencontre des aspirations les plus profondes des hommes et des femmes de ce temps.

Ce document propose une vision large de l'activité catéchétique, un langage commun à promouvoir, ainsi que des lignes directrices pour soutenir les efforts de chaque milieu dans le développement d'un projet diocésain de catéchèse, articulé et cohérent. Il vise à fournir un souffle et une inspiration de même qu'un cadre de référence pour guider l'élaboration subséquente des démarches, parcours et activités catéchétiques. […]

L'Assemblée des évêques du Québec souhaite que ces orientations soutiennent les différents responsables de la formation à la vie chrétienne dans les diocèses. L'enjeu de ces démarches est considérable pour l'avenir de la foi chrétienne en sol québécois. Les efforts requis sont importants, mais ils seront soutenus par la joie de l'espérance qui nous vient de notre communion au Christ et à la vie trinitaire, source et fondement de la mission d'évangélisation. »

-Raymond St-Gelais Évêque de Nicolet, Président de l'Assemblée des évêques du Québec

Introduction

La formation à la vie chrétienne vise à faire découvrir, apprécier et approfondir la proposition évangélique d'une vie en abondance à la suite du Christ. Cependant, l'accès à la Parole de Dieu est aujourd'hui plus incertain. L'ignorance ou la méconnaissance du fait chrétien est de plus en plus massive et profonde. Le langage religieux et l'appartenance ecclésiale sont largement dévalorisés, en dépit d'une quête spirituelle qui demeure présente sous diverses formes. L'avenir du christianisme en sol québécois apparaît donc lié pour une large part à la capacité des Églises de favoriser une réappropria-tion intelligente de la proposition chrétienne et un engagement vécu à la suite du Christ.

Un tel passage au désert ne peut se vivre sans l'espérance qui nous vient de la promesse du Christ à son Église : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Mt 28, 20) C'est sur cette espérance que repose le présent projet de formation à la vie chrétienne ; une espérance qui invite en même temps à des choix courageux, à des ajustements radicaux de perspective et d'approche dans la façon de proposer la voie évangélique. Il n'est plus possible de compter sur une culture acquise ou une appartenance préalable pour favoriser une continuité de la foi chrétienne de génération en génération. On doit plutôt supposer qu'il est aujourd'hui nécessaire de redécouvrir le Christ. La proposition chrétienne demande à être réinterprétée en lien avec les interrogations, les inquiétudes, les besoins et les aspirations de ceux et celles à qui elle s'adresse.

Une entreprise aussi considérable doit reposer sur un solide fondement théologique. Celui-ci découle du cœur de la révélation : l'accueil du don de Dieu offert en Jésus Christ comme source de lumière et de vie pour le cœur humain et pour le monde. Un tel projet fait également appel à une juste saisie des aspirations et des enjeux qui s'avèrent aujourd'hui les plus significatifs pour la personne et la société.

C'est pourquoi le présent document consacre d'abord une place majeure à une réflexion sur les assises théologiques et culturelles du projet catéchétique de l'Église catholique au Québec en ce début du troisième millénaire. Cette réflexion conduit à contextualiser la mission évangélisatrice et à proposer une orientation générale, un axe intégrateur qui devrait inspirer et guider la formation à la vie chrétienne dans toutes ses dimensions et à toutes ses étapes. Ce projet est situé dans le cadre de certaines orientations pastorales du projet ecclésial québécois. L'activité catéchétique est ensuite définie en rapport avec les autres composantes du processus d'évangélisation, ce qui amène à préciser un certain nombre de définitions et d'orientations théologiques. Le document présente aussi les orientations pédagogiques qui devraient en guider la pratique et il examine la contribution des différents lieux actuels ou possibles de formation à la vie chrétienne. Bien que ces orientations s'appliquent à tous les aspects de la formation à la vie chrétienne, le document s'arrêtera tout particulièrement à leur mise en œuvre en rapport avec le travail catéchétique à l'intérieur de chacune des composantes de l'évangélisation. »

-AEQ Jésus-Christ Chemin d’humanisation. Mediaspaul 2004 p.5-9

Ce programme commence à définir le renouvellement de l’Église catholique dans notre région. Le premier chapitre de sa mise en œuvre nous demande de ne pas présupposer Dieu, son existence ou réalité et sa figure.

Profil

1 Spiritualité ou la rencontre de Dieu Mystère

1.0 Intro

1.1 Échos de notre société moderne

1.2 Documents : Exemples de quête de sens ou du spirituel contemporain

a) LENOIR Frédéric Vie intérieure.

b) SINGER Christiane , Sens de la vie

1.3 Diagnostic de la modernité. Source du nihilisme

1.11 Document : Les X, une génération À L'OMBRE DU MUR

1.12 Documents : Exemples de quête de sens ou du spirituel contemporain.

1.13 Diagnostic de la modernité. Source du nihilisme

1.2 De notre bon sens à l'expérience de l'A.T

1.21 Textes sapientiels.

1.22 Introduction aux livres sapientiaux

1.23 Ordre de lecture de l'AT.

1.3 Le trajet d’évangélisation

1.31 Le processus d'évangélisation

1.32 Conversion c'est à dire transformation de la conscience pour vivre le passage de la mort à la vie.

 

2 Catéchèse,

2.1 Catéchèse, significations possibles.

2.2 Clarifications

AEQ Jésus Christ, chemin d’humanisation. Tableau-synthèse p.52-3

2.3 Le processus catéchétique en Catéchèse biblique symbolique

Document C.Beauchemin

2.4 Démarche de Catéchèse biblique symbolique. Exode 19,1-25

2.41 Prendre connaissance du texte comme récit. Mémoire, récit ou lecture

2.42 Recherches catéchétiques

2.43 Ancien ou Nouveau Testament.

2.44 À retenir….. Sens de « Dieu de la vie

2.5 Document Lagarde C.&J. la transmission de la foi. Des mots pour le mystère

3 Développements théologiques.

3.0 Introduction….

3.1 Contexte actuel.

3.11 Une société sans métaphysique

3.12 Une culture nihiliste

3.2 De la Bible à la théologie

3.21 Deux langages sur Dieu Isaïe 40,9 -41,4

3.22 Autres expressions de l’infini de Dieu.

a) « Noms de Dieu en Islam

b) Une proposition moderne et tenant compte de la modernité

3.23 Unité paradoxale de Dieu

3.24 Actualité de la question des attributs de Dieu

4 Figures bibliques du Dieu de la vie.

4.1 Dieu révélé par l’Ancien Testament

4.11 Héritage assumé

4.12 Expression « mythique » traditionnelle

4.2 Symbole central ou pivot de l’A.T..

4.3 L’expérience de Dieu comprise comme une « Alliance »

4.31 Testament, Alliance.

4.32 Interprétation.

4.33 Les « dix paroles ».

4.4 Le décalogue et l’expérience de l’Alliance.

4.41 Je et Tu

4.42 Contre l’idolâtrie

4.43 Le nom de Dieu

4.44 Sabbat

4.45 Enfants et parents.

4.46 Les autres

4.47Avidité

4.5 Document P. Schmidt « Une histoire du passé pour aujourd’hui. »

5. Mystère de Dieu et société marchande

5.1 L’enjeu Impuissance des églises devant l’économie.

5.2 Une théologie de l’économie politique

5.21 Dieu et économie

5.22 Une nouvelle métaphore pour Dieu.

5.3 Conclusion.

 

BIBLIOGRAPHIE

AEQ Jésus Christ Chemin d’humanisation. Médiaspaul 2004 p.5-9

AEQ Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle au Québec. Fides 1999

Catéchisme de l’Église catholique. 1993,

III, Section 2, Les dix commandements 425-514

I, Section 2, Ch 1, Je crois en Dieu le Père. p.53-94

FOUREZ G., Peins-nous couleur de chair. Expérience religieuse et sens critique. Lumen Vitae 1997. ch 10 La question intellectuelle de Dieu

KUSHNER H.S. -Le désir infini de trouver un sens à la vie. La quête de l'Ecclésiaste. Montréal, du Réseau. 1987 trad When all you have is not enough.-Who Needs God Simon & Schuster 1990

HART David Bentley, Atheist Delusions. The Christian Revolution and its Fashionable Enemies Yale University Press 2009

HART David. B, "Christ and Nothing" 2003, First Things 136 (October 2003): 47-57.

LONERGAN Bernard, Pour une méthode en théologie, Fides 1978 (or 1972)

LENOIR Frédéric Petit traité de vie intérieure. Plon 2010 200.p

MARGUERAT Daniel, Le Dieu des premiers chrétiens. Labor et fides 1990 (2e éd.). Ch 4 L’Ancien et le Nouveau. (Lectures chrétiennes de l’Ancien Testament. p.69-84

MEEKS M.D., God The Economist . The Doctrine of God and Political Economy. Fortress Press 1989 257 p

MORSE CH., Not Every Spirit. A Dogmatics of Christian Disbelief. Trinity Press 1994

NICHOLL Donald Holiness. Darton, Longman & Todd, 1987 2nd ed.,(1981)

PIOTTE J.M. Les Neufs clés de la modernité. Québec-Amérique 2001 p. 212-226.

RICHARD Jean , Dieu Novalis "Horizon du croyant",1990,198 p.

ROY Louis Le sentiment de transcendance, expérience de Dieu? Paris: Cerf, 2000. Pp. 136.

ROY Louis, Transcendent Experiences: Phenomenology and Critique. Toronto: University of Toronto Press, 2001. Pp. 233.

SHEA John, Raconter pour vivre Novalis 2007.

SHEA John, Jesus Light. Jesus Stories for Spiritual Conscousness. Crossroad 1998, 190 p

SHEA John, La prédication et l'enseignement des Évangiles comme sagesse spirituelle. Dans The Spiritual Wisdom of the Gospels for Christian Preachers and Teachers. Liturgical Press 2004.

SHEA John, Travailler avec l'esprit: L'art d'enseigner de Jésus. The Spiritual Wisdom of the Gospels for Christian Preachers and Teachers. Liturgical Press 2005 Traductions Renée Thinel, Institut de pastorale 2009

TAYLOR Charles, Les anti-lumières immanentes in Michon C dir, Christianisme: héritages et destins. Librairie générale française "Le libre de poche -essais 4318 p. 155-184

TAYLOR Charles. A Secular Age. Yale U Press 2007/ Tr. L’âge séculier. Boréal 2011

TERRIEN Samuel, The Elusive Presence. Harper & Row 1978. Ch 3 The Siani Theophanies p.106-160.

VARONE François, Ce Dieu absent qui fait problème .Religion, athéisme et foi : trois regard sur le Mystère. Cerf 1986

VERMEYLEN J. Dieu de la promesse et Dieu de l'alliance. Cerf «Lectio divina no 126 » 1986

Catéchisme de l’Église catholique. 1993, III, Section 2, Les dix commandements 425-514

 

1 Spiritualité ou la rencontre du Dieu Mystère

1.0 Introduction

À propos de la modernité, un auteur (Guy Coq) termine un chapitre par ces mots : « Pour conclure cette partie je hasarderai une analogie. De même que l'Église manqua la question sociale, je me demande si elle est aujourd'hui suffisamment à la hauteur d'un problème massif : le défi culturel et civilisationnel ». Le cri que ce philosophe lance à l'Église prend d'autant plus de relief qu'il pense que l'évolution de notre société est une chance pour le christianisme. « L'individu n'est plus encadré, et doit assumer par lui-même les options d'ordre spirituel. Cette libération du pouvoir de chacun, de rencontrer à la fois la crise radicale dans l'expérience spirituelle, de devoir inventer les chemins d'une issue, et de devoir décider librement, voilà une situation totalement favorable à la Bonne Nouvelle ».

Pour éclairer le diagnostic de G.Coq, au plan de la culture intellectuelle, l’analyse de Charles Taylor dans A Secular Age 2007 (traduction Taylor Ch., L’âge séculier. Boréal. 2011, 1344 pages) est une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance.

« Présentation de l’ouvrage par éditeur

« Il est d’usage de dire que nous, modernes Occidentaux, appartenons à un ‘âge séculier’. Comment est-on passé d’un temps, encore proche, où il était inconcevable de ne pas croire en Dieu, à l’époque actuelle, où la foi n’est plus qu’une option parmi d’autres et va jusqu’à susciter la commisération ?

L’explication la plus courante consiste à affirmer qu’à la faveur des progrès de la connaissance, la vérité aurait triomphé de l’illusion, nous poussant à ne chercher qu’en nous-mêmes notre raison d’être et les conditions de notre épanouissement ici-bas.

En révélant les impensés de ce récit classique de la victoire des Lumières qui fait du ‘désenchantement du monde’ la seule clé de l’énigme, Charles Taylor entreprend une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance. Loin d’être une ‘soustraction’ de la religion, la sécularisation est un processus de redéfinition de la croyance qui a vu se multiplier les options spirituelles. Si plus aucune n’est en mesure de s’imposer, les impasses du ‘matérialis-me’ et les promesses déçues de la modernité continuent d’éveiller un besoin de sens. »

1.11 Échos de notre société moderne

Document : Les X, une génération À L'OMBRE DU MUR

Entrevue de Stéphane KELLY, sociologue. Paul Journet, La Presse 26 mars 2011.

Avec son nouvel essai intitulé À L'OMBRE DU MUR, le sociologue Stéphane Kelly dépeint les membres de la génération X comme des êtres plus individualistes, au statut économique et social précarisé, évoluant au sein de structures familiale et sociale fragilisées.

La génération X, troisième et dernière cohorte de baby-boomers, s'est développée « à l'ombre du mur », soutient le sociologue Stéphane Kelly dans son nouvel essai du même titre. Avec eux, les écarts économiques se creusent insidieusement, le tissu social se fragilise et les mœurs se déconstruisent. Discussion sur cette cohorte de Québécois nés dans les années 60.

Q Pourquoi parler des changements sociaux sous l'angle générationnel ? Ne crée-t-on pas une fausse idée de rupture perpétuelle entre chaque génération? Et n'y a-t-il pas plus de différences au sein d'une génération qu'il n'y en a entre les générations ?

R Les membres d'une génération ne subissent pas tous le même destin, évidemment. Mais ils vivent dans un contexte commun. Les X arrivent dans le marché du travail au début des années 80, durant une crise économique. Leur insertion professionnelle sera plus difficile. Ils seront aussi très taxés pour financer l'éducation, la santé et les retraités qui deviennent plus nombreux. Ils sont aussi les premiers à devenir adultes après la révolution féministe et sexuelle. Cela les façonne inévitablement. Mais dans mon essai, je présente des portraits de différents X pour montrer que certains réussissent quand même très bien et d'autres, pas du tout.

Q Une culture d'authenticité et une éthique thérapeutique se créeraient avec les membres de la génération X. Qu'est-ce que cela signifie ?

R C'est un peu l'héritage du « jouir sans entrave » de Mai 1968. Chacun cherche à mener une vie dite « authentique ». On pense donc d'abord à soi, à se réaliser, à se sentir bien dans sa peau. Ça passe avant les autres, et même avant sa fonction de professeur, de journaliste ou son autre rôle social. On cherche la gratification matérielle et psychologique chaque jour.

Q Et cela se traduirait-il par une perte de « capital social », comme le soutient le politologue Robert Putnam dans son essai Bowling Alone ?

R Je pense que oui. Le capital social fait référence à la famille, au voisinage, à la vie de communauté. Depuis les années 60, ces institutions attirent de plus en plus la méfiance. Et en parallèle, l'individualisme progresse. On note aussi que, dans les familles, le taux de rupture après la naissance d'un enfant a augmenté avec les X. La vie de quartier traverse une crise, selon moi. On le voit ici, à Montréal.

Q Les X forment-ils la première cohorte à vivre moins riche que ses parents ?

R Auparavant, le niveau de vie s'améliorait avec chaque génération. Cela se renverse avec les X. Le changement reste toutefois léger. Autre chose qu'on observe : l'écart entre les riches et les pauvres se creuse avec les X. Ce mouvement est subtil, mais il se maintient. Les mécanismes de redistribution des richesses fonctionnent moins bien, par exemple avec l'aide sociale et l'assurance emploi qui deviennent moins généreuses, et la protection syndicale qui diminue un peu. Cela explique en partie leur méfiance envers l'État providence qui, selon eux avantage surtout les premiers baby-boomers.

Q Et même si leur niveau de vie est inférieur, ils travaillent davantage ?

R Une famille de X doit travailler environ 75 heures par semaine pour maintenir un niveau de vie comparable à celui de ses parents. Leur père, le pourvoyeur, travaillait environ 45 heures par semaine. Leurs enfants X travaillent un peu moins individuellement, mais c'est parce que les deux, membres, du couple travaillent. Les pères s'investissent davantage dans l'éducation de leurs enfants et dans les tâches ménagères. Le bilan n'est donc pas complètement négatif. Mais avec le nombre de ruptures et les bouchons de circulation qui augmentent, on constate que l'organisation de la vie familiale change. L'ADQ l'avait compris il y a quelques années avec ses mesures qui ciblaient les familles de la classe moyenne. Le parti posait de bonnes questions. Il n'a peut-être toutefois pas trouvé les bonnes réponses.

Q Cette tendance continue-t-elle d'augmenter ? Vos élèves au cégep, dont plusieurs sont des enfants des X, travaillent-ils plus aujourd'hui que ne le faisaient leurs parents au même âge ?

R Oui. Quand les X étudiaient, ils travaillaient surtout l'été. Aujourd'hui, l'école devient une occupation secondaire pour certains cégépiens. Environ le tiers de mes élèves doivent travailler de 20 à 30 heures par semaine. Ça ressemble à du temps plein. Leur travail concurrence directement leurs études.

Q Les heures travaillées et l'écart entre riches et pauvres ont tous deux augmenté dans les années 80, quand les X ont commencé à travailler. Or, c'est à cette époque que les progressistes ont relativement abandonné le discours sur les classes. Selon vous, cela s'explique par la montée du « chartisme » ?

R Après L'archipel du Goulag de Soljenitsyne, la gauche s'est éveillée face aux dangers totalitaires du marxisme. Les chartes des droits et libertés du Québec et du Canada ont ensuite été adoptées. Le discours progressiste a alors complètement changé. La gauche s'est intéressée surtout à la protection des minorités, à combattre la tyrannie de la majorité. L'intention était bonne, mais on a jeté le bébé avec l'eau du bain en négligeant d'autres choses importantes.

Q. Vous soutenez que les utopies politiques s'éteignent avec les X. Or, au référendum, ils ont voté à environ 60 % pour le oui...

R C'est vrai. Leur vote ne différait pas vraiment de celui des premiers boomers. Mais leurs motivations, elles, étaient différentes. Leur appui à la souveraineté est plus pragmatique et calculé, beaucoup moins viscéral. Ils se disent que le Canada ne concédera pas grand-chose au Québec. Ce n'est pas comme certains plus vieux qui ne veulent pas mourir au Canada.

Q Les élites de la génération X auraient aussi tourné le dos à la France pour s'intéresser davantage aux Etats-Unis. Pour caricaturer : leur rêve était d'étudier dans les universités de l'Ivy League, et non plus à la Sorbonne. Comment cela a-t-il changé l'organisation de la société ?

R En gestion, on a calqué le modèle américain, qui valorise beaucoup les MBA (Une maîtrise en administration des affaires - MBA, acronyme de l'anglais master of business administration) est le diplôme international d'études supérieures du plus haut niveau dans le domaine de la conduite globale des affaires) : On décernait un peu plus de diplômes en génie que de MBA dans les années 50 (4700 contre 3800). Cela s'est complètement inversé. Dans les années 70, il y avait quatre fois plus de MBA. Et la tendance s'est prolongée dans les années 80, l'écart s'est agrandi de façon exponentielle. Pourtant, ce n'était pas une chose inévitable. L'Allemagne et le Japon, par exemple, ont refusé de prendre ce virage, comme le démontre entre autres Emmanuel Todd dans ses ouvrages. Et c'est à ce moment que le Japon a commencé à battre les États-Unis dans la course aux brevets. Car ce sont les ingénieurs et les scientifiques qui conçoivent les nouveaux produits et technologies concrets. »

Ce document sur la génération X [(2000/2001 Génération Z— 1980-2000 Génération Y— 1965-1979 Génération X— 1946-1964 : Baby Boom— 1925-1945 :Génération silencieuse] qui a eu 40 ans en 2005 veut décrire la vie de qui arrive à réussir tel qu’on la conçoit aujourd’hui. Dans cette mentalité se trouve les gens dits importants et non critiques. Ce ne sont pas les plus nombreux mais les plus visibles. Et sans doute ce que rêve ou désespère les autres.

1.12 Documents : Exemples de quête de sens ou du spirituel contemporain.

a). Voici un texte représentatif des caractéristiques du « spirituel contemporain »

LENOIR Frédéric Petit traité de vie intérieure. Plon 2010 200p.

Prologue p13-4

« Exister est un fait, vivre est un art.

Nous n'avons pas choisi de vivre, mais il nous faut apprendre à vivre comme on apprend à jouer du piano, à cuisiner, à sculpter le bois ou la pierre. C'est le rôle de l'éducation. Pourtant, celle-ci se préoccupe de moins en moins de transmettre un savoir-être, au profit d'un savoir-faire. Elle vise davantage à nous permettre de faire face aux défis extérieurs de l'existence qu'aux défis intérieurs : comment être en paix avec soi-même et avec les autres ? Comment réagir face à la souffrance ? Comment nous connaître nous-mêmes et résoudre nos propres contradictions ? Comment acquérir une vraie liberté intérieure ? Comment aimer ? Comment finalement accéder à un bonheur vrai et durable, qui relève sans doute davantage de la qualité de relation à soi-même et aux autres que de la réussite sociale et de l'acquisition de biens matériels ?

Pendant des millénaires, la religion a rempli ce rôle d'éducation de la vie intérieure. Force est de constater qu'elle le remplit de moins en moins. Non seulement parce qu'elle a, au moins en Europe, beaucoup moins d'influence sur les consciences, mais aussi parce qu'elle s'est rigidifiée. Elle offre le plus souvent du dogme et de la norme quand les individus sont en quête de sens. Elle édicte des credo et des règles qui ne parlent plus qu'à une minorité de fidèles et elle ne parvient pas à renouveler son regard, son langage, ses méthodes, pour toucher l'âme de nos contemporains qui continuent pourtant de s'interroger sur l'énigme de leur existence et sur la manière de mener une vie bonne. Pris en tenaille entre une idéologie consumériste déshumanisante et une religion dogmatique étouffante, nous nous tournons vers la philosophie et les grands courants de sagesse de l'humanité. Car les sages du monde entier - de Confucius à Spinoza en passant par Épicure, Plotin ou Montaigne - nous ont légué des clés permettant de nourrir et de développer notre vie intérieure : accepter la vie comme elle est, se connaître et apprendre à discerner, vivre dans l'« ici et maintenant », se maîtriser, faire le silence en soi, savoir choisir et pardonner. Ces clés de sagesse universelle n'ont rien perdu de leur pertinence. Elles nous aident toujours à vivre, car si notre monde a beaucoup changé, le cœur de l'être humain est toujours le même. Bien que vieux de deux mille cinq cents ans, le diagnostic du Bouddha sur ce qui rend l'homme heureux ou malheureux reste vrai. Le constat socratique sur l'ignorance source de tous les maux est d'une parfaite actualité. Les enseignements d'Aristote sur la vertu et l'amitié n'ont pas pris une ride. Les maximes d'Épictète, de Sénèque ou de Marc Aurèle sur le destin et le libre arbitre continuent de nous parler.

Dans mon cheminement personnel, mes lectures m'ont confronté dès l'adolescence à ces maîtres de sagesse de l'humanité. Ce sont eux qui m'ont donné le goût du beau, du vrai, du bien, pour reprendre les grands archétypes de Platon. Mes études de philosophie m'ont ensuite permis d'approfondir mes connaissances, mais j'ai aussi enrichi mon propre parcours intérieur de deux autres sources, de nature assez différentes : la spiritualité et la psychologie des profondeurs. J'ai découvert le bouddhisme à l'âge de seize ans et les enseignements du Bouddha m'ont tout de suite touché par leur justesse et leur caractère pragmatique. Je les ai approfondis lors d'un long séjour en Inde par des rencontres avec des lamas tibétains auprès desquels j'ai aussi appris les bases de la méditation. À l'âge de dix-neuf ans, la lecture des Évangiles a été également un choc profond. Ma découverte du Christ, non seulement comme enseignant du passé, mais aussi comme personne vivante à laquelle on peut se relier par la prière, a marqué ma vie et m'a fait accéder à une compréhension du christianisme fort différente des souvenirs du catéchisme de mon enfance. La découverte, ensuite, de la psychanalyse freudienne et jungienne ainsi que de diverses méthodes thérapeutiques issues du développement personnel (sophrologie, Gestalt, Rebirth...) m'a aidé à prendre davantage conscience de mes failles et à guérir de certaines blessures profondes qui parasitaient ma vie et me faisaient retomber dans des scénarios névrotiques récurrents.

Ce petit traité est donc le fruit d'une réflexion personnelle élaborée à partir des courants de sagesse philosophique d'Orient et d'Occident, de la spiritualité chrétienne libérée de sa gangue normative et de la psychologie des profondeurs. Je n'ai pas d'autre ambition que d'offrir ce qui m'a aidé à vivre et à me construire. Afin de rendre la lecture de ce livre accessible au plus grand nombre, j'ai choisi de l'élaborer en deux temps. Il est né sous la forme d'un enseignement oral, puis j'ai retravaillé le texte qui conserve néanmoins la trace de cette oralité. Ce que je transmets ici relève davantage de l'expérience : celle tout d'abord des sages dont je m'inspire et que je cite souvent, la mienne ensuite, que, malgré bien des réticences, il m'était difficile de ne pas exposer. Car, comment parler de vie intérieure en évitant de parler de soi ? Qu'il soit clair cependant que je ne me considère en rien comme un modèle : je conserve des parts d'ombre et je ne parviens pas toujours à mettre en pratique les enseignements que j'évoque ici. Ce qui est certain, c'est que je suis aujourd'hui beaucoup plus lucide, apaisé et, tout compte fait, plus heureux que je ne l'ai été dans le passé. Puisse ce petit livre aider d'autres âmes en peine et en quête de lumière à comprendre que l'amour est proche, que la liberté intérieure peut advenir, que la joie est là. Il suffit d'ouvrir les yeux de l'intelligence et du cœur pour les découvrir.

Dire « oui » à la vie

Nous sommes tous confrontés à un certain nombre de faits que nous n'avons pas choisis, que nous n'avons pas voulus et qui nous sont en quelque sorte imposés : c'est ce que j'appellerais le « donné » de la vie. C'est notre lieu de naissance, notre famille, l'époque à laquelle nous vivons ; c'est notre corps, notre personnalité et notre intelligence, nos capacités, nos qualités, mais aussi nos limites et nos handicaps. Ce sont aussi les événements qui surviennent, qui nous touchent directement, mais sur lesquels nous n'avons pas de maîtrise et que nous ne pouvons pas contrôler. Ce sont les maladies, les aléas économiques, la vieillesse et la mort. C'est le « sort » de l'être humain.

On peut le refuser et vouloir que les choses soient autrement. On souhaiterait presque tous ne pas vieillir, ne jamais être malade, ne pas mourir. Certains rejettent leur culture, leur famille, leur lieu de naissance. D'autres n'aiment pas leur corps, leur tempérament, et souffrent de certaines limitations physiques ou psychiques. Ce refus est parfaitement compréhensible et légitime. Et pourtant la sérénité, la paix intérieure, la joie ne peuvent nous échoir sans un acquiescement à l’être et une acceptation profonde de la vie telle qu’elle nous est donnée, avec sa part d’inéluctable ».

Q : Quelles sont les caractéristiques de cette quête de sens ? Pouvons-nous retracer d’autres constructions de sens différentes et valables.

b). SINGER Christiane Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi? Albin Michel 2001 p.43-53 Le sens de la vie

« Je ne connais pas le sens de la vie.

Cette phrase de Doderer me plaît en ouverture : ‘Non seulement je suis sûr que ce que je vais dire est faux mais je suis sûr aussi que ce qu'on m'objectera sera faux et pourtant il n'y a pas d'autre choix que de se mettre à en parler...’ Est faux ce qui fleure la théorie. Est juste - comme en musique - ce qui soudain résonne de l'un à l'autre, se propage comme une onde vibratoire.

Veillez donc à ne pas gaspiller d'énergie à tenter de me donner tort ou raison. Ce qui importe, c'est ce filet d'interrogations, d'hésitations, de conjectures que nous tissons ensemble, et où un son peut-être à un certain moment, - ô le temps de prêter ensemble l'oreille ! - apparaît juste.

Parler de sens pour dire qu'on l'a perdu est aussi bizarre que de prétendre n'avoir plus de temps. Le sens est comme le temps, il en vient à chaque instant du nouveau. Il est là en abondance, il afflue.

Pour de nombreuses cultures, la vie déborde à tout moment de sens. Le rite relie l'homme en permanence au sens originel. Ce monde visible est la réplique mystérieuse du monde invisible. Les corrélations sont tissées dans chaque geste, dans chaque acte : manger, boire, se laver, se coucher, bercer un enfant, célébrer l'union amoureuse, faire un feu, etc. Tout en est imbibé. Pas un pan d'étoffe ne reste sec. Ces cultures suintent de sens comme on dit d'un mur qu'il suinte l'humidité. L'image est juste. Il y a certes un mur dressé entre le monde visible et le monde invisible, mais ce mur laisse passer l'humidité. C'est -à dire qu'il ne sépare pas vraiment : il relie par la sécrétion un côté à l'autre.

Dans le monde d'aujourd'hui, ce mur est de béton ou d'acier, il ne suinte plus. La respiration, la porosité entre les deux est interrompue. Le plus souvent le sens ne transpire plus. Avec la perte de conscience de cette reliance, le monde visible tombe dans l'inanité. Tout devient insignifiant. Que je me lève ou que je demeure au lit, que je mange ou que je refuse la nourriture, que je sorte de chez moi ou que j'y reste, que j'allume la lumière ou que je m'attarde dans le noir, que je sois de bonne humeur ou dans la plus noire mélancolie, tout cela ne concerne que moi, ne résonne pas plus loin que le corridor ou la porte du palier. Que je vive ou que je meure, que je végète ou que je fleurisse reste indifférent à l'entière création.

Georges Bataille se posait la seule question, disait-il qui vaille, devant un homme: ‘De quelle manière survit-il au choc qu'il y a de n'être pas tout ?’ Survit-il par l'argent, le sexe, l'alcool, la polémique, le militantisme, la foi, le foot... ? De quelle manière, dirais-je en modifiant un peu la question, survit-il au choc de n'être pas relié à tout comme l'ont été ses ancêtres depuis le début des temps ? Quel(s) substitut(s) invente-t-il ? Une chose est certaine : tous ces planchers qu'il se construit, ces ersatz de sens, ne le porteront pas toute une vie. Ils tiendront un temps avant de le laisser passer lourdement au travers et se rompre le cou.

La langue française brouille deux champs sémantiques étymologiquement bien distincts (sens et sensus) où « sens » est à la fois entendu comme direction, le sens à suivre, et comme signification, raison d'être.

Ainsi le sens de la vie si clairement philosophique dans d'autres langues, reçoit-il peut-être en français, dans notre imaginaire collectif, une connotation sèche de signal routier ? ‘Pourriez-vous m'indiquer s'il vous plaît le sens de la vie ?’ Je ne prétends pas que cela nous soit conscient mais je pressens là l'origine d'une sensation qui ne me quitte pas. Tous les sens de la vie, toutes les directions données à la vie, des plus dures : faire du fric, devenir puissant, célèbre... aux plus sensibles : servir une cause, m'engager, militer prennent à la longue, si elles tiennent trop longtemps toute la place dans une vie, quelque chose de dur, de méchant, j'allais dire de ‘désespérément méchant’ par la crispation inévitable qu'engendre l'effort de se maintenir sur un rail, de tenir bon à tout prix. ‘Dans notre famille nous sommes croyants. Nos enfants sont toujours allés avec nous à la messe...’ Le troisième fils, à la consternation générale, non seulement se drogue mais deale. Ou encore: un chef d'entreprise a mis l'énergie de toute une vie dans la construction de sa firme. Il a trois fils. Et il s'aperçoit récemment qu'aucun d'entre eux ne veut reprendre l'affaire. ‘Pour moi, seule la famille comptait...’ Désarroi profond.

Le sens de la vie n'est ni transmissible ni héréditaire. Autour de quelle charnière, des systèmes en apparence cohérents collapsent-ils ? Tout peut dans l'ordre des apparences être ‘édifiant’ et pourtant l'édifice s'avère fissuré jusque dans ses fondements. La vie, appelons ainsi approximativement cette force dérangeante qui se charge à brève ou longue échéance de délabrer tout système, n'a cure des bonnes intentions. Non que ces intentions précitées n'aient pas été sincères, mais la vie ne les respecte pas. Dans toute croyance, dans tout principe, dans toute idéologie, elle flaire le ‘système’, la réponse toute faite. La vie ne tolère à la longue que l'impromptu, la réactualisation permanente, le renouvellement quotidien des alliances. Elle élimine tout ce qui tend à mettre en conserve, à sauvegarder, à maintenir intact, à visser au mur.

Une religieuse me raconta un jour comment, sur le navire qui l'emmenait en mission au Cambodge, le sens de son voyage s'écroula en un seul instant alors qu'elle montait prendre l'air sur le pont. Soudain vidée jusqu'au tréfonds de tout ce qui aurait pu justifier et légitimer cette mission en terre étrangère, elle se trouva au cœur d'un désespoir complet devant toutes ses croyances anéanties. ‘Tout prenait l'eau, tout sombrait.’ Ce passage radical, des représentations religieuses à l'expérience du néant, lui apparaissait, dans le récit qu'elle en faisait aujourd'hui, avoir été la chance de sa vie. ‘Le bouddhisme qui m'a accueillie a mis trente ans à me faire retrouver le christianisme. Bien sûr pas tout à fait celui que j'avais perdu !’ C'était une belle personne dont j'ai tenté en vain par la suite de retrouver la trace.

La désillusion politique n'est pas de nature différente. Voir un système idéologique se jouer de la plus haute espérance des hommes est à juste titre intolérable. Pourtant l'instant où un champ d'espoir collectif se sclérose en un système de pouvoir est souvent décelable. Plusieurs fois, des amis, vieux militants communistes, m'ont raconté avoir eu très tôt des montées de malaise devant l'une ou l'autre option de leur parti et de les avoir aussitôt étouffées par « loyauté ».

Il ne s'agit pas pour autant de laisser l'amertume tirer sa conclusion, de renoncer à tout idéal ! Ce qui importe c'est de remettre cet idéal chaque jour à l'épreuve de la vie, d'oser une réponse unique (surgie du riche humus de l'expérience amoncelée) à une situation unique. C'est la haute discipline à laquelle nous sommes invités chaque jour de neuf.

Quand je regarde mon passé, je suis frappée par la rigueur avec laquelle une idéologie après l'autre m'a été ôtée. Même les plus modestes. Chaque fois que j'ébauche un simulacre de théorie, la vie d'un coup d'éventail me la fait tomber des mains. Un seul exemple : ma dernière « vache sacrée ». Après des années de Leibthérapie1 (1. Travail sur le corps dans la mouvance et la respiration de l'école de Graf Durkheim) elle avait nom: lâcher-prise. Elle m'apparaissait comme une prescription inébranlable, un dogme doux, ce qui reste quand on croit s'être allégé de tout le reste. Pendant toutes les semaines qui précédèrent la mort de mon père, je n'avais au cœur qu'une prière : celle de le voir relâcher sa tenue qui m'apparaissait une tension, sa discipline de chaque instant, s'abandonner devant l'approche de la mort, oui: lâcher prise !

Avoir songé à suggérer à ce père bien-aimé comment il avait à mourir me paraît aujourd'hui d'une indicible arrogance. A un homme qui traversa ce siècle de fer et d'enfer de part en part, et qui venait d'une époque où on mourait encore de sa propre mort, on ne suggère pas comment il sied de mourir ! Aussi à l'instant de rendre son dernier souffle, il tenta de se redresser et de se mettre debout. J'ai découvert plus tard à la lecture de Friedrich Weinreb, que certains zaddiks demandaient à l'instant de mourir d'être mis debout, et j'en reçois après coup le message. « Tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas » (Rabbi Nahman). L'humour de mon père était délicieux. La pensée que de l'autre versant du monde il puisse sourire de cette dernière leçon à sa fille éclaire quelque peu ma consternation.

La vie nous casse nos idéologies au fur et à mesure de notre avancée, les bonnes comme les mauvaises.

La vie n'a pas de sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire.

Et si elle n'a pas de sens, c'est qu'elle va dans tous les sens et déborde de sens, inonde tout. Elle fait mal aussi longtemps qu'on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans une autre.

Si elle n'a pas de sens, c'est qu'elle est le sens.

Oui mais comment retrouver son chemin dans ce dédale ? Comment s'y retrouver ?

Un bon début consiste à abandonner l'espoir même de trouver une clé à l'énigme, mieux encore de quitter la peur de s'égarer.

« Jamais la forêt ne se perd », dit le plus beau des koans.

Mais sans espoir et sans peur, que reste-t-il ? Comme Sacher, le vieux valet d'Oblomov, outré de l'ordre que lui intime son maître de nettoyer enfin la literie: « Mais que serait, je vous le demande, un sommeil sans pou et sans punaise ? », on peut se demander: De la vie, que reste-t-il sans peur et sans espoir ?

Je ne connais guère métaphore plus inspirante pour frôler le mystère de la création que celle du nœud de la tradition hébraïque.

De quelle manière le visible est-il relié à l'invisible, le sacré au profane, le corps à l'âme ? Par mille fils emmêlés les uns aux autres et réunis en un nœud.

Des sages d'Asie Mineure demandèrent à Alexandre le Grec en désignant le nœud gordien : « Sais-tu de quelle manière les mondes sont reliés entre eux ? » Il répondit à la texane comme un quelconque terminator au rabais, par un geste qui lui valut l'admiration des sots : d'un coup de sabre ! En coupant en son milieu le nœud, il entérine le drame de l'Occident: la mort de la relation, l'ère de la dualité, le terrorisme du « ou bien, ou bien » qui traverse toute l'institution de notre imaginaire, du politique à l'informatique (élaborée sur le deux). Dès lors le prodigieux déploiement de la richesse qui habite entre les pôles, l'espace même de la respiration est sacrifié. Le monde moderne est né.

Que veut dire ce nœud ? Ce nœud que, dans la commentaire talmudique, Dieu porte dans la nuque quand Moïse l'aperçoit de dos.

Le nœud exprime le mystère du monde créé. Rien n'est ni linéaire, ni causal, ni prévisible. Le nœud nous dit : prends soin du monde et de tout ce qui te rencontre. L'inattention te coûterait cher, te ferait rater les plus grands rendez-vous. Tu ne sais jamais à quoi le fil que tu tiens est relié de l'autre côté. A l'autre bout.

Chaque inconnu qui te rencontre peut être le messager des dieux. « Exercez l'hospitalité en tout temps car beaucoup d'entre vous, sans le savoir, ont hébergé des anges ! » (saint Paul, Lettre aux Hébreux 13-1.)

Chaque geste que tu fais peut t'ouvrir ou te fermer une porte. Chaque mot que bredouille un inconnu peut être un message à toi adressé. À chaque instant la porte peut s'ouvrir sur ton destin et par les yeux de n'importe quel mendiant, il peut se faire que le ciel te regarde. L'instant où tu t'es détourné, lassé, aurait pu être celui de ton salut. Tu ne sais jamais. Chaque geste peut déplacer une étoile.

Cette certitude que tout, aussi minime en apparence et à chaque instant, puisse être relié à la face cachée du monde, transforme radicalement la vie. Le brouillard de l'insignifiance est levé.

Cette manière d'être au monde m'est familière, elle m'était naturelle quand j'étais enfant. Tous mes sens étaient en alerte car à tout moment cela pouvait surgir et me rejoindre : dans un tas de feuilles mortes sous un platane, dans l'eau noire de l'encrier, dans les poches du tablier, sous le préau de la cour, au fond d'une boîte remplie de boutons de nacre chez la mercière. À tout moment quelque chose d'insaisissable pouvait sourdre et me revêtir d'un frisson. La vie entière était sacrée jusqu'à ce qu'on m'eût persuadée au lycée que tout ce qui avait de l'importance se situait hors de moi, presque hors de portée, et qu'il me faudrait ingurgiter des tonnes de choses pour devenir « quelqu'un » un jour. Ceci me valut un détour de quarante ans. Étrangement cette sensibilité première nous est parfois restituée avec l'avancée en âge. Ce sont les sens qui nous rendent le sens. Nos sens, maîtres du sens, nous rendent la richesse originelle et nous délivrent du désir féroce d'avoir raison.

Autres expressions de quête « contemporaine » de sens ou de spirituel

SINGER Christiane, Une passion. Entre ciel et chair. Albin Michel. 1992

SINGER Christiane, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?, Albin Michel 2001

SINGER Christiane, Du bon usage des crises. Albin Michel 1996

SINGER Christiane, Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies. Albin Michel 2000

Kushner H.S. - When all you have is not enough traduction :Le désir infini de trouver un sens ála vie. La quête de l'Ecclésiaste. Montréal, du Réseau. 1987

-Who Needs God Simon & Schuster 1990

NICHOLL Donald Holiness, Darton, Longman & Todd, 1987 2nd ed.,(1981)

NOUWEN J. H. Reaching Out, DoubleDay 1975/ Les trois mouvements de la vie spirituelle, Bellarmin 1994

1.13 Diagnostic de la modernité. Source du nihilisme.

……..

HART David Bentley, Atheist Delusions. The Christian Revolution and its Fashionable enemies. Yale University Press, 2009

Part III The mythology of the secular AGE Ch 9 An age of darkness p. 104 -108

Many philosophers, admittedly, in both the Continental tradition and the Anglo-American analytic tradition have argued otherwise, seeking to conjure away the question of being, as something lying beyond rational scrutiny, or as an illusion generated by language, or as an improper understanding of what "being" is. But none has ever succeeded at overcoming the perplexity that the enigma of our existence occasions in us, in those moments of wonder that we all from time to time experience and that are (according to Plato and Aristotle) the beginning of all true philosophy. In the terms of Thomas Aquinas, a finite thing's essence (what it is) entirely fails to account for its existence (that it is); and there is a very venerable and coherent Christian tradition of reflection that holds that this failure, when considered with adequate rigor, points toward an infinite and infinitely simple actuality transcendent of all material, composite, or finite causes and contingencies, a "subsistent act of being" (to use one of Aquinas's most entrancing names for God), in whom essence and existence are identical. This, obviously, is not the place to argue such matters; it is enough simply to remark that reason leads different minds to disparate and even contradictory conclusions. One can, I imagine, consider the nature of reality with genuine probity and conclude that the material order is all that is. One can also, however, and with perhaps better logic, conclude that materialism is a grossly incoherent superstition; that the strict materialist is something of a benighted and pitiable savage, blinded by an irrational commitment to a logically impossible position; and that every "primitive" who looks at the world about him and wonders what god made it is a profounder thinker than the convinced atheist who would dismiss such a question as infantile. One might even conclude, in fact, that one of the real differences between what convention calls the Age of Faith and the Age of Reason is actually the difference between a cogent intellect-tual and moral culture, capable of considering the mystery of being with some degree of rigor, and a confined and vapid dogmatism without genuine logical foundation. Reason is a fickle thing.

All of this, however, is really of only secondary importance. The modern period has never been especially devoted to reason as such; the notion that it ever was is merely one of its "originary" myths. The true essence of modernity is a particular conception of what it is to be free, as I have said; and the Enlightenment language of an "age of reason" was always really just a way of placing a frame around that idea of freedom, so as to portray it as the rational autonomy and moral independence that lay beyond the intellectual infancy of "irrational" belief. But we are anything but rationalists now, so we no longer need cling to the pretense that reason was ever our paramount concern; we are today more likely to be committed to "my truth" than to any notion of truth in general, no matter where that might lead. The myth of "enlightenment" served well to liberate us from any antique notions of divine or natural law that might place unwelcome constraints upon our wills; but it has discharged its part and lingers on now only as a kind of habit of rhetoric. And now that the rationalist moment has largely passed, the modern faith in human liberation has become, if anything, more robust and more militant. Freedom for us today is something transcendent even of reason, and we no longer really feel that we must justify our liberties by recourse to some prior standard of responsible rationality. Freedom — conceived as the perfect, unconstrained spontaneity of individual will—is its own justification, its own highest standard, its own unquestionable truth. It is true, admittedly, that the modem understanding of freedom was for a time still bound to some concept of nature: many Enlightenment and Romantic narratives of human liberation concerned the rescue of an aboriginal human essence from the laws, creeds, customs, and institutions that suppressed it. Ultimately, though, even the idea of an invariable human nature came to seem something arbitrary and extrinsic, an intolerable limitation imposed upon a still more original, inward, pure, and indeterminate freedom of the will. We no longer seek so much to liberate human nature from the bondage of social convention as to liberate the individual from all conventions, especially those regarding what is natural.

There is, of course, no obvious reason why we should not choose to conceive of freedom in ways unknown to our distant ancestors; but it is wise to be cognizant of the fact. It is, at the very least, instructive to realize that our freedom might just as well be seen—from certain more antique perspectives—as a kind of slavery: to untutored impulses, to empty caprice, to triviality, to dehumanizing values. And it can do no harm occasionally to ask where a concept of freedom whose horizon is precisely and necessarily nothing—a concept that is, as I have said, nihilist in the most exact sense — ultimately leads. This is not a question, I would add, simply for the conservative moralist, pining nostalgically for some vanished epoch of decency or standards, but a question that should concern anyone with any consciousness of history. Part of the enthralling promise of an age of reason was, at least at first, the prospect of a genuinely rational ethics, not bound to the local or tribal customs of this people or that, not limited to the moral precepts of any particular creed, but available to all reasoning minds regardless of culture and—when recognized—immediately compelling to the rational will. Was there ever a more desperate fantasy than this? We live now in the wake of the most monstrously violent century in human history, during which the secular order (on both the political right and the political left), freed from the authority of religion, showed itself willing to kill on an unprecedented scale and with an ease of conscience worse than merely depraved. If ever an age deserved to be thought an age of darkness, it is surely ours. One might almost be tempted to conclude that secular government is the one form of government that has shown itself too violent, capricious, and unprincipled to be trusted.

It is, at the very least, no longer possible to believe, in naive Enlightenment fashion, that moral truth is something upon which all reasonable persons can agree, or that it is something that, in being grasped, exercises an irresistible appeal upon the will; nor is it possible any longer to deceive ourselves that humanity free from religious authority must inevitably advance toward higher expressions of life rather than retreat into pettiness or cruelty or barbarism. Either human reason reflects an objective order of divine truth, which awakens the will to its deepest purposes and commands its assent, or reason is merely the instrument and servant of the will, which is under no ultimate obligation to choose the path of mercy, or of "rational self-interest," or of sympathy, or of peace. When Nietzsche—the most prescient philosopher of nihilism—pondered the possibilities that had opened up for Western humanity in the age of unbelief, the grimmest future he could imagine was a world dominated by the "Last Men," a race of empty and self-adoring narcissists sunk in banality, complacency, conformity, cynicism, and self-admiration. For him, the gravest danger confronting a nihilist culture was the absence of any great aspirations that could prompt humanity to glorious works and grand achievements and mighty deeds. There is much to be said for Nietzsche's prophetic gifts, certainly: contemporary culture does after all seem so to excel at depressing mediocrity and comfortable conventionality, egoistic preciosity and mass idiocy. But, honestly, Nietzsche's fears seem almost quaint now, given how much more nihilistic we know a truly earnest nihilism can be. Christian society certainly never fully purged itself of cruelty or violence; but it also never incubated evils comparable in ambition, range, systematic precision, or mercilessness to death camps, gulags, forced famines, or the extravagant brutality of modem warfare. Looking back at the twentieth century, it is difficult not to conclude that the rise of modernity has resulted in an age of at once unparalleled banality and unprecedented monstrosity, and that these are two sides of the same cultural reality.

And why should this not be so? If the quintessential myth of modernity is that true freedom is the power of the will over nature—human or cosmic—and that we are at liberty to make ourselves what we wish to be, then it is not necessarily the case that the will of the individual should be privileged over the "will of the species." If there is no determinate human nature or divine standard to which the uses of freedom are bound, it is perfectly logical that some should think it a noble calling to shape the fictile clay of humankind into something stronger, better, more rational, more efficient, more perfect. The ambition to refashion humanity in its very essence—social, political, economic, moral, psychological—was inconceivable when human beings were regarded as creatures of God. But with the disappear-rance of the transcendent, and of its lure, and of its authority, it becomes possible to will a human future conformed to whatever ideals we choose to embrace. This is why it is correct to say that the sheer ruthlessness of so much of post-Christian social idealism in some sense arises from the very same concept of freedom that lies at the heart of our most precious modern values. The savagery of triumphant Jacobinism, the clinical heartlessness of classical socialist eugenics, the Nazi movement, Stalinism—all the grand utopian projects of the modem age that have directly or indirectly spilled such oceans of human blood—are no less results of the Enlightenment myth of liberation than are the liberal democratic state or the vulgarity of late capitalist consumerism or the pettiness of bourgeois individualism. The most pitilessly and self-righteously violent regimes of modern history—in the West or in those other quarters of the world contaminated by our worst ideas—have been those that have most explicitly cast off the Christian vision of reality and sought to replace it with a more "human" set of values. No cause in history—no religion or imperial ambition or military adventure—has destroyed more lives with more confident enthusiasm than the cause of the "brotherhood of man," the post religious utopia, or the progress of the race. To fail to acknowledge this would be to mock the memory of all those millions that have perished before the advance of secular reason in its most extreme manifestations. And all the astonishing violence of the modern age—from the earliest European wars of the emergent nation-state onward—is no less proper an expression (and measure) of the modern story of human freedom than are the various political and social movements that have produced the modern West's special combination of general liberty, material abundance, cultural mediocrity, and spiritual poverty. To fail to acknowledge this would be to close our eyes to the possibilities for evil that have been opened up in our history by the values we most dearly prize and by the "truths" we most fervently adore. To these matters, though, I shall return in the third part of this book.

Now, though, I want to retreat from the present to the dawn of Christian civilization, in order to consider the sort of freedom the church proclaimed when it first entered the world of late antiquity, and to consider as well the world that was born from that proclamation. It is my governing conviction, in all that follows, that much of modernity should be understood not as a grand revolt against the tyranny of faith, not as a movement of human liberation and progress, but as a counterrevolution, a reactionary rejection of a freedom which it no longer understands, but upon which it remains parasitic. Even when modern persons turn away from Christian conviction, there are any number of paths that have been irrevocably closed to them—either because they lead toward philosophical positions that Christianity has assumed successfully into its own story, or because they lead toward forms of "superstition" that Christianity has rendered utterly incredible to modern minds. A post-Christian unbeliever is still, most definitely, for good or for ill, post-Christian. We live in a world transformed by an ancient revolution—social, intellectual, metaphysical moral, spiritual—the immensity of which we often only barely grasp. And it is this revolution (perhaps the only true revolution in the history of the West) to which I want now to turn.

PART THREE REVOLUTION: THE CHRISTIAN INVENTION OF THE HUMAN

1.2 De notre bon sens à la recherche de sagesse dans l'A.T.

De la Bible après le N.T on s’intéresse aux grands récits du Pentateuque et des Livres historiques et aux Livres prophétiques et quelques autres mais très peu au livres de la tradition de la sagesse. Sans doute parce que relatif à un mode de vie quotidienne qui n’est plus le nôtre et aussi parce qu’identifiés comme non canoniques par la Réforme. Ces livres évoquent la vie quotidienne et la mettent en relation avec la foi en Dieu. On y présente un sens de la vie quotidienne plus que le souci de la nation. Il s’agit d’une expression du rapport au Mystère que nous nommons Dieu dans la vie personnelle et collective, donc d’un art de vivre, d’une sagesse et d’une spiritualité. Par contre, les théologies « bibliques » soulignent le thème de l’« alliance », plus près de la nation.

1.21 Textes sapientiels.

Ecclésiastique / Siracide : 42,15-25 Texte sur création

15 Maintenant je vais rappeler les œuvres du Seigneur, ce que j'ai vu, je vais le raconter.

Par ses paroles le Seigneur a fait ses œuvres et la création obéit à sa volonté.

16 Le soleil qui brille regarde toutes choses et l'œuvre du Seigneur est pleine de sa gloire.

17 Le Seigneur n'a pas donné pouvoir aux Saints de raconter toutes ses merveilles, ce que le

Seigneur, maître de tout, a fermement établi pour que l'univers subsiste dans sa gloire.

18 Il a sondé les profondeurs de l'abîme et du cœur humain et il a découvert leurs calculs.

Car le Très-Haut possède toute science, il a regardé les signes des temps.

19 Il annonce le passé et l'avenir et dévoile les choses cachées.

20 Aucune pensée ne lui échappe, aucune parole ne lui est cachée.

21 Il a disposé dans l'ordre les merveilles de sa sagesse, car il est depuis l'éternité jusqu'à l'éternité

sans que rien lui soit ajouté ni ôté, et il n'a besoin du conseil de personne.

22 Que toutes ses œuvres sont aimables, comme une étincelle qu'on pourrait contempler.

23 Tout cela vit et demeure éternellement et en toutes circonstances tout obéit.

24 Toutes les choses vont par deux, en vis-à-vis, et il n'a rien fait de déficient.

25 Une chose souligne l'excellence de l'autre, qui pourrait se lasser de contempler sa gloire?

Livre de la Sagesse

Nature de la Sagesse

7 ,22 La Sagesse est habitée par un esprit intelligent et saint. Celui-ci est unique en son genre et agit pourtant de multiples façons ; il est fin et mobile, pénétrant, sans tache et clair. Inaccessible au mal, il est ami du bien et perspicace. 23 Ne se laissant arrêter par aucun obstacle, il se montre bienfaisant et ami de l'homme. Il est ferme, sûr et tranquille ; il peut tout et a l'œil à tout. Il pénètre tous les esprits intelligents et purs, si fins soient-ils. 24 La Sagesse est plus rapide que tout ce qui se meut ; elle est si pure qu'elle pénètre et traverse tout. 25 Elle est, en effet, un souffle de la puissance de Dieu, une pure émanation de la gloire du Tout-Puissant ; c'est pourquoi, rien de souillé ne peut s'introduire en elle.

26 Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l'activité de Dieu, une image de sa bonté. 27 Elle est seule et pourtant elle peut tout ; elle ne change jamais et pourtant elle renouvelle toutes choses. De génération en génération, elle passe dans des êtres à l'âme sainte pour en faire des amis de Dieu et des prophètes, 28 car Dieu n'aime que ceux qui vivent en communion avec elle.

29 La Sagesse dépasse en splendeur le soleil et toutes les étoiles. Si on la compare à la lumière du jour, sa supériorité s'impose : 30 en effet, le jour doit faire place à la nuit, tandis que la Sagesse n'est jamais vaincue par le mal.

8 1 Elle étend son pouvoir d'un bout du monde à l'autre et dirige tout de la meilleure façon.

1.22 Introduction aux livres sapientiaux.

Cette partie négligée de la Bible participe à la recherche d’un art de vivre et de réussir sa vie présente dans les cultures voisines mais qui est éclairée par la foi au Dieu unique. Ces livres de sagesse se préoccupent explicitement des problèmes du sujet individuel et non des traits nationaux et du messianisme touchés par les autres livres de la Bible. Le texte ci-dessous est une bonne introduction à la tradition sapientiale de la foi juive.

Bible de Jérusalem Cerf 1988 [Médiaspaul 1998,] 799-802

« On donne le nom de ‘livres sapientiaux’ à cinq livres de l'Ancien Testament : Job, les Proverbes, l'Ecclésiaste, l'Ecclésiastique et la Sagesse ; on y joint improprement les Psaumes et le Cantique des Cantiques. Ils représentent un courant de pensée qui se retrouve aussi dans une partie des livres de Tobie et de Baruch.

Cette littérature sapientielle a fleuri dans tout l'Ancien Orient. Au long de son histoire, l'Égypte a produit des écrits de, sagesse. En Mésopotamie, depuis l'époque sumérienne, on a composé des proverbes, des fables, des poèmes sur la souffrance qu'on a comparés à Job. Cette sagesse mésopotamienne pénétra en Canaan : on a retrouvé à Râs Shamra des textes sapientiaux écrits en akkadien. Des milieux de langue araméenne provient la Sagesse d'Ahiqar, qui est d'origine assyrienne et qui a été traduite en plusieurs langues anciennes. Cette sagesse est internationale. Elle a peu de préoccupations religieuses et s'exerce sur le plan profane. Elle éclaire la destinée des individus, non par une réflexion philosophique à la manière des Grecs, mais en cueillant les fruits de l'expérience. Elle est un art de bien vivre avec une marque de bonne éducation. Elle apprend à l'homme à se conformer à l'ordre de l'univers et devrait lui donner le moyen d'être heureux et de réussir. Mais ce n'est pas toujours le cas et cette expérience justifie le pessimisme de certains ouvrages de sagesse, en Égypte comme en Mésopotamie.

Cette sagesse a été connue des Israélites. Le plus bel éloge que la Bible pense faire de la sagesse de Salomon est qu'elle dépassait celle des fils de l'Orient et celle de l'Égypte, 1 R 5 10. Les sages arabes et édomites étaient renommés, Jr 49 7 ; Ba 3 22-23 ; et, 8. Job et les trois sages, ses amis, vivent en Édom. L'auteur de Tobie connaissait la Sagesse d'Ahiqar et Pr 22 17 – 23. Il suit de près les maximes d'Amenemopé. Plusieurs psaumes sont attribués à Hémân et à Étân, qui sont des sages de Canaan, d'après 1 R 5 11. Les Proverbes contiennent les Paroles d'Agur, Pr 30 1-14, et les Paroles de Lemuel, Pr 31 1-9, tous deux originaires de Massa, une tribu du nord de 1’Arabie, Gn 25 14.

Il n'est pas étonnant que les premières œuvres sapientielles d'Israël ressemblent beaucoup à celles de ses voisins : elles sortent du même terroir. Les parties anciennes des Proverbes ne donnent guère que des préceptes de sagesse humaine. Si l'on excepte l'Ecclésiastique et la Sagesse, qui sont les plus récents, les livres sapientiaux n'abordent pas les grands thèmes de l'Ancien Testament : la Loi, l'Alliance, l'Élection, le Salut. Les sages d'Israël ne s'inquiètent pas de l'histoire et de l'avenir de leur peuple, ils se penchent sur la destinée des individus, comme leurs confrères orientaux. Mais ils l'envisagent sous une lumière plus haute, celle de la religion yahviste. Malgré une origine commune et tant de ressemblances, il y a de ce fait, au profit de la sagesse israélite, une différence essentielle qui s'accentue avec le progrès de la Révélation. L'opposition sagesse-folie devient une opposition entre justice et iniquité, entre piété et impiété. La vraie sagesse est en effet la crainte de Dieu, et la crainte de Dieu est la piété. Si la sagesse orientale est un humanisme, on pourrait dire que la sagesse israélite est un ‘humanisme dévot’.

Mais cette valeur religieuse de la sagesse ne s'est dégagée que peu à peu. Le terme hébreu a une signification complexe, il peut désigner l'habileté manuelle ou professionnelle, le sens politique, le discernement, et aussi l'astuce, le savoir-faire, l'art de la magie. Cette sagesse humaine peut s'exercer pour le bien et pour le mal, et cette ambiguïté justifie les jugements défavorables que les prophètes portent sur les sages, ainsi Is 5 21 ; 29 14 ; Jr 8 9. Elle peut expliquer aussi qu'on ait mis si longtemps à parler de la sagesse de Dieu, bien que celui-ci la donne aux hommes et que, à Ugarit déjà, la sagesse soit l'attribut du grand dieu El. C'est seulement dans des écrits postexiliques qu'on dira que Dieu seul est sage, d'une sagesse transcendante que l'homme voit à l'œuvre dans la création, mais qu'il est impuissant à scruter, Jb 28 ; 38-39 ; Si 1 1-10 ; 16 24s; 39 12s; 42 15 - 43 33, etc. Dans le grand prologue mis en tête des Proverbes, Pr 1-9, la Sagesse divine parle comme une personne, elle est à la fois présente en Dieu dès l'éternité et agissante avec lui dans la création, surtout Pr 8 22-31. Dans Job 28, elle apparaît comme distincte de Dieu, qui seul connaît où elle se cache. Dans Si 24, la Sagesse elle-même se dit issue de la bouche du Très-Haut, habitant dans les cieux et envoyée en Israël par Dieu. Dans Sg 7 22 - 8 1, elle est une effusion de la gloire du Tout-Puissant, une image de son excellence. Ainsi, la Sagesse attribut de Dieu se détache de lui et devient une personne. Dans la foi de l'Ancien Testament, ces expressions si vives excèdent les limites d'une personnification littéraire, mais elles gardent leur mystère et préparent la révélation des Personnes Divines. Comme cette Sagesse, le Logos de saint Jean est à la fois en Dieu et hors de Dieu, et tous ces grands textes justifient le titre. de « Sagesse de Dieu » que saint Paul donna au Christ, 1 Co 1 24.

La destinée des individus étant la préoccupation dominante des sages, le problème de la rétribution avait pour eux. une importance capitale. C'est dans leur milieu et par leur réflexion que la doctrine évolue. Dans les parties anciennes des Proverbes, la sagesse, c'est-à-dire la justice, conduit nécessairement au bonheur, et la folie, c'est-à-dire l'iniquité mène à la ruine. C'est Dieu qui récompense ainsi les bons et qui punit les méchants. Telle est encore la position du prologue des Proverbes, 3 33-35 ; 9 6 et 18. Cette doctrine est alors le fondement de l'enseignement de sagesse et se conclut du gouvernement du monde par un Dieu sage et juste. Elle prétend faire appel à l'expérience, cependant l'expérience la contredit souvent. C'est ce qu'expose d'une manière dramatique le livre de Job, où les trois amis défendent la thèse traditionnelle. Mais, à la question du juste malheureux, il n'y a pas de réponse satisfaisante pour l'esprit, si l'on s'en tient aux rétributions terrestres ; il n'y a qu'a adhérer à Dieu dans la foi, malgré tout. Si différent que soit son ton; l'Ecclésiaste ne donne pas une autre solution ; il souligne également l'insuffisance des réponses courantes, il refuse qu'on puisse demander des comptes à Dieu et réclamer le bonheur comme un dû. L'Ecclésiastique reste fidèle à la même doctrine, il vante le bonheur du sage, 14 20 - 15 10, mais il est hanté par l'idée de la mort et il sait que tout dépend de cette dernière heure, il dit qu'«il est aisé au Seigneur, au jour de la mort, de rendre à chacun selon ses œuvres », 11 26, cf. 1 13 ; 7 36 ; 28 6 ; 41 9, Il pressent la doctrine des «fins dernières » mais il ne l'exprime pas clairement. Peu après lui, Dn 12.2 explicitera la foi en une rétribution outre-tombe, et cette foi sera chez lui liée à la foi en la résurrection des morts, la pensée hébraïque ne concevant pas une vie de l'esprit séparé de la chair. Dans le judaïsme alexandrin, le progrès se fera selon une voie parallèle et ira plus avant. La philosophie platonicienne, par sa théorie de l'âme immortelle, ayant libéré la pensée hébraïque de ses entraves, le livre de la Sagesse affirme que ‘Dieu a créé l'homme pour l'immortalité’, 2 23, et qu'après la mort l'âme fidèle jouira d'un bonheur sans fin auprès de Dieu, tandis que les impies recevront leur châtiment, 3 1-12. Au grand problème des sages d'Israël, la réponse est enfin donnée.

La forme la plus simple et la plus ancienne de la littérature sapientielle est le mâshâl. Tel est, au pluriel, le titre du livre que nous appelons les ‘Proverbes’. Le mâshâl est plus exactement une formule frappante qui retient l'attention, un dicton populaire ou une maxime. Les collections anciennes des Proverbes ne contiennent que de courtes sentences. Puis le mâshâl se développe, il devient parabole ou allégorie, discours et raisonnement. Cette évolution, sensible déjà dans les petites sections annexes des Proverbes et plus encore dans le prologue, Pr 1-9, se précipite dans les livres suivants : Job ou la Sagesse sont de grandes œuvres littéraires.

Au-delà de toutes ces formes littéraires, même les plus simples, l'origine de la sagesse doit être cherchée dans la vie de famille ou de clan. Les observations sur la nature et sur les hommes, accumulées de génération en génération, se sont exprimées en sentences, en dictons paysans, en courts apologues, qui avaient une application morale et qui servaient de règles de conduite. La même origine peut être attribuée aux premières formulations du droit coutumier, qui se rencontrent parfois, dans le contenu et pas seulement dans la forme, avec les sentences de sagesse. Ce courant de la sagesse populaire s'est continué parallèlement à la formation des collections sapientielles. De lui viennent, par exemple, les proverbes de 1 S 24 14 ; 1 R 20 11, la fable de Jg 9 8-15 et celle de 2 R 14 9, et les prophètes eux-mêmes lui ont emprunté, ainsi Is 28 24-28 ; Jr 17 5-11.

La brièveté des sentences, qui s'impriment dans la mémoire, les destinait à l'enseignement oral. Le père ou la mère les apprend à son fils, Pr 1 8 ; 4 1 ; 31 1 ; Si 3 1, et le maître continuera d'appeler «son fils» le disciple qu'il forme, car les sages tiennent école, Si 51 23, 26 ; cf Pr 7 1s ; 9 ls. La sagesse devient un privilège de la classe instruite, de celle par conséquent qui sait aussi écrire; sages et scribes apparaissent côte à côte dans Jr 8 8-9, et Si 38 24 - 39 11 exalte, en l'opposant aux métiers manuels, le métier du scribe qui lui permet d'acquérir la sagesse. Les scribes fournissaient au roi ses fonctionnaires, et c'est à la cour que se développèrent d'abord les doctrines de sagesse. Tous ces traits ont des parallèles exacts dans les autres milieux de la sagesse orientale, en Égypte ou en Mésopotamie. Un des recueils salomoniens des Proverbes a été rassemblé par «les gens d'Ézéchias, roi de Juda », Pr 25 1. Mais ces sages n'étaient pas seulement des collecteurs de maximes antiques, ils écrivaient eux-mêmes. Deux œuvres littéraires composées probablement à la cour de Salomon, l'histoire de Joseph et celle de la succession au trône de David, peuvent être considérées comme des écrits de sagesse.

Le milieu des sages est donc bien différent de ceux d'où sont sortis les écrits sacerdotaux et les écrits prophétiques, et Jr 18 18 énumère comme trois classes les prêtres, les sages et les prophètes. Leurs préoccupations sont différentes : les sages ne s'intéressent pas spécialement au culte et ils ne paraissent pas émus par les malheurs de leur peuple ni travaillés par la grande espérance qui le soutient. Mais, à partir de l'Exil, ces trois courants confluent. Le prologue des Proverbes prend le ton de la prédication prophétique, l'Ecclésiastique, 44-49, et la Sagesse, 10-19, méditent longuement sur l'Histoire Sainte ; l'Ecclésiastique vénère le sacerdoce, il est un fervent du culte, enfin il identifie la Sagesse et la Loi, Si 24,23-34 : c'est l'alliance entre le scribe (ou le sage) et le docteur de la Loi, qu'on retrouvera aux temps évangéliques.

C'est, dans l'Ancien Testament, le terme d'un long chemin au début duquel on plaçait Salomon. Ici encore se retrouvent les parallèles orientaux : deux écrits de la sagesse égyptienne passaient pour être les enseignements qu'un Pharaon avait donnés à son fils. Depuis 1 R 5 9-14, cf 3 9-12 et 28; 10 1-9, jusqu'à Si 47 12-17, Salomon fut loué comme le plus grand sage d'Israël, et les deux recueils les plus importants et les plus anciens des Proverbes, 10-22 et 25-29, lui sont attribués, ce qui explique le titre donné à tout le livre, Pr 1 1, On mit également sous son nom l 'Ecclésiaste, la. Sagesse et le Cantique. Tout cet enseignement dispensé graduellement au peuple choisi préparait la révélation de la Sagesse Incarnée. Mais « il y a ici plus que Salomon » Mt 12 42. Bible de Jérusalem Cerf 1988 [Médiaspaul 1998,] 799-802

1.23 Ordre de lecture de l'AT.

Dans une perspective de recherche d’une sagesse ou art de vivre il est éclairant de lire la Bible non selon un ordre linéaire ou chronologique mais en suivant un ordre de quête spirituelle. La table des chapitres tirée d’un ouvrage « pastoral » nous en fournit un aperçu.

tiré de Blanch S., For All Mankind. A new approach to the Old Testament. Oxford University Press 1978

1 A library in your handMany authors — one message 1
2 Madness in my method A guide to the reader 3
3 Scepticism, ancient andEcclesiastes 5
4 Orthodox and radicalProverbs and Job
5 Songs of faith and doubtThe Psalms 15
6 A change of key.From Writings to Prophets
7 Political theologyJoshua, Judges, Samuel, King: 24
8 The publishing businessDeuteronomy 32
9 The real revolutionariesFrom Amos to Malachi 38
10 The holiest place of allExodus, Numbers, Leviticus 45
11 The rise of JudaismChronicles, Eira, Nehemiah 52
12 The Church in the world Esther and Ruth 58
13 The flight from the worldDaniel 65
14 A missionary manifesto Jonah 72
15 One foot in EdenGenesis 78
16 Jerusalem to JerichoThe end of the journey 85

tiré de Blanch S., For All Mankind. A new approach to the Old Testament. Oxford University Press 1978

1.3 Le trajet d’évangélisation

Les siècles de chrétienté ont tenu à la pratique du baptême des nouveau-nés. La mortalité infantile élevée l’a appelée et une conception du salut et du péché originel l’ont justifié. Ce chemin vers la foi prenait la forme d’une osmose grâce à une culture et société chrétienne. L’expérience missionnaire contemporaine dans des cultures avancées comme le Japon a fait réfléchir sur le chemin vers la foi d’adultes catéchumènes. Le rituel du baptême des adultes a introduit une démarche de cheminement. (R. Beraudy, « Le nouveau rituel du baptême des adultes », dans La Maison Dieu 121, 1975, p. 122-142). Mais il faut insérer la démarche rituelle dans le cadre plus large d’une recherche de la foi et de la rencontre du Mystère.

1.31 Un missionnaire en Asie a présenté le profil des étapes de l’évangélisation que sa pratique avait suscitée.

Le processus d'évangélisation.
10 Point Omega
9 Accès à une spiritualité profonde.
8Activité chrétienne conventionnelle.
7 Baptême.
6 Acceptation que Dieu entre dans la condition humaine.
5 Réalisation de notre incapacité à réussir par soi seul. (Écritures)
4 Rencontre de Dieu et des autres (pratique)
3 Rencontre de Dieu et des autres (théorie)
2 Stade de recherche.
1 Stade préliminaire.

Walsh J., Evangelisation and Justice. New Insights for Christian Ministry. Orbis Books 1985 - p. 56-61.

L’auteur commente ainsi ce chemin de l’évangélisation.

« Depuis quelques années un processus d'évangélisation d'abord développé en Orient pour des non-chrétiens a été transformé en un processus pour utilisation devant des chrétiens simplement culturels. Ce processus d'évangélisation est une série d'expériences de recherche et de rencontre à travers lesquels nous évoluons vers les stades supérieurs de la maturité de foi. Il comprend une série d'expériences pré-baptismales comme celles que des non-chrétiens traversent dans leur cheminement vers le christianisme, et ensuite la ré-expérience de nos expériences post-baptismales à la lumière de ce qui s'est déjà produit dans ce processus. Le schéma et les explications qui suivent essaient de décrire ce processus.

Stade 1. Rien n'est présupposé. Nous pouvons entretenir des attitudes très négatives sur Dieu, nous-mêmes, les autres et la religion. Peut-être Dieu existe, peut-être non. Si Dieu existe, il peut être plus une force cosmique qu'un Dieu personnel. Ou il peut être le Dieu nuageux, en dehors quelque part mais sans connexions réelles avec notre vie quotidienne. Il se peut bien aussi que nous ayons une très pauvre image de nous. Nous pouvons être aliénés des autres. Nous pouvons être entourés de gens tout en mourant d'isolement. La religion peut être perçue comme quelque chose bonne pour les perdants. Elle sent parfois le passé, la superstition, la recherche d'argent. Elle tend à manipuler les gens. Bien que certains ne soient pas troublés par la plupart de ces difficultés, le but de cette étape est de s'assurer que même si une seule difficulté est présente, elle sera reconnue. Car il y a une tendance dans le christianisme culturel à supprimer les problèmes. A ce stade préliminaire rien n'est tenu pour acquis.

L'étape 1 s'identifie à là ou une personne commence, qu'elle soit non chrétienne, ou aliénée de la foi chrétienne ou chrétienne active.

Stade 2. Un cri primal pour « plus » naît dans nos cœurs. Nous pouvons dire : « Il doit y avoir quelque chose de plus dans la vie que ce que nous expérimentons ». Nous ne savons pas où nous irons, mais la condition présente n'est plus acceptable. Graduellement montent à la conscience et s'élargissent les désirs fondamentaux de notre cœur.

L'étape 2 est la « recherche », c'est à dire « aider autrui ou soi-même à faire surgir le cri primal pour 'plus' - à faire apparaître et élargir les désirs fondamentaux du cœur ». Selon Walsh, « il semble y avoir quatre désirs fondamentaux du cœur : aimer, être aimé, partager et s'épanouir ».

Ce partage peut devenir union, solidarité avec les gens les plus marginalisés. L'épanouissement est la croissance personnelle mais qui cherche à croître dans une communauté grandissante cherchant le changement religieux, social, politique et économique. Par exemple l'Église comme institution doit évangéliser ses propres structures, sans quoi rien de tout cela ne se réalisera.

Stade 3. Nous commençons à prendre conscience que la seule façon de satisfaire les désirs fondamentaux du cœur est le contact avec une forme supérieure de vie (nommons-la Dieu) et de rencontrer d'autres chercheurs. Ici il y a un assentiment intellectuel à cette conviction, mais à ce stade on n'en fait pas plus.

L'étape 3 est la prise de conscience que les désirs élargis du cœur ne peuvent être atteints qu'en rencontrant Dieu et en rencontrant Dieu dans les autres. Walsh explique : « Voilà ce qu'est la religion, rencontrer Dieu dans les autres, ce faisant vous atteignez vos désirs fondamentaux du cœur ; ... c'est une étape d'insight ».

Stade 4. Un essai réel de rencontrer Dieu et les autres est commencé. Pour un temps les choses vont bien sans que nous percevions un piège latent. En tant que chercheurs, nous prenons appui uniquement sur notre propre habileté et nos insights. C'est le syndrome du leveur de poids spirituel. Comme nous pouvons renforcer nos muscles en levant par nous-mêmes des poids, ainsi nous tentons d'arriver à la rencontre par nos propres efforts seulement.

À l'étape 4 l'individu essaie de réussir les rencontres avec Dieu et autrui. « Il est facile d'en parler et d'écrire des livres sur ce point, mais cela est très difficile à faire et culmine dans ce cri primal pour de l'aide.. C'est le point où les gens découvrent qu'il est plus difficile d'aimer les autres qu'ils ne le pensaient avant de s'y essayer réellement. Penser Dieu est facile, Aimer Dieu est rude.

Ces quatre premières étapes sont souvent négligées parce que nous avons hâte de nous plonger dans l'Écriture sainte, de connaître le Christ et d'accomplir un ministère ecclésial. Une grande difficulté du ministère actuel consiste en ce que la plupart du temps dans le ministère nous répondons à des questions qui n'ont pas été posées, nous répondons à des aspirations et désirs du cœur qui n'ont pas été encore ressentis.

Les six prochaines étapes concernent la réponse de Dieu au cri primal pour de l'aide ».

Stade 5. Maintenant émerge un cri primal pour de l'aide. Nous crions « Dieu, qui que tu sois, où que tu sois, aide-nous. Nous ne pouvons pas te rencontrer, toi et les autres par nos seuls efforts. Nous avons pensé que ce serait facile, mais il s'avère extrêmement difficile de tendre en avant, de s'ouvrir, d'aimer. » Cette étape culmine en une nouvelle attitude envers la Bible, qui est perçue comme la réponse de Dieu à notre cri primal pour de l'aide. Toutefois, ici la Bible est considérée non pas tant comme une source d'informations religieuses qui nous parle de Dieu, de nous-mêmes et du sens de la vie, mais comme une source de rencontres. Si nous nous laissons aller dans l'expérience scripturaire, cette expérience suscitera graduellement ces rencontres avec Dieu et autrui. Ceci peut ne pas arriver au moment de la lecture ou l'écoute des « saintes Écritures » mais peut survenir plus tard alors que nous l'attendons le moins et que nous ne sommes plus piégés par nos efforts solitaires.

L'étape 5 est la Bible ou Écriture sainte, « mais pas seulement pour l'information religieuse. Pourquoi a-t-il fallu trente ans pour que chaque évangile prenne forme ? Non pour trouver la meilleure façon de fournir de l'information, mais pour habiliter les disciples à répondre à cette question : « Quelle est la meilleure façon de raconter l'histoire de Jésus pour que d'autres, en y étant exposés, arrivent à la même sorte de rencontre avec le Christ et entre eux que nous avons connus ? ».

Walsh pense qu'au cours des siècles, à mesure que de moins en moins de gens devenaient chrétiens par une conversion - ils entraient par la naissance - le premier rôle des Écritures s'est perdu et la Bible fut utilisée surtout comma source d'information religieuse. « La Bonne Nouvelle n'est pas faite de récits d'information, mais d'histoires qui ont la capacité susciter une expérience ou rencontre... ; en utilisant de cette façon les Écritures, nous commençons à rencontrer le Christ d'une manière nouvelle, ce Christ venu nous libérer du péché personnel - notre Christ traditionnel bien connu - mais venu aussi pour nous libérer du péché systémique. Le grand paradoxe : plus la rencontre est aimante, plus nous combattons le péché systémique. Plus nous sommes engagés dans les rencontres à portée sociale, la paix par exemple, plus nous nous engageons dans la rencontre aimante.

Stade 6. Par l'Écriture sainte approchée comme suscitant une rencontre, nous reconnaissons le Christ comme inspirateur d'une rencontre. Le Christ est entré dans la condition humaine pour rencontrer chaque personne dans une intimité au-delà de ce qu'on imagine et il nous aide à rencontrer autrui - également avec une intimité incroyable. L'action du Christ culmine dans l'événement Pâques - Pentecôte.

Les étapes 7,8 et 9, prises ensemble sont ce qu'est l'église. « Essayer réellement de vivre ce qu'est l'église culmine dans Pâques - Pentecôte, le Christ ressuscité au sein du Peuple de Dieu. Nous ne sommes pas des nœuds sur une poutre de bois, des récepteurs passifs. A cause des processus Pâques- Pentecôte, le Christ nous rend tous capables de faire ces choses aux et avec les uns les autres. Réaliser un processus comme celui-là et la justice et la paix, par exemple, deviennent partie intégrale de ce dont traite le christianisme. Avant le processus, justice et paix demeurent comme une option sur la tablette tandis qu'elles jaillissent des désirs du cœur dans cette seconde partie du processus.

« Je dis aux engagés dans la justice, si vous ne comptez pas sur un processus comme celui-ci, vous rejoindrez une petite minorité, alors qu'en y recourant vous toucherez un grand nombre. A l'inverse je dis aux engagés dans l'évangélisation, si la justice sociale n'est pas une partie intégrale de l'évangélisation, celle-ci ne lèvera réellement jamais ».

Stade 7. Le baptême n'est plus perçu comme un simple rituel religieux requis pour devenir un luthérien, un anglican ou un catholique. Il est surtout vu comme une rencontre profonde avec le Dieu qui est entré dans la condition humaine et aussi comme une rencontre avec les amis du Christ appelé l'église.

Stade 8. Pâques - Pentecôte n'est pas seulement un événement. C'est un processus qui se poursuit encore. C'est un processus dans lequel nous sommes emportés dans la vie d'amour intérieure de Dieu par le Christ ressuscité. Là nous rencontrons Dieu et les autres, atteignant ainsi les désirs fondamentaux de notre cœur. Nous nommons ce processus l'église. L'église cesse d'être une simple organisation statique et devient l'aventure dynamique d'un processus.

Stade 9. Ce stade comporte une variété infinie et une profondeur infinie. Comment se déploiera ce stade dépend de la personnalité unique de chacun et du leadership de l'Esprit Saint dans l'aventure chrétienne appelé vie.

Stade 10. Voici la culmination du processus Pâques - Pentecôte- l'évolution ultime et la plénitude du temps.

L'étape finale 10 est la plénitude du royaume, l'oméga. C'est la plénitude de la Pentecôte, laquelle est avec nous ici et maintenant selon une mesure incroyable et au-delà de nos plus grandioses imaginations. C'est le Christ ressuscité au sein du peuple de Dieu. Cela arrive aujourd'hui non dans chaque petit groupe ou dans chaque paroisse, mais cela arrive néanmoins.

Durant le processus il y aura des participants qui ont atteint un point au-delà duquel ils ne semblent plus progresser. La traversée de ce plafond bloquant le progrès chrétien se fait paradoxalement en revenant au point de départ radical afin d'avancer grâce au processus d' évangélisation décrit ci-haut. Comme une flèche doit être ramené à l'arrière dans l'arc avant de s'élancer vers l'avant, ainsi nous, comme chrétiens, avons à renouer avec les expériences chrétiennes fondamentales afin de percer le plafond qui nous bloquait. Une fois réussi la rupture, un monde tout nouveau d'expérience chrétienne adulte est ouvert. A mesure que les facteurs positifs au-dessus du plafond augmentent, les facteurs négatifs mis en cause diminueront.

Dit autrement, supposons qu'une personne du Stade 3 entre dans un groupe cherchant un chemin nouveau vers la communauté. A ce point elle vit des expériences initiales de la qualité du stade 4. Elle heurte alors le plafond du progrès localisé entre le stade 3 et le stade 4. L’expérience d'évangélisation aidera alors cette personne à progresser vers le stade 4...

Un groupe qui accède au processus d'évangélisation doit tenir compte des principes suivants.

1 Le recours à l'évangélisation ne signifie pas l'abandon des nombreuses activités et processus déjà utilisés avec succès dans le passé. Nous devons les poursuivre, en les ajustant ici ou là, dans notre projet d'évangélisation.

2 Un processus d'initiation souvent produit des résultats immédiats. Ce n'est pas ainsi pourtant que fonctionne l'évangélisation. Ses fruits ne sont pas immédiats; ils prennent du temps à faire surface. Cependant quand les effets apparaissent, ils ont tendance à persister à la différence des résultats immédiats souvent plus éphémères.

Nous concevons généralement le progrès comme une ligne droite comme celle-ci:

Idée de croissance

Il y aura de bons et mauvais jours, en sorte que la ligne du progrès sera une ligne brisée :

Idée de croissance

Mais celle-ci n'est qu'une variation de la première ligne de progrès. La ligne de progression pour l'évangélisation est différente et se déploie plutôt comme ceci :

Idée de croissance

L'évangélisation a tendance à progresser très lentement pour un temps et ensuite décolle. En fait cette dernière ligne est une ligne de progrès plus naturelle. Si nous examinons comment Dieu a causé le progrès de l'univers à travers les années - progrès géologique, biologique ou humain - on constate que ce développement ressemble à celui de l'évangélisation. Par exemple, l'humanité est sur notre planète depuis des siècles innombrables, mais jusqu'à 1900 le transport le plus rapide atteignait 24 milles à l'heure. Et quelques années plus tard, les astronautes s'échappent de la terre vers la lune à plus de 15 000 milles à l'heure.

3 On doit résister à la tentation de demander aux membres du groupe un témoignage de ce qui leur arrive tôt dans le processus d'évangélisation. Ces témoignages peuvent avoir bien fonctionné dans les expériences d'initiation du groupe, même que ce témoignage peut avoir enrichi ces expériences. Mais dans les débuts d'une expérience d'évangélisation, le témoignage est contre-productif. C'est comme tirer sur la tige d'une plante à toutes les trois heures pour voir si elle grandit. Le temps du témoignage viendra à mesure que l'évangélisation progresse.

4 Enfin les membres d'un groupe doivent être avertis que l'évangélisation ne se limite pas aux moments de leur rencontre. Elle se poursuit 24 heures par jour et 7 jours par semaine. Les valeurs évangélisatrices proposées durant la rencontre peuvent provoquer des rencontres avec le Christ et avec autrui en tout temps et tout lieu. Souvent elles arrivent au moment où nous les attendons le moins. Nous devons garder nos cœurs et nos esprits ouverts aux surprises !

J.Walsh, missionnaire de Maryknoll, a travaillé avec des chiffonniers au Japon durant les années 60 et 70. C'est là qu'il a « commencé à écouter avec attention des non-chrétiens s'approchant du Christ. » Sans tenter d'embouteiller la travail de l'Esprit Saint, explique-t-il, il commença à percevoir 10 étapes dans la découverte chrétienne, qui lui ont semblées se vérifier auprès des gens, qu'ils soient de naissance chrétienne ou s'approchant du christianisme pour la première fois. John Walsh cherche à appliquer au ministère, le sien et ceux des autres, ce processus primal chrétien grâce auquel nous nous estimons co-chercheurs et formateurs. Nous en aidons d'autres à vivre le processus, mais nous ne sommes nous-mêmes jamais au-dessus du processus.

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Notes en italique tirées de Jones A., Conversion in 10 not so easy steps. NCR 1986

1.32 Conversion c'est à dire transformation de la conscience pour vivre le passage de la mort à la vie.

Shea John La prédication et l'enseignement des Évangiles comme sagesse spirituelle. The Spiritual Wisdom of the Gospels for Christian Preachers and Teachers. Liturgical Press 2004 Preaching and Teaching the Gospels as Spiritual Wisdom

Shea John Travailler avec l'esprit: L'art d'enseigner de Jésus. The Spiritual Wisdom of the Gospels for Christian Preachers and Teachers. Liturgical Press 2005 Working with the Mind :The Art ofJesus the Teacher. Traductions Renée Thinel Institut de pastorale 2009.

Shea Raconter pour vivre Novalis 2007.

1.33 Exercice

Marie-Claude Malbœuf De relationniste à nonne bouddhiste La Presse 5 février 2011.

Ani Lodrö a beau boire son café dans un banal gobelet de carton, elle ne passe pas inaperçue. Tête rasée, le corps enveloppé dans une toge rouge vin, la sexagénaire est transformée depuis qu'elle a quitté son poste de directrice des communications dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Il y a 11 ans, celle qui s'appelait jadis Danièle Lamoureux est devenue nonne bouddhiste. Elle a ensuite passé 10 ans au sommet d'une falaise, où elle occupait ses journées à méditer, à enseigner et à regarder passer les baleines. Aujourd'hui, elle enseigne au Centre de méditation Shambhala, à l'abri du brouhaha de la rue Sainte-Catherine, qui s'étire juste en bas.

« Je suis née en 1948, en pleine période duplessiste, et j'ai été élevée dans un couvent catholique. Toute ma jeunesse, j'ai prié pour les petits païens », raconte-t-elle.

Comme plusieurs, elle a tout balayé avec la Révolution tranquille. Mère célibataire, elle devient militante, marxiste, féministe... Et férocement athée. Jusqu'à ce que son mouvement se saborde. « Je m'étais tellement investie pour changer le monde que j'ai déprimé, dit-elle. Et ma quête a commencé. »

Ani Lodrô retourne dans les églises. En vain. C'est un livre sur les enseignements de Bouddha qui réussit finalement à l'ébranler. « Il parle de la souffrance humaine, et ça, contrairement à la foi, c'était quelque chose que je comprenais. Ça m'a semblé si évident, je suis tombée en amour », dit-elle.

Vers l'âge de 40 ans, elle devient officiellement bouddhiste. Mais cela ne suffit pas. « Juste avant sa mort, mon père m’a dit : « C’est la vie, ma fille, la chienne de vie. » Je ne voulais pas mourir aussi amère. Je voulais que ma vie ait un sens. »

Ani Lodrô avait, comme on dit, tout pour être heureuse. « Un bon travail, un appartement splendide, des tonnes d'amis, un fils formidable qui faisait des tournées avec le Cirque du Soleil, énumère-t-elle. Mais je vivais tout de même une grande tristesse existentielle. Mes larmes coulaient quand je regardais tous ces gens ternes et tristes dans l'autobus. Je me disais : ‘C'est ça, la vie?’ »

En 2000, elle part donc pour l'abbaye Gampo, en Nouvelle-Écosse. Ce n'est pas un cloître, précise-t-elle, puisqu'on y a accès à l'internet et au téléphone.

Loin des distractions habituelles, elle peut néanmoins passer des heures à méditer.

De retour au Centre Shambhala depuis un an, elle partage son savoir. Le midi, elle accueille quiconque veut venir manger en silence et échapper pendant une heure à la vitesse ambiante.

« Ici, ce n'est pas une question de religion, dit-elle. On veut cultiver la culture de l'attention et de la bienveillance. C'est urgent, parce que ça ne va vraiment pas bien sur la planète. Les êtres humains ont perdu confiance en leur bonté fondamentale. »

« Mais je peux dire que ma vie a un sens », conclut-elle.

« Quand je vais mourir, je n'aurai pas de regrets. »

*********

Q : Comment ce récit de transformation profonde ou conversion se compare-t-il à un ( ou votre) récit de transformation chrétienne ?

 

2 Catéchèse

2.1 Catéchèse. Significations possibles.

Catéchisme et catéchèse sont à distinguer. Le catéchisme est un instrument et la catéchèse est une activité déterminée. Les générations actuelles n’ont pas connu le premier qui relevait du genre littéraire des F.A.Q. (Frequently asked questions) utilisé fréquemment sur les sites d’Internet pour indiquer des connaissances élémentaires sur le contenu du site et les procédures à suivre. Le Catéchisme de l’Église catholique CECC se rattache `la première catégorie qu’il décrit ainsi :

« un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que la morale, qui serait comme un texte de référence pour les catéchismes ou compendiums qui sont composés dans les divers pays. La présentation de la doctrine doit être biblique et liturgique, exposant une doctrine sure et en même temps adaptée à la vie actuelle des chrétiens » p. 6.

Plus loin no 11 p. 13 cette conception est reprise : « Ce catéchisme a pour but de présenter un exposé organique et synthétique des contenus essentiels et fondamentaux de la doctrine tant sur la foi que sur la morale à la lumière du Concile Vatican II et de l’ensemble de la tradition de l’Église. Ses sources principales sont l’Écriture Sainte, les saints Pères, la liturgie et le Magistère. »

On notera l’accent sur la proposition objective et intellectuelle du catéchisme.

Mais à la ligne suivante il ajoute : « texte de référence pour une catéchèse renouvelée aux sources vives de la foi » p. 4. Très tôt on a appelé catéchèse l’ensemble des efforts entrepris dans l’Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ (cf. CT 1).

5 « La catéchèse est une éducation de la foi des enfants, des jeunes et des adultes, qui comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné en général de façon organique et systématique, en vue d’initier à la plénitude de la vie chrétienne » (CT 18).

6 Sans se confondre avec eux, la catéchèse s’articule sur un certain nombre d’éléments de la mission pastorale de l’Église, qui ont un aspect catéchétique, qui préparent la catéchèse ou qui en découlent : première annonce de l’Évangile ou prédication missionnaire pour susciter la foi ; recherche des raisons de croire ; expérience de vie chrétienne ; célébration des sacrements ; intégration dans la communauté ecclésiale ; témoignage apostolique et missionnaire (cf. CT 18).

7 « La catéchèse est liée intimement à toute la vie de l’Église. Non seulement l’extension géographique et l’augmentation numérique mais aussi, et davantage encore, la croissance intérieure de l’Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d’elle » (CT 13).

8 Les périodes de renouveau de l’Église sont aussi des temps forts de la catéchèse. Ainsi voit-on à la grande époque des Pères de l’Église de saints évêques y consacrer une part importante de leur ministère. Tels sont S. Cyrille de Jérusalem et S. Jean Chrysostome, S. Ambroise et S. Augustin, et bien d’autres Pères dont les œuvres catéchétiques demeurent des modèles.

(……..)

10 Il n’est pas étonnant, dès lors, que, dans le mouvement à la suite du deuxième Concile du Vatican (considéré par le Pape Paul VI comme le grand catéchisme des temps modernes), la catéchèse de l’Église ait de nouveau attiré l’attention. Le « Directoire général de la Catéchèse » de 1971, les sessions du Synode des évêques consacrées à l’évangélisation (1974) et à la catéchèse (1977), les exhortations apostoliques qui leur correspondent, « Evangelii nuntiandi » (1975) et « Catechesi tradendæ » (1979), en témoignent. La session extraordinaire du Synode des évêques de 1985 demanda « que soit rédigé un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique tant sur la foi que sur la morale » (rapport final II B a 4). Le Saint-Père, Jean Paul II, a fait sien ce vœu émis par le Synode des évêques en reconnaissant que « ce désir répond tout à fait à un vrai besoin de l’Église universelle et des Églises particulières » (Discours, 7 décembre 1985). Il mit tout en œuvre pour la réalisation de ce vœu des pères du Synode.

Il faut connaître ces formulations dont l’accent principal est l’information ou connaissance malgré le soupçon d’autre chose; « catéchèse, l’ensemble des efforts entrepris dans l’Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ » Le catéchisme et la théologie sont des savoirs objectifs tandis que la catéchèse assure le développement du sujet croyant, sa conversion initiale et poursuivie. La différence tient à ce qui vient en premier dans l’accès à la connaissance :, pour les conceptualistes, ce sont les concepts et l’oubli du sujet, pour Lonergan et les intellectualistes, ce sont les insights et leurs vérifications qui articulent la subjectivité éduquée et son fruit l’objectivité . C’est la compréhension, clé d’entrée dans la connaissance. (Cf Lonergan B., Le sujet (1968), Pour une méthodologie philosophique. Essais philosophiques choisis. Bellarmin 1991, 15-137). La catéchèse se transforme quand quelqu’un passe de la mentalité « classique » à la mentalité attentive tant au sujet qu’à l’objet.

2.2 Clarifications.

La catéchèse comme mot et comme processus est spontanément associée à l’enfance sous la pression des expériences de catéchisme. Elle semble n’être qu’une première initiation à la foi dont on peut se passer ensuite. Or la catéchèse est plus que cela comme le montre le tableau ci-dessous, La catéchèse dans la mission d'évangélisation, Tableau synthèse p.52, 53 tiré de AEQ, Jésus Christ chemin d'humanisation, Assemblée des évêques du Québec, 2004.

Il y aurait des étapes de catéchèse qui suivent les âges de la vie. Il faut d’abord mettre en contact, attirer l’attention, dissoudre les appréhensions - c’est le contact et prédication missionnaire, puis entrer dans une initiation première et qui se poursuivra à chaque âge de la vie, car les situations vécues ont toutes à être évangélisées.

C’est dans le travail catéchétique que se réalise plus que l’acquisition d’un contenu cognitif mais une transformation de la conscience de la personne qui apprend à passer à un autre fonctionnement que celui de la pensée quotidienne fut-ce savante. Cette transformation graduelle de sa conscience est ce que la tradition chrétienne désignait sous le mot conversion, ou metanoia : « Jésus proclamait l’Évangile de Dieu et disait : Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » La conversion est plus qu’un changement dans un aspect de sa vie mais un changement d’horizon. Quand l’horizon, limite extrême de notre vision, change tout change, comme on le constate à l’aube ou au coucher du soleil. « Au sens littéral le mot horizon désigne le cercle frontière, la ligne où ciel et terre semblent se rejoindre. Cette ligne constitue la limite du champ de vision d’une personne. Quand celui-ci s’avance, elle recule devant lui et se referme en arrière de telle sorte que selon les lieux où il se trouve (stand-points), différents horizons se présentent. En ce sens, ce qui se trouve au-delà de l’horizon de quelqu’un n’appartient tout simplement pas au champ de ses connaissances et de ses intérêts : il l’ignore et ne s’en préoccupe pas. Mais ce qui se trouve à l’intérieur de son horizon devient un objet de connaissance et d’intérêts plus ou moins grands ». (Cf Lonergan B., Pour une méthode en théologie ch. 10, p.269 s.)

LA CATÉCHÈSE DANS LA MISSION D'ÉVANGÉLISATION
Axe intégrateur : Ouvrir à la rencontre du Christ,
voie d'humanisation intégrale pour les personnes et pour le monde.
LA PREMIÈRE ANNONCEL'INITIATION CHRÉTIENNELA PASTORALE
La première annonce de
l'Évangile ouvre à la
découverte de Dieu et
du salut qu'il nous offre
dans le Christ.
Pôle intégrateur :
La proposition de Jésus Christ
comme révélateur
du Père et voie
d'humanisation.
L'initiation chrétienne est
une démarche de formation
de base, un premier
apprentissage de la vie en
communion avec le Christ.
Pôle intégrateur:
L'accueil du don de
la vie trinitaire comme
source et fondement
de l'humanisation
en Jésus Christ.
L'activité pastorale consiste
à nourrir la foi, l'espérance
et la charité des disciples
déjà engagés à la
suite du Christ.
Pôle intégrateur:
L'approfondissement de la vie
nouvelle à travers la
participation à la communion
ecclésiale et à la mission évangélisatrice.

Activités:Activités:Activités:
Participation aux efforts
d'humanisation du monde.
Dialogue interreligieux.
Témoignage de la vie
nouvelle à la suite du Christ.
Première annonce et appel
à la conversion.
Catéchèse d'éveil à la foi:
Accompagnement dans
la première ou seconde
découverte de la
pertinence de l'Évangile.
Découverte de la
Parole de Dieu.
Profession de foi et
célébration des sacrements
d'initiation.
Premier apprentissage de
la vie de disciple dans
le monde et dans l'Église.
Catéchèse d'initiation:
Accompagnement dans
l'accueil de la Parole de
Dieu, l'écoute de l'Esprit
et un premier apprentissage de la vie chrétienne.
Recherche de Dieu
Liturgie.
Participation à la vie de la
communauté et fraternité.
Formation à la mission et à
l'engagement.
Catéchèse permanente:
Soutien aux démarches
de maturation dans la foi.
Les trois moments essentiels de l'évangélisation : la première annonce, l'initiation, chrétienne,
et l'activité pastorale, s'entrecroisent de diverses manières.
Ils comportent chacun leurs exigences et leurs modalités propres au regard
de la formation à la vie chrétienne, notamment dans sa dimension catéchétique.

2.3 Le processus catéchétique en «Catéchèse biblique symbolique»

Document Mes repères essentiels en accompagnement catéchétique.

Colette Beauchemin Sous l’arbre vert 8 (2010 déc) p. 8-9

Dans mon rôle d'accompagnement en catéchèse, je me réfère continuellement à ce que les auteurs de la Catéchèse biblique symbolique, Claude et Jacqueline Lagarde, nous ont légué et qui représente, à mes yeux, une richesse inestimable. La brillante découverte qu'ils ont faite, en revisitant la pédagogie des Pères de l'Église, nous pouvons l'expérimenter à notre tour, chaque fois que nous mettons en pratique la pédagogie de la parole qu'ils ont développée. Cette dernière nous rend attentifs à des modes de dire ou niveaux de parole qui sont des manières différentes de se positionner en regard des mots et des images bibliques et liturgiques. Étant donné que notre premier rapport au texte et à la vie est d'abord extérieur (ce qu'ils appellent la parole anecdotique), il s'agit de guider la prise de parole vers un positionnement plus intérieur, où la personne s'implique personnellement dans ce qu'elle dit.

Pour se faire, le catéchète doit avoir parcouru, pour lui-même, ce chemin qui suppose un passage de l'extériorité vers l'intériorité du langage. Il aura fait l'expérience d'une révélation intime de cette parole de Dieu, en lui-même, et il n'aura pas la prétention de pouvoir la provoquer chez l'autre, par l'usage d'explications extérieures.

Guider l'autre vers sa parole vraie, c'est d'abord favoriser une expression libre. Ne pas attendre des conclusions qui ne seraient que répétition de réponses préfabriquées. Il s'agit plutôt d'être attentif à la résonnance que produit tel ou tel bout de récit biblique dans le cœur et l'intelligence de chacun, en écoutant bien comment la personne se positionne dans sa parole.

Le chemin de la parole, à la fois cognitif et affectif, se fera d'abord par le biais de rapprochements entre les expressions et scènes bibliques qui s'appellent et se renvoient l'une à l'autre comme en écho, tout en se reliant aux scènes de la vie concrète. Ces rapprochements s'effectuent naturellement par la reconnaissance d'une parenté dans les images et les situations relationnelles. Ce niveau de rapprochements tisse progressivement la Bible avec la vie, comme une toile servant de fond de scène où se joue la vie de chacun.

De ces rapprochements naîtront des étonnements, puisque la Bible ne dépeint pas la réalité concrète de la vie, mais propose plutôt un regard intérieur, où Dieu se retrouve partenaire de l'histoire humaine. Parce que la logique concrète entre en dissonance avec le texte biblique qui cherche à exprimer une réalité spirituelle par son langage de type symbolique, cela provoque l'apparition d'une parole critique, essentielle à l'émergence d'un nouveau rapport au texte. La personne en recherche se retrouve ainsi sur le seuil d'une nouvelle conscience de ce qui est en cause à la fois dans le récit et dans sa vie. « Pourquoi dit-on ceci ou cela dans la Bible ? Que peut-on en comprendre ? » Encouragée par le catéchète, la lecture naïve, de premier degré, peut céder ainsi la place à une recherche de sens plus existentiel et spirituel. La conscience de l'usage d'un langage à double sens donnera accès à un univers encore inexploré. L'implication plus personnelle dans la parole, favorisera une ouverture du texte vers l'intérieur. Ainsi, le chercheur sincère découvre avec étonnement et émerveillement que le texte témoigne d'une expérience à laquelle il peut accéder lui-même s'il sait écouter, comme en stéréo, ce que dit le texte et ce qui se passe en lui. L'éclair de sens qui peut alors jaillir dans la parole, témoigne d'une révélation qui s'est opérée dans la personne qui cherche le sens du texte, en même temps qu'elle cherche à se comprendre elle-même. Comme si, dans le jardin intérieur de chacun, Dieu continuait inlassablement de nous appeler et de nous chercher « Où es tu Adam ? » Il s'agit, en quelque sorte, de se laisser trouver et recréer par Dieu, en cherchant sincèrement à faire la vérité en soi, à l'aide d'un texte qui apporte son éclairage en devenant Parole.

Bien sûr, cet itinéraire, lorsqu'il est décrit si succinctement comme je viens de le faire, pourrait sembler infaillible. Il ne faut surtout pas se leurrer. La pédagogie de la parole est incapable de provoquer la foi, car l'Esprit souffle où il veut et le catéchète doit accepter cette démaîtrise. Il s'agit plutôt de favoriser l'accès à une rencontre possible. De plus, il faut accepter de compter avec le temps, car ce chemin de la parole se déploie sur plusieurs années. La pensée concrète des enfants, avant 9-10 ans, les empêche encore de saisir le sens figuré du langage. Il s'avère donc essentiel de tenir compte de leur développement cognitif et de consacrer prioritairement ce premier temps de la vie à emmagasiner une mémoire biblique et à favoriser le tissage de la Bible avec la vie, ainsi que l'apprentissage de la prière biblique, afin de préparer le passage crucial vers « l’autrement dit » qui ne s'opère habituellement pas avant la fin de l'enfance (11-12 ans). Dès lors, l'enjeu de la grande enfance est de développer une nouvelle conscience qui naîtra d'une parole qui se situe au-delà du premier registre de la parole. L'acquisition du niveau de parole symbolique est essentielle pour porter la parole existentielle de l'adolescent et de l'adulte en quête de sens et de direction pour sa vie. Par voie de conséquence, si ce passage n'a pas été expérimenté vers la fin de l'enfance, il sera à faire plus tard, avec les recommençants par exemple, qui ont souvent quitté l'Église avec le sentiment d'avoir été enfermés dans une religion infantilisante, incapables de porter le poids de leurs doutes et de leur recherche.

Conclusion « Le cri que ce (Guy Coq) philosophe lance à l'Église prend d'autant plus de relief qu'il pense que l'évolution de notre société est une chance pour le christianisme. « L'individu n'est plus encadré, et doit assumer par lui-même les options d'ordre spirituel. Cette libération du pouvoir de chacun, de rencontrer à la fois la crise radicale dans l'expérience spirituelle, de devoir inventer les chemins d'une issue, et de devoir décider librement, voilà une situation totalement favorable à la Bonne Nouvelle » cité dans Esprit et Vie n°120 - janvier 2005

2.4 Démarche de Catéchèse biblique symbolique. Exode 19,1-25

2.41 Prendre connaissance du texte comme récit

Mémoire, récit ou lecture.

Exode 19 1-25 Préparation de l’Alliance. 
1 Le troisième mois après leur sortie du pays d'Égypte, ce jour-là, les Israélites atteignirent le désert du Sinaï. 
2 Ils partirent de Rephidim et atteignirent le désert du Sinaï, et ils campèrent dans le désert; Israël campa là, en face de la montagne. 
3 Moïse alors monta vers Dieu. Yahvé l'appela de la montagne et lui dit: « Tu parleras ainsi à la maison de Jacob, tu déclareras aux Israélites : 
4 "Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait aux Égyptiens, et comment je vous ai emportés sur des ailes d'aigles et amenés vers moi. 
5 Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi. 
6 Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte." Voilà les paroles que tu diras aux Israélites ». 
7 Moïse alla et convoqua les anciens du peuple et leur exposa tout ce que Yahvé lui avait ordonné, 
8 et le peuple entier, d'un commun accord, répondit : « Tout ce que Yahvé a dit, nous le ferons ». Moïse rapporta à Yahvé les paroles du peuple. 
9 Yahvé dit à Moïse : « Je vais venir à toi dans l'épaisseur de la nuée, afin que le peuple entende quand je parlerai avec toi et croie en toi pour toujours ». Et Moïse rapporta à Yahvé les paroles du peuple. 
10 Yahvé dit à Moïse : « Va trouver le peuple et fais-le se sanctifier aujourd'hui et demain; qu'ils lavent leurs vêtements 
11 et se tiennent prêts pour après-demain, car après-demain Yahvé descendra aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sinaï. 
12 Puis établis des limites pour le peuple en disant : "Gardez-vous de gravir la montagne et même d'en toucher le bord. Quiconque touchera la montagne sera mis à mort. 
13 Personne ne portera la main sur lui; il sera lapidé ou percé de flèches, homme ou bête, il ne vivra pas." Quand la corne de bélier mugira, eux graviront la montagne ». 
14 Moïse descendit de la montagne et vint trouver le peuple qu'il fit se sanctifier, et ils lavèrent leurs vêtements. 
15 Puis il dit au peuple : « Tenez-vous prêts pour après-demain, ne vous approchez pas de la femme ». 
16 Or le surlendemain, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu'un très puissant son de trompe et, dans le camp, tout le peuple trembla. 
17 Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils se tinrent au bas de la montagne. 
18 Or la montagne du Sinaï était toute fumante, parce que Yahvé y était descendu dans le feu; la fumée s'en élevait comme d'une fournaise et toute la montagne tremblait violemment. 
19 Le son de trompe allait en s'amplifiant; Moïse parlait et Dieu lui répondait dans le tonnerre. 
20 Yahvé descendit sur la montagne du Sinaï, au sommet de la montagne. Yahvé appela Moïse au sommet de la montagne et Moïse monta. 
21 Yahvé dit à Moïse : « Descends et avertis le peuple de ne pas franchir les limites pour venir voir Yahvé, car beaucoup d'entre eux périraient. 
22 Même les prêtres qui approchent Yahvé doivent se sanctifier de peur que Yahvé ne se déchaîne contre eux ». 
23 Moïse dit à Yahvé : « Le peuple ne peut pas gravir la montagne du Sinaï puisque toi-même tu nous as avertis: délimite la montagne et déclare-la sacrée ». 
24 Yahvé reprit : « Allons, descends et remontez, toi et Aaron. Mais que les prêtres et le peuple ne franchissent pas les limites pour monter vers Yahvé, de peur qu'il ne se déchaîne contre eux ». 
25 Moïse descendit alors vers le peuple et lui dit... 

2.42 Recherches catéchétiques

Prendre connaissance du texte comme récit. Mémoire, récit ou lecture

A) Trame du récit

Lagarde C. AT raconté aux enfants.…..(Niveau Anecdotique ou Bleu)

Récit raconté

Trois mois après la sortie d'Égypte, le peuple arriva au pied de la montagne du Sinaï. Il installa son camp en face de la montagne et Moïse y monta. Dieu lui dit : « Je vais venir sur cette montagne, devant le peuple, pour lui donner mes dix paroles. Tous me verront dans le feu et la fumée. Que tous se préparent à ma visite. Que tous lavent leurs vêtements. Que tous soient purs. Tu diras : '' Dieu nous a sauvés de l'esclavage de l'Égypte. Si nous obéissons à ses dix paroles, nous serons son peuple, et Dieu restera toujours près de nous''. » Le Seigneur fit comme il avait dit. Elle est bonne la parole de Dieu.

Commentaire pour adulte

La révélation de Dieu au Sinaï Exode 19, 16

Tonnerre, éclairs, feu, nuée, sons de trompe, tremblement de terre, montagne, font partie de l'imagerie biblique représentant la manifestation de Dieu. Le Nouveau Testament a repris cette imagerie et l'a même amplifiée. Quand Jésus meurt, l'obscurité se fait (Matthieu 27, 45) et la terre tremble. La terre tremble aussi quand l'ange descend annoncer la Résurrection. Il a lui-même l'aspect de l'éclair (28, 2). Dans l'évangile de Matthieu, la tempête qui sera apaisée est aussi produite par un séisme, allusion à la croix et à la Résurrection (8, 24) qui est la suprême manifestation de Dieu.

Dans le récit de la Pentecôte (Actes 2, 2), l'auteur introduit du feu et du bruit. C'est une allusion au Sinaï.

Saint Paul, évoquant la fin des temps et le retour du Seigneur, parle de trompettes (1 Thessaloniciens 4, 16). Les apocalypses (ou manifestations) développent des récits terrifiants pour suggérer la venue du Seigneur. Elles amplifient des images déjà présentes dans la scène du Sinaï. (Matthieu 24, 26). Le sens est clair : quand Dieu vient tout est chamboulé.

Observations./Images

On ne rencontre pas Yahvé comme un voisin

Montées et descentes.

Dieu parle à Moïse, à quelques autres, mais non au peuple.

C’est comme une rencontre inégale et difficile à organiser.

«Against the shock of Yahweh’s intensity» (P.Roche p.97)

B) Images semblables ailleurs dans la Bible. (Vert)

désert /Jésus aussi; montagne//Jésus Béatitudes et Calvaire.

feu et bruit : pentecôte

obscurité, nuée , tremblement : mort de Jésus

Au Buisson ardent Moïse enlève ses sandales Ex 3,5 ;Nom de Dieu dévoilé.

C) Étrangetés, bizarreries.

Pourquoi un messager ? Yahvé serait plus convainquant directement.

Pourquoi Yahvé dangereux alors que non pour Moïse,

Dieu ne serait pas toujours disponible.

Contraste avec la douceur des rencontres ou présences à Abraham, Moïse (Buisson)

D) Signification maintenant et quelle prière vivre.

Mystère, Infini de Dieu

Non un discours objectif, théologique sur Dieu, mais une rencontre…vers une Alliance.

Textes AT sur Dieu.

Théophanie

-L'épreuve de Gédéon Juges 6,11- 25)

Gédéon profite de la nuit pour démolir le pieu sacré dédié à Baal, dieu de la fécondité, auquel le peuple se voue pour avoir la pluie et une bonne récolte. Détruire cette idole est un préalable indispensable pour obtenir l'aide de Dieu. Le Seigneur n'admet pas les cœurs partagés et nous oblige à choisir entre lui et Baal.

« Le Seigneur est un Dieu jaloux » (Exode 34, 14). Il ne faut pas voir dans cette formule une faute contre la morale, c'est au contraire une parole d'amour venant de Dieu. L'homme va à sa perte quand il se rend esclave des dieux qu'il se fabrique, l'argent, la bonne chère, la drogue, le pouvoir politique etc. Seul le Seigneur est capable de donner la Vie et la Résurrection. Tel est le premier commandement d'Israël, le cœur de la foi biblique exprimé dans le fameux « Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. » (Deutéronome 6, 4).

Cette curieuse formule est très actuelle. Nous nous croyons supérieurs aux polythéistes antiques, nous adorons cependant mille dieux aujourd'hui comme hier.

Élisée 2 R 5,1-15 Naaman le lépreux

La lèpre, maladie contagieuse, est un fléau social : les lépreux, pour ne pas contaminer leur communauté, doivent quitter la ville et vivre à l'écart. Si une guérison intervient, les prêtres la constatent et le lépreux peut rentrer dans la communion (Lv 13,45 et suivants). La lèpre, dans la société religieuse de l'époque, avait nécessairement un rapport avec Dieu — comme tout d'ailleurs. Elle était signe de péché, de rupture avec Dieu et les siens.

Le nom de Naaman veut dire beau, magnifique. Il contraste avec la lèpre qui atteint l'homme. Le roi d'Aram, ce royaume bordant Israël au nord, adresse au roi d'Israël, son semblable, une requête de guérison. La demande est tout à fait normale quand le prophète est fonctionnaire du roi, ce qui devait être le cas en Aram, mais pas en Israël. Élisée est en conflit ouvert avec le roi qui, sans doute, s'obstine à maintenir un culte idolâtre. Le païen ignore cette situation et croit naïvement Élisée serviteur du roi d'Israël ; quiproquo dont profite Élisée qui, lui, sert un « Dieu capable de donner la mort et la vie » même au païen. Il lui intime donc de se plonger sept fois dans l'eau du Jourdain. Rappel de l'Exode et de la création, c'est-à-dire de l'action salvifique de Dieu. Naaman doit, à son tour, participer symboliquement au baptême fondateur de la foi d'Israël. Mais le païen ne comprend pas : il est enfermé dans le monde matérialiste de la magie et n'accède pas au sens. Un bain n'en vaut-il pas un autre ? Et le rituel (magique) prend une place démesurée dans sa tête (verset 11). Ce sont ses serviteurs qui le font changer de points de repère ; c'était déjà une servante qui lui fit faire son exode en terre étrangère. Le baptême, qui manifeste la plongée qu'il fait dans la terre d'Israël et dans son Dieu vivant, rend sa peau aussi pure et belle que celle d'un petit enfant. Naaman devient vraiment le magnifique. On croyait à cette époque que les dieux étaient liés à un territoire. Aussi Naaman emporte-t-il de la terre d'Israël. Le Seigneur sera ainsi adoré et chez lui en pays païen.

Élisée refuse l'argent de Naaman, car la guérison vient de Dieu que l'on ne paie pas en argent mais en faisant mémoire de Lui. Le péché de Naaman serait d'oublier l'événement fondateur de sa foi : ce serait une infidélité. C'est le « faire mémoire » qui donne la vie. Guéhazi, pourtant du peuple élu, ne comprend plus cela. Il devient serviteur de l'argent — son dieu — et non plus du Dieu vivant. Il oublie la référence fondamentale du croyant : Dieu (le premier commandement d'Ex 20, 3). Il devient païen à la place de Naaman. Il hérite de sa lèpre. L'Évangile reprend l'opposition Dieu-argent (Mt 6, 24). Particulièrement chez Luc, les pauvres, par leur entière disponibilité, sont ouverts au royaume, ce qui semble quasiment impossible aux riches. « Malheur à eux ! » (Lc 6, 24). Voir aussi Mc 10, 17-27.

Naaman, le Syrien, l'étranger, est guéri de sa lèpre parce qu'il a cru à la parole de Dieu. Il proclame : « Je sais, il n'y a pas de Dieu par toute la terre, sauf en Israël. » Sa lèpre l'a quitté après sept immersions, allusions à la création qui se poursuit. Le plan de salut prévoit la conversion des païens, c'est-à-dire des non-juifs. La lèpre est le symbole du péché qui colle à la peau et qui est contagieux.

Le récit de Naaman, le païen lépreux baptisé, préfigure l'ouverture de la foi d'Israël au monde entier dont les débuts sont racontés aux chapitres 10 et 11 des Actes des apôtres. En Lc 4, 27, Jésus évoque Naaman aux gens de Nazareth, ce qui produit son rejet, la Croix et la Résurrection, auxquels font penser les trois versets suivants. La communauté païenne (grecque) de Luc ne pouvait que résonner au récit de Naaman qui annonce son salut. Nous aussi. Marc, lui, ne mentionne pas explicitement Naaman. Il met en scène un lépreux que Jésus guérit mais dont le comportement enthousiaste interdit au Seigneur l'accès à la ville, ce qui met Jésus dans la situation des lépreux. Préfiguration de ce qui arrivera : la Croix n'est-elle pas à la porte de la ville et Jésus n'a-t-il pas pris la lèpre sur lui (Is 53, 4-12) ?

Jésus, nouvel Élisée, guérira les lépreux. Luc (4, 27) cite explicitement le récit de Naaman.L'Eglise, animée de l'Esprit du Christ, répandra le baptême du salut parmi tous les peuples de la terre. Tous les hommes, comme Naaman, sont appelés à se plonger avec le Christ dans la mort pour ressusciter. La nouvelle création achève l'oeuvre commencée avec la première création.

Conclusion

Retour sur l’expérience :

prise de parole, écoute et réactions, imagerie concrète.

Texte biblique devenant une Parole de Dieu pour soi. Plus que théologie, histoire ou exégèse.

2.43 Ancien ou Nouveau Testament.

La position courante estime que le Nouveau Testament parce qu’il raconte Jésus comme Christ a rendu caduque l’A.T. Il est exact que le N.T est une clé pour comprendre d’une façon plus profonde l’A.T. mais il est clé c'est à dire joue son rôle en relation avec l’A.T

L’A.T. est la langue du N.T. et en elle pourront être proposées des aperçus nouveaux au lieu de la reprise de la seule religiosité commune.

C’est ce qu’a exprimé un témoin chrétien :

«Je remarque d'ailleurs toujours à nouveau à quel point tout ce que je pense et ressens est inspiré de l'Ancien Testament; je l'ai lu bien davantage, ces mois passés, que le Nouveau. Ce n'est que lorsqu'on connaît l'impossibilité de prononcer le nom de Dieu qu'on a le droit de prononcer celui de Jésus-Christ; ce n'est qu'en aimant la vie et la terre assez pour que tout semble fini lorsqu'elles sont perdues qu'on a le droit de croire à la résurrection des morts et à un monde nouveau; ce n'est qu'en se soumettant à la loi de Dieu qu'on a le droit de parler de la grâce; et c'est seulement quand on admet la colère et la vengeance de Dieu envers ses ennemis comme des réalités valables que l'on peut pardonner et aimer ses ennemis. Celui qui veut immédiatement passer au Nouveau Testament n'est pas chrétien à mon avis. Tu sais que nous en avons parlé à maintes reprises, et chaque jour me confirme que c'est juste. La dernière parole ne doit pas précéder l'avant-dernière. Nous vivons dans les temps avant-derniers et attendons, dans la foi, les derniers. N'en est-il pas ainsi? Les soi-disant luthériens et les piétistes auraient la chair de poule à cette idée, elle n'en est pas moins juste. Dans le Prix de la Grâce 1, j'ai fait allusion à ces pensées sans les développer jusqu'au bout. Je le ferai plus tard. Les conséquences qui en découlent atteignent, entre autres, le problème catholique, la notion du ministère, l'usage de la Bible, mais avant tout, précisément, l'éthique. Pourquoi, dans l'Ancien Testament, les gens mentent-ils effrontément et souvent en l'honneur de Dieu? Pourquoi tuent-ils, trompent-ils et dérobent-ils, divorcent-ils, se prostituent-ils (voir l'arbre généalogique de Jésus), doutent-ils, blasphèment-ils et jurent-ils ( je viens de rassembler ces passages), tandis que tout cela n'existe pas dans le Nouveau Testament? Premier degré religieux? C'est une explication très naïve; il s'agit pourtant du même Dieu. Mais nous en parlerons plus tard, de vive voix.

Le soir est venu entre-temps. Le sous-officier, qui m'a ramené de l'infirmerie dans ma cellule, m'a dit en me faisant ses adieux, avec un sourire gêné, mais pourtant très sérieusement: «Priez donc, monsieur le pasteur, pour que nous n'ayons pas d'alerte aujourd'hui. »

J'ai repris mes réflexions sur l'homme qui parle de sa peur.»

Bonhoeffer D., Résistance et soumission. Labor et Fides 1967 (1951) p.76: Lettre II Avent 1943

2.44 À retenir…

Le travail en catéchèse n’est pas une vulgarisation du contenu de la vision chrétienne mais l’accès à une expérience religieuse chrétienne que les sacrements complèteront.

La catéchèse certes est d’abord une initiation mais se continue durant tous les âges de la vie.

En catéchèse biblique symbolique on souligne toujours l’apport des deux testaments.

Jésus ne nous apprend rien de neuf sur Dieu mais il le prend au sérieux! Exagéré mais assez vrai..

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2.5 Document Lagarde C.&J. LA TRANSMISSION DE LA FOI. DES MOTS POUR LE MYSTÈRE

« La tâche première et spécifique de la catéchèse demeure la présentation structurée du mystère du Christ : "faire connaître" sans jamais oublier que cette connaissance est celle d'un mystère, une "connaissance qui remplit de joie, un savoir selon l'Esprit" (Jean-Paul II). La catéchèse apprend aux catéchisés le langage commun de la foi… » (Texte de référence, § 2112). Ce n'est pas la foi, don de Dieu, qui se transmet, mais bien les langages qui la disent en Église. Elle surgit à l'écoute de la Parole, illumination des mots, éclairage soudain de la vie. Les évêques le soulignent : ces langages d'Église sont d'abord l'Écriture et le Symbole (TR 521). Ajoutons-y l'expression liturgique et les rites sacramentels. « Le vocabulaire de l'Écriture et de la liturgie favorise l'élaboration d'un langage de foi pour aujourd'hui ; il s'enracine profondément dans l'histoire du peuple des croyants ; il établit la communication des chrétiens entre eux ; il manifeste l'originalité de la foi dans le monde qui est le nôtre » (T R, § 322). Ainsi le chrétien, rattaché à l'Église, utilise dans sa prière, des mots, des récits, des gestes pleins de sens qui, s'approfondissant toute la vie, permettent et développent cette grâce de Dieu que nous nommons « foi ». Sans eux, pas de relation au Seigneur, pas de rassemblement, pas d'intériorité divine ; seulement le sentimentalisme piétiste, projection égoïste de soi sur soi, le contraire d'une conversion.

La communauté chrétienne transmet, pour nourrir la foi, ce qu'on appelle parfois des savoirs mais qu'il convient de nommer « des langages ». Le mot « savoir » a en effet aujourd'hui une signification positive — on sait des choses — des connaissances pratiques orientées vers le monde physique. Il correspond à l'extériorité et à la neutralité de la science. La connaissance de Dieu portée par les langages de la foi est d'un autre ordre ; elle est celle « d'un mystère, une connaissance qui remplit de joie, un savoir selon l'Esprit ». Nous sommes loin d'une science objective, d'une vérité matérielle expérimentable, bien que les mots de la foi soient ceux de notre langue, les mêmes qui désignent l'univers visible. Utilisés pour dire Dieu, ils prennent une signification neuve, acquièrent une portée infinie. Nous disons « Notre Père qui es aux cieux » : le ciel, ici, n'est pas l'espace sidéral des galaxies mais une réalité plus intérieure, à nous-mêmes que nous-mêmes, une réalité qui nous élève. Saint Augustin, au début du ve siècle, est déjà affronté à cette question de langage. Il explique ainsi le Credo aux futurs baptisés : « Jésus a été crucifié et enseveli, est ressuscité des morts le troisième jour, il est monté au ciel qu'il n'avait jamais quitté » (Sermon 212, 1). Ici le ciel n'est pas le ciel, bien que le mot ait son importance. L'expression « troisième jour » elle-même, indication chronologique apparemment simple, renvoie à une vérité biblique d'un autre ordre (45). Des images tirées de l'Écriture, telles qu'agneau, brebis, pasteur, ou mer, traversée, autre rive, ou montagne, rocher, ascension, bois, source, vigne, pain et vin, huile et lumière, soleil... portent un poids de sens que le chrétien découvre, jour après jour, dans sa propre méditation de la Parole. Ils expriment, ils chantent le mystère infini de Dieu en Jésus Christ qui nous transfigure et nous fait acquérir une vision étonnante du monde, « les yeux du coeur » comme dit l'apôtre (Ép 1, 18). La distinction langage/savoir cache une différence de fonctionnement de la langue.

« En premier lieu a paru l'ombre, puis a suivi l'image ; viendra enfin la vérité. L'ombre dans la Loi, l'image dans l'Évangile, la Vérité dans les cieux. Ombre de l'évangile et de la communauté ecclésiale dans la Loi, image de la vérité future dans l'évangile, vérité dans le jugement de Dieu. Les mystères donc qui se célèbrent à présent dans l'Église, l'ombre s'en trouvait dans les paroles des prophètes, l'ombre dans le déluge, l'ombre dans la mer Rouge quand nos Pères furent baptisés dans la nuée et dans la mer, l'ombre dans la pierre qui vomissait l'eau et suivait le peuple. Cela, dans l'ombre, n'était-il pas la préfiguration de ce très saint Mystère... Élève-toi donc au ciel, homme, et tu verras toutes ces choses... ! » (Ambroise de Milan).

Il y a dans la catéchèse quelque chose de l'apprentissage d'une langue étrangère. Il faut appréhender toujours plus, toujours mieux celle de l'Église ; goûter petit à petit le sens spirituel des mots à une époque où la communication s'extériorise, où les langages techniques vides d'intériorité et d'humanité ont la faveur de nos mentalités positives (46). Nous avons tendance à être des matérialistes naïfs, tiraillés entre deux attitudes : ou bien prendre les mots de la foi au pied de la « lettre » en les croyant encore « paroles d'évangile », ou bien ne plus y croire du tout. D'un côté comme de l'autre, les évangiles ne « disent » plus le Mystère, mais une banale vie de Jésus à la limite de la légende. Crise du langage, déshumanisation de l'homme. On veut dominer Dieu, voir. On veut des preuves. Luc semble schématiser cette attitude possessive quand il oppose le prêtre juif Zacharie qui voit « l'Ange du Seigneur debout à droite de l'autel de l'encens » à la pauvre Marie. Gabriel entre chez elle mais sans apparition, comme une Parole divine (Lc 1, 11 et 28). Ainsi celui qui a vu, qui sait, est muet devant les hommes. Marie, elle, chante le Magnificat en reprenant toute la Bible, non pas comme un passé révolu et fermé sur lui-même, mais bien comme une Promesse. Une parole positive fait perdre aux Écritures leur portée symbolique. L'apprentissage de la langue ecclésiale accompagne l'acte de la conversion ; il est l'éveil de la pensée, l'ouverture de la parole et de la vie au Seigneur qui se tient au-delà des mots, plus réel que le réel. La familiarité quotidienne de ce langage révèle le ciel ; sa connaissance intime en est le chemin sur la terre. La réalité physique du monde demeure la même, tandis que le baptisé, illuminé par l'Esprit, nourri quotidiennement de la méditation des Écritures, est saisi de l'intérieur par le Dogme vivant comme par une intuition spirituelle qui s'impose. Il perçoit confusément dans la « nuée lumineuse » de la foi, le Royaume qui vient, au fur et à mesure de sa montée vers le Seigneur.

On voit combien le mouvement de conversion intérieure est toujours changement de regard, de parole et de rapport à la réalité physique et aux objets, modification des relations. Il est l'expression mystérieuse d'une vie qui s'oriente vers l'au-delà d'un soleil transcendant. Mais attention : cette orientation toute intérieure ne se réduit pas à la pensée généreuse d'une grande idée ; elle n'est pas un idéal abstrait, une illusion intellectuelle. Le mouvement amorcé par l'homme vers Dieu qui l'appelle à travers sa Parole, est un déplacement de tout l'environnement humain vers le Créateur de l'Univers visible et invisible. L'homme demeure dans sa conversion même un être de chair et d'action qui agit pour transformer la glaise en vie, la mort en éternité. Le croyant, donnant aux images terrestres une portée divine, porte le monde au-delà de lui-même à l'intérieur du Mystère qui se révèle progressivement à lui quand tous les savoirs échouent. Le monde s'élève ainsi vers Dieu, la terre vers le ciel. Le Règne vient. Dès lors, le passage difficile d'une lecture littérale et anecdotique de la Bible à la contemplation du Christ à travers toutes les Écritures est essentielle à la conversion. L'impossibilité psychologique, ou culturelle comme aujourd'hui, de quitter la « lettre » du texte sacré est l'obstacle premier d'une rencontre de Dieu dans sa Parole. Ne pas y parvenir, c'est ne pas se convertir, sans doute encore plus de nos jours qu'autrefois à cause du matérialisme ambiant.

Si les mots ont un autre sens, la vie a une espérance ; s'ils disent plus que la terre, le ciel peut surgir en moi. La catéchèse en introduisant dans le sens spirituel, ouvre la vie à l'au-delà d'elle-même, l'homme à sa nature divine. L'Espérance miroite dans les jeux d'ombre et de lumière d'un langage centré sur la Croix qui met le coeur en joie et le monde en fête.

L'ANALOGIE : LANGAGE CATÉCHÉTIQUE

Les langages de foi ne sont pas des savoirs ; ils ne fonctionnent pas comme eux, ce que nos mentalités matérialistes risquent d'oublier. Les mots religieux disent le Mystère selon un processus littéraire bien connu de la tradition catéchétique : l'analogie. Ce terme a un sens technique très précis qui dépasse la simple comparaison comme dans le langage courant. Le préfixe grec « ana » évoque un mouvement ascendant. Analogie fait allusion à une parole orientée vers le haut. Le texte nous fait pour ainsi dire lever les yeux, il nous sort de la réalité quotidienne pour en éclairer la raison d'être, il nous fait changer de plan, prendre de l'altitude, « décoller » de la matière. Nous sommes en présence du mécanisme essentiel de la pédagogie catéchétique que recouvre pour nous le mot « symbolique ». Il faut donc nous y arrêter pour bien saisir ce ressort profond des langages de foi, et particulièrement des Écritures.

Le mot désigne la chose, mais, à travers l'image évoquée, il nous tourne vers Dieu, il nous oriente vers le Christ. Tel est le langage catéchétique. Ainsi, par la foi, le terme « soleil » semble avoir dans les évangiles, une résonance surprenante. « De grand matin, le premier jour de la semaine, les femmes vont au tombeau, comme le soleil se levait » (Mc 16, 2). A première lecture, le texte paraît simple, il signifie le lever du jour. La « lettre » se réduirait alors à la « lettre », sans plus. C'est une possibilité de tout langage. Mais nous avons aussi la liberté de creuser le texte biblique et de donner au mot « soleil », une majuscule, de voir ici le grand lever du Seigneur alors « qu'il fait encore sombre » (Jn 20, 1), nuit sur la terre entière. La Lumière de Pâques, de « l'Étoile radieuse du matin » (Ap 22, 16), n'a pas encore brillé, mais son éclat est imminent : Christ ressuscite ! L'expression « Soleil levant » appartient à l'antique patrimoine de l'Église, elle fait partie de la langue des baptisés, de la prière. Le Cantique de Zacharie proclame : « Le soleil qui vient d'en haut pour illuminer ceux qui se tiennent dans l'ombre de la mort » (Lc 1, 78). L'expression appelle bien une curiosité, une recherche personnelle, une réflexion sur le Mystère, une contemplation intérieure. Le mot « soleil » est parabole du Christ ressuscité, utilisé d'ailleurs dans la belle histoire du Semeur : « Lorsque le soleil s'est levé, la graine a été brûlée et, faute de racines, s'est desséchée » (Mc 4, 6). Et l'enfant de nous interroger : « Pourquoi le soleil ne se lève-t-il qu'une fois et déjà le grain est desséché ? » Bonne question : de quel soleil la parabole parle-t-elle ? Quelle est l'orientation du texte ? J'entends un mot, je lis une phrase, je cherche Dieu, j'entre dans le Mystère. Je reste pourtant dans le langage, je ne le lâche pas, ne laisse pas la « lettre » pour l'esprit. Le corps du texte demeure comme support du message, matière de la communication. J'ai lu « soleil », « astre » ou « étoile », j'ai entendu « lumière », j'ai pensé aussi « ténèbres ». Je vois l'aurore d'un beau matin qui vient et la Résurrection s'éveille en moi ainsi que le salut au coeur du péché, le Baptême en blanc, et l'Esprit qui illumine de sa lumière délicieuse. Le langage du bas se met à parler du haut ; la terre est la porte du ciel : voilà l'analogie. Nous retrouvons bien le fonctionnement déjà décrit.

L'opération linguistique demande une initiation. Ce fut incontestablement la préoccupation majeure de la catéchèse antique : par le Baptême, le chrétien entrait dans le sens spirituel des Écritures — resté fermé aux païens — y discernant le Seigneur « comme s'il voyait l'Invisible » (Hé 11, 27). Il y acquérait un nouveau regard sur le monde, « les yeux du coeur ». Il devenait la « lettre » vivante du Christ. Au-delà du mécanisme linguistique, l'Esprit est à l'oeuvre. Si, dans la foi, les mots font signe, les récits bibliques sollicitent, les sacrements symbolisent, c'est Dieu qui agit dans les cœurs. Les anciens appelaient le baptême « illumination » en se référant à cette plénitude mystérieuse des langages de foi. L'apôtre n'affirme-t-il pas : « L'Esprit nous fait nous écrier : papa ! Père ! » (Rm 8, 16). C'est bien l'Esprit qui agit dans la méditation et la prière. Il habite l'analogie ; mais sans analogie, il ne peut agir !

Nous insistons sur la nécessité de ce fonctionnement « poétique » de la langue. Lui seul permet, en, effet, une nouvelle manière d’être, une façon neuve de se situer dans l’existence, de vivre sur la terre avec des repères célestes. Lui seul confère à l’expérience humaine une dimension d’éternité. Sans lui, l’Alliance est brisée puisque les mots de la langue se ferment sur la matière, se crispent sur les choses, la parole prisonnière s’appauvrit, s’assombrit. Le soleil se couche : c’est le soir de la foi, un péché contre l’Esprit. La nécessité de l’analogie vient du statut de notre vie sur terre. Nous avons seulement ici-bas l’ombre de la lumière ; « nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (2 Cor 5, 7) et la terre n’est que le miroir déformé du ciel.Les langues humaines sont trop imparfaites, trop pauvres pour énoncer l’Inexprimable. Ce sont toujours des images, des évocations, des symboles, des orientations ensoleillées qui nous plongent dans la méditation de Dieu. Sans l'analogie, point de Révélation dans l'obscurité de ce monde. L'apprentissage catéchétique cherchera à initier peu à peu l'enfant au mécanisme linguistique pour lui ouvrir la porte du Mystère. Il apprendra un jour à déconstruire les mots pour les reconstruire autrement, comme il est entraîné à le faire avec le sens figuré de certaines expressions. Mais il n'est pas facile d'acquérir cette tournure d'esprit : questionner sans cesse les langages religieux, les critiquer sans peur, interroger indéfiniment la manne descendue du ciel (47). La nourriture spirituelle, manducation de la Pal role (48), commence ainsi avec les premières questions sur les mots de la foi.: L'enfant s'y heurte, il est surpris : « On dit cela, mais ce n'est pas possible ! » Effrayé, il commence à douter : « Vous y croyez, vous ? » Il demeure perplexe devant le terme suspect, devant la phrase étrange : ciel ? aurore ? règne ? soleil ? trinité ? manne ?... Il pense même ne plus croire, il s'agite, interpelle encore sans comprendre. Il ne sait pas qu'il entre là dans le vestibule de la Parole en se battant avec l'analogie. Il ignore qu'il aborde alors une étape essentielle de sa croissance spirituelle tant il confond savoirs concrets et connaissance de Dieu. A nous de le mener vers l'au-delà des mots, dans le lieu de la foi où les langues de la terre peuvent s'accrocher au ciel.

L'analogie ne se limite pas à tel ou tel texte religieux, elle est partout dès qu'il y a révélation, y compris dans la vie où, comme dans la Bible, les situations vécues peuvent être aussi Parole de Dieu. Moïse fut affronté, dès la sortie d'Égypte, à l'interrogation inhérente à la foi. Affamés, les enfants d'Israël murmuraient contre Moïse et Aaron, le pouvoir politique : « Vous nous avez amenés dans ce désert pour faire mourir de faim cette multitude » (Ex 16, 4). Confusion ! Sacrilège ! Est-ce Moïse le sauveur? Est-ce dans la politique qu'est le salut? Qui fait sortir d'Égypte, quitter l'esclavage? Les yeux du peuple sont enténébrés. Le champ de vision est limité aux choses et aux mots qui les disent. L'homme est tué par la « lettre ». Le Seigneur fit alors pleuvoir une manne. D'où vient ce mot : manne ? L'histoire est simple : le matin, au lever du soleil, les gens du peuple virent « sur la surface du désert quelque chose de menu, de granuleux, de fin comme du givre » (Ex 16, 14). Alors ils crient : « Man hou » (manne) ! Est-ce une question : man-hou ? Qu'est-ce que c'est? Ou bien une affirmation : man-hou : c'est cela ! Le problème est là : ou bien l'expérience humaine s'ouvre comme la fleur vers le Seigneur, ou bien elle se ferme sur elle-même. Moïse n'hésite pas à ouvrir la réflexion : « C'est le pain que le Seigneur nous donne comme nourriture. » Le prophète refuse l'enfermement dans le savoir et la description, il regarde au-delà et invite chacun à en faire autant. Mais, dans le texte biblique, la question possible se ferme en devenant réponse définitive : « manne, c'est de la manne » !... une cochenille ou un champignon comme le disent encore ceux qui savent. Le mot s'est crispé sur la chose : la Révélation cesse. L'auteur biblique termine par cette remarque amère : « La maison d'Israël donna à cela le nom de "manne". On eût dit de la graine de coriandre. C'était blanc, mais avait un goût de galette de miel » (Ex 16, 31). Le goût s'est ajouté aux autres savoirs. L'intériorité du ventre remplace l'intériorité spirituelle. Point d'analogie ! Point d'Esprit-Saint !

L'EXPÉRIENCE INTÉRIEURE

Parce qu'elle qualifie toute l'approche des langages de foi, l'analogie est l'apprentissage central visé en catéchèse. En tant que lieu de Révélation de l'Esprit, elle a partie liée avec l'expérience spirituelle, ce qu'il nous faut maintenant expliciter. Où nous mène, en effet, la critique des mots, la déconstruction des langages religieux ? En nous ! en Dieu ! Le chemin de l'intériorité passe inéluctablement par une rupture d'avec le monde visible et ses logiques.

Dans l'évangile de Jean, l'apôtre Thomas est absent du Cénacle lors de la première venue du Christ ressuscité. Par deux fois, montrant ses plaies, le Seigneur a donné sa paix aux disciples. Thomas doute et ose dire : « Si je ne vois pas à ses mains la marque des clous et si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas » (Jn 20, 25). Le propos est odieux ; plus que de mauvais goût, il est ironique et insultant. Le « voir » ne suffit plus, il faut le toucher et même l'entrée physique dans les plaies du Crucifié ressuscité. Dans un mouvement de doute extrême, voire de rancœur devant l'échec de la Croix, l'apôtre a-t-il pu proférer cette horreur ? Jean le dit, mais l'évangéliste a l'art du double sens et derrière l'étrange excès du texte, ne cache-t-il pas un message ? Ne devons-nous pas enfoncer nos mains et notre esprit dans le récit de la foi pour nous y alimenter spirituellement ?

L'histoire se termine bien. Huit jours plus tard, Jésus revient au Cénacle et Thomas est là. La paix est une fois encore donnée et le Seigneur commande à Thomas de mettre son doigt dans les trous de ses plaies. Le disciple n'obéit pas ; il se jette aux pieds de son maître en l'adorant. Le maître énonce alors une dernière béatitude : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. » Tout va très vite : la foi contemplative succède immédiatement au refus ironique. Il y a comme un renversement suggéré par le mouvement même du texte qui passe brutalement d'une opposition extérieure liée à la vue et au physique, à l'expérience spirituelle, du dehors au dedans. Que peut bien dissimuler ce raccourci qui nous mène directement de la Croix à la Béatitude éternelle ?

Dans l'évangile, Thomas ne met pas son doigt dans les plaies. Quand le récit a été écrit, l'Église savait le martyre de l'apôtre des Indes. Elle n'ignorait pas à l'époque, que Thomas, l'incroyant notoire, était mort en imitant le Crucifié. Il avait non seulement mis son doigt dans les plaies de Jésus, mais sa main, son bras, son corps tout entier. Il était entré totalement dans la Croix et avait reçu la Béatitude éternelle.

L'expérience spirituelle nourrie de la paix reçue du Christ est destinée « aux douze », à l'Église tout entière qu'ils symbolisent, à nous tous. Encore faut-il savoir nous enfoncer dans le récit catéchétique, détecter l'étrangeté pour entrer dans le texte et le faire nôtre. La rupture inscrite dans le langage de foi nous introduit à une autre rupture, celle d'une autre vie qui ne se fonde plus sur le « voir » et le toucher, sur la positivité du monde, mais sur Celui qui se tient au-delà. En acceptant d'abandonner l'évidence des certitudes visibles pour nous lier à la faiblesse et à l'Amour, nous marchons vers la Béatitude éternelle. Il faut bien croire sans voir, entendre le message de foi sans nous lier aux mots.

L'expérience initiatique du texte nous mène lentement à celle de la vie chrétienne. Des deux côtés un même péché : un même désir de nous en tenir à l'évidence, aux certitudes tranquillisantes, à la puissance du monde. Des deux côtés, même expérience dérangeante de l'étrangeté, même doute, même crise, même combat contre soi, même acceptation d'une faiblesse, d'une limite tout humaine, d'une « mort » au coeur de l'existence, mais ici la paix de Jésus diffuse, « sa force se déploie dans la faiblesse, car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2 Cor 12, 10). Le chemin de foi est lutte : nous nous battons contre les attirances du monde, contre les choses et contre les mots, et Dieu se révèle en ce combat. Il nous évite l'enterrement définitif dans la matière, dans la glaise... dans des langages religieux figés et idolâtrés. Alors il devient Parole pour nous et intériorité.

Interpellé, acceptant l'étrangeté de la foi, le baptisé chemine toujours plus loin, toujours plus à l'intérieur de lui-même. Il habite une autre lumière qui grandit avec l'expérience de la Parole, un certain fonctionnement de la Révélation dont l'importance est soulignée par les évêques : « La Révélation s'accomplit comme distance, comme appel, comme chemin... » (TR § 2222). En s'édifiant, l'intériorité chrétienne apporte au croyant un autre regard sur le monde et sur l'histoire. Un renversement des perspectives se produit quand la face cachée des mots émerge lentement du tumulte bavard de la terre, livrant le secret, l'ampleur du Mystère. Retournement étonnant du langage humain dont le creux devient le plein et Dieu l'envers du monde. Telle est la fonction révélante de la parole analogique. Le Seigneur se tient, actif, derrière notre corps mortel, cette tente de chair — la « lettre » — qui a livré son secret sur la Croix en laissant transparaître la divinité de Jésus et son humanité d'amour. Oui ! Christ est ressuscité, la mort est bien morte : le voile s'est déchiré une fois pour toutes, il laisse voir le Temple nouveau préparé pour nous au ciel sur la terre. Désormais la Parole résonne en nous à l'écoute des mots de la foi. Une « musique » céleste sourd du dedans en consonance avec toutes les Écritures qui désignent Jésus le Crucifié. La Bonne Nouvelle est \ dévoilée dans l'expérience catéchétique de l'analogie. DOUTE SUR LES LANGAGES

La critique des langages de foi, et ce qui l'accompagne toujours, la critique de soi-même, préserve du plus grand danger que court n'importe quelle religion, la projection psychologique de l'homme sur lui-même. Enfermé dans mon désir, sans recul, sans discernement, je crois entendre Dieu, mais est-ce bien lui ? Je pense m'ouvrir à l'Autre, mon Créateur, mais est-ce vraiment une ouverture ? J'imagine écouter l'Esprit mais n'est-ce pas mon esprit qui me joue des tours ? N'ai-je pas la secrète tentation de me prendre pour Dieu, en refusant la crise, la lutte et l'arrachement, l'interpellation qui m'incite à la conversion, la rupture de la Croix. Cette expérience est d'une importance capitale sur la foi, comme les évêques le soulignent : « C'est au terme d'une rupture, d'une conversion, d'une certaine "mort" que peut, par grâce, s'effectuer la confession de foi » (TR § 312).

Qui dit « confession de foi » dit aussi langue et parole. La rupture est bien une expérience d'abord linguistique que nous nommerons « doute sur les langages », pour souligner le problème psychologique qui l'accompagne en général. Si l'expression de foi est devenue ma propriété, la justification de mes idées, mon désir remplace Dieu. Au lieu de le chercher, tel Narcisse je m'aime à l'exclusion de l'Autre. Dès lors plus de combat avec l'ange, mais l'autojustification et la solitude ! Plus d'altérité, plus de distance, plus de transcendance ! Le doute sur les langages se produit à la frontière des habitudes terrestres et de l'action divine, puisqu'il met en question les réponses, les savoirs, les certitudes qui me servent de repère. Pensons à la manne ! Le doute sur les langages est le choc de deux approches contradictoires, la vérité spirituelle et la réalité matérielle. Voilà pourquoi il oblige à avancer, à quitter, tel Abraham, Ur en Chaldée, à croire sans savoir où l'on va. Supprimons ce combat permanent et l'Église vire à la secte, détentrice d'une gnose privée de toute sève. Elle devient propriétaire de Dieu au lieu d'être le gestionnaire discret des langages qui le disent.

Déjà l'enfant d'aujourd'hui, à l'esprit positif, se heurte aux mots de l'Église, ignorant l'analogie, il interroge sur la vérité de ce qui est dit, de ce qu'il comprend, au fur et à mesure qu'il prend racine dans la positivité. Cette critique ne détruit pas sa foi; elle la permet au contraire, empêche l'étouffement. Derrière l'arbre de la Connaissance, elle désigne l'arbre de Vie que de tout temps Adam, qui se veut Dieu sans Dieu, a la tentation d'oublier.

Ce doute sur les langages de foi est si nécessaire que les apôtres eux-mêmes l'ont vécu quand leur compagnon disparut, quand l'homme de Galilée qu'ils connaissaient bien quitta son visage terrestre. Les apôtres sont les témoins de la Résurrection. A l'Ascension, ils « se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. Quand ils le virent, ils se prosternèrent. Cependant certains doutèrent » (Mt 28, 16-17). Ils connaissaient bien « Jésus selon la chair » (2 Cor 5, 16), mais la foi dans le Ressuscité est d'une autre nature. Elle passe par la déconstruction des souvenirs, des idées, des désirs secrets. Tout apôtres qu'ils sont, il leur faut chercher désormais à retrouver Jésus autrement, selon l'Esprit qu'il leur envoie. Tout disciple, même apôtre, apprend à découvrir en lui le Ressuscité de Pâques. Nous devons faire ce passage par l'intériorité, acquérir une sagesse fondée sur l'invisible, non sur des preuves matérielles, des sécurités illusoires. Alors vient l'Alliance comme expérience spirituelle.

Le point de vue intérieur ainsi recherché est unique comme le Fils unique qui s'engendre en nous. Dehors : multiplicité des expressions, diversité des situations, contradictions des savoirs et des philosophies, divergences des vérités, cacophonie des mots. Babel ! Dedans : charité et communion ! Tel est le mouvement même de la Vie qui se communique. Elle commence dans la multiplicité ; elle se résout dans l'unification progressive du « moi » en Dieu. Chemin inéluctable de l'histoire humaine.

« Dieu enseigne et illumine les esprits de chacun et répand la clarté de sa connaissance si tu ouvres la porte de ton cœur et si tu accueilles la clarté de la grâce céleste. Quand tu doutes, cherche avec soin ; celui en effet, qui cherche, trouve et à celui qui frappe on ouvre. Nombreuses sont les obscurités dans les écrits des prophètes, mais si par la main, en quelque sorte, de ton esprit, tu frappes à la porte des Écritures, et si tu examines avec soin le sens caché, peu à peu, tu commenceras à découvrir la valeur des récits. Ce n'est personne d'autre que la Parole de Dieu qui t'ouvrira, Parole dont il est dit dans l'Apocalypse, que l'Agneau ouvrit le Livre scellé, livre que personne auparavant n'avait pu ouvrir » (Ambroise de Milan).

Voilà pourquoi le doute sur les langages n'a pas de fin. Il est au coeur de la lente transformation des mots qui, de terrestres, se mettent à évoquer le ciel. Il nous conduit des choses extérieures à la réalité intérieure dont l'achèvement est l'éternité. Il préserve l'avenir en nous obligeant à découvrir en notre âme une convergence. Il y aura toujours quatre évangiles et une seule vérité, trois personnes divines et un Dieu unique, de nombreuses expressions de foi et un même Jésus Christ à contempler. L'unité est à faire en nous : par ce doute, le plan change, la perception s'approfondit. Par ce doute, le regard découvre soudain à une profondeur insoupçonnée la logique nouvelle à l'oeuvre dans la même positivité. Par ce doute, au-delà de lui, la vérité unique apparaît malgré l'attrait menteur des reflets extérieurs. Soudain tout s'organise autrement, dans une sorte de synthèse spirituelle. Le Mystère se dévoile, la Croix est en son centre. L'intuition dépasse et transcende l'analyse précise des textes. Celle-ci décortique, celle-là rapproche ; celle-ci isole, celle-là rassemble ; celle-ci multiplie les questions, celle-là unifie du dedans ; celle-ci est terrestre, l'autre est céleste : l'Esprit travaille à l'œuvre, il fait entrevoir le Credo comme un ensemble vivant dont la Bible est la chair. Foi organique dont l'expression change, le vêtement se modifie, mais la personne du Christ reste la même, « un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême » (Ep 4, 5)

LANGAGE ORGANISÉ ET VIVANT

En montrant l'incidence de l'analogie sur l'expérience spirituelle, indissociables l'une de l'autre dès qu'il s'agit de foi, nous avons donné à la catéchèse son orientation fondamentale : la prière. Nous avons fait plus. C’est en effet toute l'existence terrestre de l'homme que transforme la modification du langage. Certes les expressions de foi acquièrent dans l’analogie leur statut spirituel mais le baptisé lui-même fait évoluer au plus profond de lui son rapport au monde dont les mots sont l'intermédiaire nécessaire. En parlant autrement, il voit autrement, il agit autrement. Il trouve une largeur de vues, une respiration, une raison d'être et de vivre, une sorte d'orientation, d'axe qui unifie son existence dans la direction du Christ.

Cette unification de la vie par le biais des langages de foi et de l'analogie, demande à être précisée. Ce n'est pas tout de percevoir le dépassement de la «lettre » des textes vers le Message, le mécanisme littéraire qui, du doute, conduit à la contemplation du Mystère, il faut aussi comprendre ce qui fait l’unité en nous, comment les expressions religieuses simplifient l'homme. Une même lumière est en leur centre, l'Image rayonnante de l'Invisible. Elle .réfracte dans le baptisé qui la projette sur le monde, lui conférant sa cohérence divine. Ainsi tout texte de foi, le plus petit récit évangélique, est bien «credo » complet. Partout en notre vie, il diffuse de façon concentrique, une auréole de lumière, à partir du Christ, son Mystère.

Pour préparer à la foi, saint Luc raconte, à sa manière catéchétique une parabole de Jésus : la brebis perdue. L'histoire est apparemment banale, une anecdote parmi d'autres. Pourtant, derrière les mots, les yeux du cœur distinguent le Mystère ; toute la foi est évoquée en ces quelques lignes : Salut, Incarnation, Eucharistie, Retour au Père ! Dans la contemplation de Jésus, l'histoire ordinaire livre une richesse, un sacrement, une totalité vivante, le Chris. Nous la découvrons si nous respectons « le langage par où il se dit et se cache à la fois » (TR § 222).

Voici l'histoire : Le Seigneur est à table avec des pécheurs comme nous, purs avec des impurs notoires. Il mange (49) se mêlant au péché, « se faisant péché» (2 Cor 5, 21) comme il le sera avec évidence sur le Golgotha entre les deux larrons. Quel sacrilège d'ouvrir sa table aux pécheurs ! Jésus semble se moquer de la loi religieuse qui voit dans le repas le signe concret du grandbanquet de la fin des temps, le sacrement du Royaume. « Les pharisiens et les scribes murmuraient "celui-là accueille les pécheurs ; il mange avec eux" » (Lc 15, 2). Ils ont raison de dénoncer le scandale, de défendre l'ordre moral et la religion. C'est leur travail ; ils le font. Alors Jésus a une réponse incompréhensible : « Si l'un de vous a cent brebis et qu'il vienne à en perdre une dans le désert, ne se met-il pas à la recherche de celle qui est perdue jusqu'à ce qu'il la retrouve ? » C'est une question, une interpellation, à la limite de l'ironie. Qui, en effet, abandonnerait tout un troupeau la nuit dans un désert hostile pour chercher un animal peut-être déjà dévoré par les loups ? Personne de sensé ! Le scandale se double d'une folie. L'histoire ne justifie rien ; au contraire ! Elle n'évoque point l'horreur du repas avec les pécheurs qui est la pomme de discorde. Nul ne mange, nul n'est mangé apparemment dans la parabole. Qu'ont-ils pu comprendre? Que comprenons-nous derrière les mots ? Quel est le mystère de ce petit récit étrange qui nous vient de Dieu lui-même ? Parole de Dieu, Parole de l'Autre !

Mener un troupeau au désert pour bien s'en occuper ? Une vieille histoire, fondamentale, fondatrice même de toute la foi. Le désert : c'est la sortie d'Égypte, la grande plongée dans les eaux obscures de la Mer qui met fin à l'esclavage du passé. Puis c'est la longue marche des affamés et des assoiffés dans la solitude ennemie, le désert. Mais le Pasteur est là ; il prend soin du troupeau, lui ouvre sa table céleste. La manne tombe. « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien... Passerais-je une mer d'ombre, je ne crains aucun mal. Près de moi son bois, sa houlette, est là qui me fait vivre » (Ps 23). La prière est au présent. L'Exode continue ; la vieille histoire a donné sa forme au temps. Le croyant juif se sait brebis de Dieu. Il sort d'Égypte, il passe la Mer, il marche dans le désert au milieu des loups, il est sans cesse nourri par son Pasteur. Reconnaissant son Seigneur, le croyant rend grâces : « Béni sois-tu, Dieu de l'univers ! » De même, le chrétien sort d'Égypte et de l'esclavage du péché ; il passe la mer : c'est le Baptême ; il marche dans le désert de la vie, alimenté par le Bon Pasteur, désaltéré par Dieu. Il se dirige vers la Terre Promise, la Résurrection est déjà présente en Jésus Christ. « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien... Près de moi, la croix, ta houlette, est là qui me fait vivre. Devant moi, tu apprêtes une table face à mes adversaires... » La table est prête, le repas est servi. Jésus a ouvert sa maison aux pécheurs, aux publicains, face aux adversaires qui murmurent, les scribes et les pharisiens de tous les temps. La nourriture reste la raison du conflit éternel : « Man hou ? Qu'est-ce ? « Nos pères ont mangé la manne au désert. Il leur a été donné le pain venu du ciel »... — « Je suis le pain vivant descendu du ciel. » Les Juifs alors de discuter entre eux : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger? » (Jn 6,31-51-52) .

« La parole en effet, est une nourriture. Les paroles des Saintes Écritures sont aussi de bons pâturages où l'âme se nourrit par la lecture quotidienne, où elle se recrée et se refait en s'assimilant les textes qu'elle rumine sans cesse. C'est dans ces pâturages que le troupeau du Seigneur s'engraisse. La Parole est une manne spirituelle c'est-à-dire une pluie spirituelle de la Sagesse qui se répand du ciel, sur ceux qui cherchent et sont aptes à la recevoir ; elle couvre de sa rosée les esprits sincères ; elle adoucit leur gosier. Celui qui aura compris le don de la Sagesse divine se réjouit, il ne cherche pas d'autre nourriture, il ne vit pas du seul pain, mais de toute parole de Dieu. Celui qui veut en connaître plus, cherche ce qu'il y a de plus doux que le miel. Le ministre de Dieu lui répond : "C'est le pain que le Seigneur te donne en nourriture." Mais ce pain qu'est-il ? Écoute : c'est la parole que le Seigneur ordonna. Cette ordonnance donc de Dieu, cet aliment nourrit l'âme du sage, l'illumine, l'apaise... » (Ambroise de Milan).

Qui va chercher la brebis perdue au désert terrestre ? Dieu : tous le savent ! La foi est là, celle d'autrefois, celle d'aujourd'hui, celle de toujours. Qui la ramène au bercail où elle était jadis quand elle fut créée ? Dieu, qui ne l'oublie pas. Tous le savent. Le point est acquis, mais pourquoi Jésus mange-t-il avec des pécheurs ? Creusons le texte, allons plus loin, plus profond ; faisons le saut ; affrontons le scandale et la folie à la suite de saint Paul : « Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les autres » (1 Cor 1, 23).

Une brebis se sauve, le ciel est en émoi, le pasteur se dérange pour la faire revenir. Qui est-elle ? La brebis perdue n'est-elle pas l'homme séparé de son créateur? N'est-elle pas le pécheur? Mais, si un jour Dieu se fait lui-même brebis, s'il naît une nuit dans le troupeau, reconnu par des bergers professionnels (Lc 2, 15-16), s'il prend sur lui l'humanité (50) et affronte le désert hostile comme tout un chacun, s'il va jusqu'au bout en se faisant dévorer un soir par des loups, la tête prise dans un buisson d'épines, alors tout n'est-il pas changé ? Tout n'est-il pas nouveau ? Alors les données habituelles ne sont-elles pas bousculées puisque Dieu se fait homme, le pasteur agneau? On comprend l'émoi, on saisit le dérangement et la grande fête du retour au Père, la joie de la Résurrection lorsque l'humanité s'es' installée dans la Trinité.

Christ est ressuscité, la brebis est de retour. La maison céleste est désormais ouverte au troupeau. L'un de nous est déjà là-haut. Déjà tous s'y rassemblent. On y mange, on y boit. C'est la fête, c'est la joie. L'agneau est immolé, offert à la table divine.

On comprend maintenant le message de la parabole : comment le pécheur peut-il devenir juste? Comment chacune des brebis du grand trou peau de Dieu peut-elle quitter le désert pour la maison du Père ? Il lui suffi de manger l'agneau, venu pour cela parmi les siens, même si « les siens ne l'ont pas reconnu » (Jn 1, 11), même s'ils ignorent encore la Parole dans la parabole. Tenez : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.. Voici le corps du Christ ! ... Amen. » Comprenez ! L'histoire est incompréhensible sans l'Eucharistie qui est sa chair Elle l'évoque, l'esquisse, l'an nonce. Mieux : elle est déjà sacrement puisqu'elle est la Parole vivante. Jésus une nuit, est né agneau dans une mangeoire : « Prenez et mangez-en tous » c'est Noël en nous, c'est la joie ! Posez la même question, l'interrogation de toujours : « Man hou? » Faites la même réponse : « C'est la nourriture que le Seigneur nous donne » pour notre salut. Vivez, mais de l'intérieur.

Il est temps de finir le psaume : « Grâce et bonheur me pressent tous les jours de ma vie. Ma demeure est la maison du Seigneur en chaque instant du jour » (Ps 23, 6). La joie du ciel me remplit ; je déborde de bonheur, alors je chante une fois encore : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque d rien... »

Une petite histoire banale de brebis égarée dans un désert « cache et révèle à la fois » l'histoire gigantesque du salut de l'humanité, celle de mon salut. Illuminée par la lumière invisible, que la Bible révèle, elle fait luire en mon cœur émerveillé la foi tout entière, totalité organique, complète puis qu'elle est l'Image achevée du Christ qui s'inscrit en moi malgré mon péché. L'évangile convenablement approché, comme un langage de foi et non comme un savoir positif, m'a apporté un rapport nouveau au texte et à ma vie. C'est un « je crois », c'est un « credo », avant même le Symbole L'analogie qualifie bien l'approche : je lis un écrit et la foi me saisit. Une parole naît en moi.

PAROLE CONFESSANTE

Sans la vision intérieure des récits évangéliques, ces premiers « credo » de la Bible, de « l'ancien évangile » : la Bible juive, du Symbole qui les résume et de tous les textes qui disent Jésus Christ en Église, la foi se meurt. Seule la vision intérieure contemple le Seigneur en la totalité de son Mystère. Elle vient de l'Esprit qui est en nous. Sans elle, je peux tout lire et relire, tout apprendre et tout savoir, tout répéter par coeur mais mon coeur est vide. L'âme manque à la « lettre », le ciel à la terre.

Le ciel est en moi ; il fonde ma subjectivité, l'approche que j'ai du monde, ma vérité profonde. Pour exister, je dois en parler, témoigner, confesser ! Un tel lien à l'intériorité donne une orientation inhabituelle à la langue. Les mots que la foi utilise prenant racines en moi, acquièrent un fondement spirituel qu'ils n'auraient pas s'ils restaient simplement liés à l'objectivité. Ce rapport subjectif aux langages de foi est fondamental et même fondateur de la vie chrétienne. Certes notre monde nous a habitués à une conception bien différente de la vérité. Dès l'école, on apprend à séparer les mots de l'intériorité de l'homme, de sa subjectivité et de sa liberté, pour gagner en objectivité scientifique, la garante sacrée de la vérité positive. Dès lors, la subjectivité est suspecte.

La parole de science fait le tour des choses, les décrit, les analyse avec précision, en explique les propriétés. Une boîte a six faces dont l'une est le couvercle, elle a une largeur, une longueur, une hauteur, une profondeur ; elle a un dedans et un dehors, une forme et une couleur, une taille et une matière : c'est une boîte, c'est une chose. J'en ai fait le tour. De Dieu, non ! Je n'en ai pas la science, j'ignore tout de lui mais je crois en lui. Il n'est né ni dans l'espace ni dans le temps, bien qu'il s'y révèle. Il n'existe pas comme un gaz remplissant un volume. On le croit partout et il est nulle part ; on le croit nulle part et il est partout. Il est Dieu au ciel sur la terre. L'apôtre l'affirme : « Vous recevrez la force de comprendre ce qu'est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur ; vous connaîtrez l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu » (Ep 3, 18-19) (51).

Si je peux tout dire d'une chose, je ne le peux pas de Dieu. Ma parole s'épuise à énoncer l'Indicible. Elle l'exprime, non pour le maîtriser mais pour le confesser, non pour en connaître les recoins mais pour en contempler le Mystère, non pour étaler un savoir objectif mais pour me convertir et me situer moi-même en Dieu. La fonction des langages de foi est bien de me révéler l'Intériorité, de me la conférer de mieux en mieux, de me donner la consistance intérieure d'une vie fondée en l'Esprit, en qui s'édifie ma vie. L'objectivité, au sens moderne du terme, en est absente. La réalité visée par Dieu est moi-même. La foi descend dans les coeurs, non dans les choses ; elle rend libre pour aimer. Sans l'intériorité subjective, vaine est la précision théologique, vaine est l'orthodoxie de l'expression, vaine la catholicité du texte. Il manque l'essentiel : la foi vivante. Je peux tenter d'expliquer le Credo par l'expérience de la terre, si je ne suis pas saisi du dedans, je reste vide, hors du Mystère. J'explique le mot, je m'y enferme. J'étudie la phrase, je m'y limite. Je commente l'évangile, je m'y enterre. La parole de foi n'est pas le discours de science. Paul le crie avec force : « Je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant. Ma parole et mon message n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c'était une démonstration d'Esprit et de puissance, afin que votre foi reposât non sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor 2, 3-5). Le « moi » subjectif prend sur lui, assimile, s'approprie les langages de foi : l'Écriture lui devient Parole, le symbole devient le principe de méditation et de compréhension de sa vie, la prière lui est naturelle. Le « moi » est nourri, enrichi, structuré, sa foi personnelle devient la Foi de l'Église au fond de lui. Plus il s'assimile au Christ des Écritures, plus il est « christien », chrétien. Sa saisie de la Bible devient la Bible elle-même actualisée en lui. Le dogme, c'est lui dans sa façon de vivre et d'être au monde. Ici le langage est subjectivé au maximum, mais ce mouvement de la Révélation divine est la réalisation de l'homme voulue par le Créateur. Aucun langage dit « objectif » n'a cette possibilité : coupé de l'homme, il ne peut pas être en effet le support intérieur de l'Esprit.

La relation subjective aux textes de la foi qui donne sa vie au « credo » lie le « je » humain au « tu » divin. Elle est spécifique de la « méthode » catéchétique face aux pratiques positives des pédagogies profanes. Cette différence est particulièrement sensible à l'adolescence, âge centré sur soi, où la catéchèse didactique échoue totalement. L'Alliance pourtant devrait s'y construire pour la vie.

L'OBJECTIVITÉ DE L'ALLIANCE

Le contenu de la Bible est la vie. Les Écritures racontent en effet 1a relation complexe, les approches et les fuites, de la rencontre difficile de l'homme et de Dieu. C'est d'abord l'affirmation de l'immense transcendance du Créateur du ciel et de la terre. « L'homme, dit Dieu, ne peut pas me voir et demeurer en vie » (Ex 33, 20). « Comme la flamme dévore la paille » (Is 5, 24), le Seigneur s'approche du mortel. Et voici la pauvre créature « emportée comme paille au souffle du désert » (Jr 13, 24). Dans de telles conditions la rencontre de Dieu et de l'homme est-elle possible un jour? Et pourtant elle semble nécessaire, vitale, voulue dès l'origine. Elle est la création en acte : le Mystère est déjà là. Comment recevrons-nous la vie ?

En quatre étapes, la Bible ébauche la rencontre. A l'origine, nous sommes faits de terre, nous nous nommons « Adam ». Notre chair est constituée de molécules, d'atomes, de noyaux et de beaucoup de vide. Le tout est rempli d'une énergie intense. Dieu a soufflé sa vie sur la matière (Gn 2, 7). Ainsi, voilà l'homme bancal mi-terre, mi-ciel. Puis survint l'histoire après la préhistoire, le temps de l'écriture et de la mémoire. Dieu se créa un peuple, un petit peuple comme un laboratoire. Il le sortit des eaux, le sauva en faisant apparaître le sec en séparant les flots (Gn 1, 6-12). Il fendit la mer, la terre apparut et le peuple traversa à pied (Ex 14, 21). Têtu dans sa logique et dans sa volonté, le Créateur poursuivait son œuvre gigantesque. Mais le peuple lui fut infidèle et l'Alliance échoua.

L'audace fut à son comble : le Créateur lui-même se fit créature. Il s'engendra dans le ventre d'une femme, Marie, et devint homme comme nous. La science suffoque mais Dieu sourit. Il a ri : « Isaac » en hébreu. C'était prévu aussi. Notre raison chancelle, mais l'Esprit reconstruit. Jésus meurt en Croix, assassiné par le péché qui n'en voulait pas, préférant la mort à la vie. Son corps a disparu, volatilisé ou simplement volé par les apôtres ou les soldats (Mt 28, 13). Cette disparition est forcément interprétée suivant l'une ou l'autre logique, la raison humaine ou la ligne divine. C'était quand même annoncé par la Prophétie : le corps de Moïse ne fut jamais retrouvé (Dt 34, 6), celui d'Élie non plus. Il fut cherché pendant trois jours mais en vain (2 R 2, 18). Oui, trois jours, et sans doute trois nuits. Tout est possible à Dieu quand il est dans l'histoire. L'Incarnation fut la troisième étape du rapprochement de Dieu, de sa création de l'homme.

Tout aurait pu s'arrêter au trou vide du tombeau, mais ce fut une naissance, la Pentecôte universelle. Le Fils est remonté, l'Esprit est descendu comme une flamme parlante que tout homme comprend en sa langue maternelle. Quel bruit. Un vent, un souffle, un vacarme divin (Ac 2, 6-12). Toute la terre fut concernée selon la Prophétie : « Je répandrai, dit Dieu, mon Esprit sur toute chair » (J1 3, 1). La dernière étape débute ainsi. Des millénaires pour en arriver là. Là ? Où là ? Dans les eaux du Baptême, au creux du chemin de terre, de la mort vide et lente qui se remplit d'éternité. L'Esprit vient dans la chair s'unir intimement comme il le fit parfaitement en Jésus notre Christ. La divinité en mon humanité : le « mélange » substantiel, la rencontre homme-Dieu ! Je donne ma mort et je reçois sa vie. Il donne tout, il pardonne. Et c'est la prière : « Pardonne-nous comme nous pardonnons. »

La Bible esquisse à grands traits un plan de création. Nous en sommes sa dernière étape : « En ces jours qui sont les derniers » (Hé 1, 2). J'y réfère ma vie et la comprends à partir de moi-même, sujet de Dieu, enfant du Père, notre Père.

La Bible reçoit son fondement dans son accomplissement, son actualité en moi. J'y découvre à force de méditer la logique de ma vie, mes racines divines, le présent du sacrement — le mien — et mon avenir aussi quand ma mort s'échange contre la foi. Je suis bien la réalité substantielle visée par Dieu quand ma chair devient corps du Christ. Les quatre étapes esquissées par les Écritures scandent mon histoire dans le temps : Adam de glaise, je suis animé du souffle céleste. Mortel, je traverse l'existence mais de cette plongée, je prévois déjà la sortie. Mon baptême l'annonçait, en m'associant à la mort de Jésus, à l'action de Pentecôte. Actuellement, je marche affamé, assoiffé vers la Terre Promise par le Créateur. Histoire du Salut : récit de ma vie.

Tout cela est-il objectif? Non et c'est une chance. Je ne suis pas une pierre, inerte comme la chose. Est-ce pour autant pure fantaisie inconsistante et divagante comme la folie ? Non, même si la sagesse de Dieu peut paraître telle (1 Cor 1, 25).

La folie est de vouloir une objectivité de Dieu. On le veut statue d'airain immuable, idole immobile, séparée de la terre, pure et sacrée. On désire cette vérité fixée quelque part au ciel, une divinité sans mélange humain, tout le contraire de l'Incarnation. Mais c'est cela le péché du monde, l'inverse du plan du Créateur, une dé-création. On veut faire de Dieu une matière, une nature, un espace pour avoir prise sur lui, mais Lui, il est la Vie !

Il a créé le temps qui nous emporte. Impossible de l'arrêter, le mouvement est inéluctable et la vérité se fait dans la durée. On peut refuser Dieu mais pas le vieillissement. « Elle passe la figure de ce monde » (1 Cor 7, 31) et l'histoire positive est une sorte de mensonge où la chronologie des date: et des faits ne supprime pas la mort. Nous trépassons. Telle est la condition première de toute science, sa limite radicale, qu'il ne faut pas oublier, car de la mort jaillit la vie (52). Quand je la donne, je renais des eaux, conformé ment à mon Baptême. Mais le mot « vie » ici n'est pas l'inverse de la mort puisque je suis mortel. Une confusion est si souvent faite entre l'existence biologique et la Vie avec un grand V que le Seigneur « pardonne » dans la faiblesse offerte.

Les Pères avaient une conscience aiguë de l'importance du temps dans la Révélation. Tout est lenteur chez eux, tout est cheminement en ce « mystère caché depuis des siècles » (Col 1, 26). La catéchèse était vraiment « méthode » et la pédagogie confiait petit à petit une autre manière, biblique d'appréhender la vie : la voie étroite. La Bible décryptée en Jésus Christ, par étapes, devenait de mieux en mieux la Prophétie pour le passé, le présent et le futur. La clarté de ses mots n'est pas immédiate. L'analogie vient au fur et à mesure que la vie païenne recule dans le catéchumène. Longtemps, la foi reste cachée ! Cette méthode antique se nommait « les arcanes », c'est-à-dire « les secrets ». La confusion des vies devenait alors difficile.

PÉDAGOGIE ANTIQUE EN CATÉCHÈSE

L'initiation antique avait pour but de fournir aux baptisés un langage pour confesser le Christ Jésus. Ce langage, surface réfléchissante des mots bibliques, faisait intérieurement miroiter le ciel sur la terre. Il éclairait 1a question de la mort. Il donnait son rythme au temps humain et orientait l'Ancien Testament vers le sacrement. Ainsi s'acquérait du dedans, le mouvement de la vérité, la respiration de la vie. Cette initiation se faisait en deux étapes, en deux niveaux pourrait-on dire : une catéchèse élémentaire où le « lait biblique » (53) était dispensé (1 Cor 3, 2 Hé 5, 12), et une vie de foi adulte, la nourriture solide. L'appropriation biblique était ainsi suivie de la vie sacramentelle et de ses exigences.

Ces deux moments sont bien présents dans l'approche du Déluge. Noé figure Jésus, et son arche la Croix. Noé évoque aussi le Baptême et l'Église. De même, le récit de l'Exode. Écoute cette méditation : les Hébreux sont esclaves en Égypte. Je suis l'un d'eux, prisonnier du Pharaon du monde (54), lié par le péché qui m'enchaîne à la terre. Le pays tout entier est frappé de malheur. Dieu m'apparaît étrange : je ne le comprends pas. Pourquoi cette souffrance ? Que penser aussi des mages de l'Égypte ? Leurs miracles m'attirent : le succès de la science, mais ses ravages existent. La souffrance a besoin d'un sens (Ex 7, 11), la mort aussi. Je dois regarder plus loin, plus haut, quitter l'immédiat, l'Égypte en pleine nuit. Le lever du soleil me fait partir. Les rayons de l'Évangile m'attirent. Je me lève, me dirige vers la mer pour la traverser. C'est Pâques. Je me presse, comme les bergers vers la crèche (Lc 2, 16) ou les Apôtres vers le tombeau (Jn 20, 4). Quelle course nocturne, la même que les autres. Quelle cavalcade lorsque Dieu passe. Toutes les Pâques se ressemblent. Nuit du plongeon pour une aurore. Quelle peur quand il faut traverser et que les eaux menacent. Je crains de lâcher le mirage, « les marmites d'Égypte », et l'abondance des objets (Ex 16, 3), mes sécurités d'ici-bas. Mais Dieu est bien là. Il étend son bras puissant et tout s'apaise, il dirige ses dix doigts contre le Pharaon (Ex 8, 15). Je descends, le sol est sec mais l'eau est proche. J'y vais : c'est mon Baptême, la traversée est commencée. « Magnifique est le Seigneur. » La veillée pascale a débuté et je me vois chanter, moi le païen, le vieux chant de Miryam, le cantique de Marie : « Il jeta à la mer chevaux et cavaliers » (Ex 15, 1). Le désert s'ouvre à moi pour y chercher Dieu pendant quarante années, le temps d'une vie. La manne m'y aidera : « C'est le pain que le Seigneur nous donne » (Ex 16, 15). Tout conduit au sacrement, la dernière étape de la Bible.

Cette méditation unit bien les deux moments de l'initiation antique : mon rapport au texte, sa portée symbolique, et son achèvement sacramentel, deux niveaux qui se suivent. La catéchèse élémentaire apportait, à partir des Écritures, « les articles fondamentaux du repentir des oeuvres mortes, de la foi en Dieu, de l'instruction sur les baptêmes, de l'imposition des mains, de la Résurrection des morts et du jugement éternel » (Hé 6, 1-3). Ceci bien acquis, on pouvait demander le Baptême.

Avant cet accès aux sacrements, les catéchumènes ignoraient probablement tout de la liturgie qu'ils allaient vivre (55) Ils ne savaient pas ce qui les attendait. Avant la nuit de pâques, rien d'autres ne filtrait, rien n'était expliqué, tout était secret, tout était « arcanes ». Pratique commune au ive siècle. C'était donc la surprise : la porte du Mystère restait fermée. Puis, le grand jour venait au lever du soleil, la porte s'entrouvrait soudain, le rideau se tirait pour l'illumination. La catéchèse des sacrements commençait alors. A l'époque, elle durait huit jours, durant la fameuse « semaine en blanc ». L'évêque y développait une catéchèse dite « mystagogique » : elle évoquait le Mystère, y dirigeait le baptisé. Dieu miroitait dans le coeur des néophytes selon le mouvement acquis auparavant pendant la catéchèse élémentaire : de la Bible vers Jésus. Pistes de méditation, correspondances éclairantes, amorces de résonance : l'intériorité s'édifiait.

« Pour moi, frères, dit l'apôtre, je n'ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels, comme à des petits enfants dans le Christ. Je vous ai donné du lait à boire, non de la nourriture solide ; vous n'en étiez pas encore capables ; mais vous n'en êtes pas davantage capables à présent, car vous êtes encore charnels. Si donc l'apôtre a appelé "lait" l'aliment des petits enfants et "nourriture solide" celui des parfaits, on entendra par le "lait" la catéchèse, qui est comme le premier aliment de l'âme, et par "nourriture solide" la contemplation de la vision initiatique » (Clément d'Alexandrie, Stromates).

La méthode antique visait essentiellement l'illumination intérieure, le « feu de Pentecôte ». L'Esprit descend bien sur le baptisé, mais quand? Ce peut être au baptême comme on le voit dans les Actes des Apôtres (Ac 10, 44). Ce peut être avant, comme pour saint Augustin. Ce peut être après. Le mariage mystique vient un jour ou l'autre, mais il faut être patient et prier. N'est-il pas le but même de la catéchèse, la réalisation effective de l'Alliance ?

LE MARIAGE MYSTIQUE

Les arcanes arrivaient à faire ce qu'aucune pédagogie explicative et rationalisante ne peut réaliser : faire accomplir un parcours intérieur qui mène à l'illumination et à la foi professée. Tout discours savant, tout enseignement a grande chance en effet de tomber malencontreusement sur des esprits non préparés à recevoir la Trinité. Le discours sera, comme on dit, « plaqué » ; il glissera sur l'élève comme la pluie sur une toile cirée, mêlé aux bruits du monde, confondu avec un bavardage de mots ou bien avec une science.

On entre dans la Prophétie seulement avec un coeur d'enfant, un cœur vierge qui sait ne rien savoir de Dieu. On y entre de l'intérieur, d'où l'objectif des arcanes : l'intériorité avant tout. Sinon, on obtient ce qu'on ne désire pas. Écoutons l'évangile : « Ne jetons pas des perles aux cochons ; ils pourraient bien les piétiner, puis se retourner contre nous pour nous déchirer » (Mt 7, 6). Qui sont ces cochons (56), sinon les matérialistes naïfs qui ne voient dans les mots que leur enveloppe ? Ils ignorent la musique céleste qui s'entend à la porte de la maison du Père (Lc 15, 25). Ils se précipitent avec avidité sur les mots bibliques mais les trouvent aussi creux que les caroubes dont se nourrissent les cochons du fils prodigue (Lc 15, 16), vides d'humanité et donc vides d'intériorité divine (57). Le cochon affamé, se croyant trompé, se venge alors en piétinant celui qui lui apporte pourtant la nourriture : Jésus, le Fils du Père.

La catéchèse d'initiation prépare bien un mariage entre l'homme et Dieu, les noces spirituelles entre le Créateur et sa créature, entre le Christ et son Église que nous formons tous. A l'issue des fiançailles, l'époux vient pour s'unir au coeur vierge qui le désire. Tout se passe de nuit, non sous l'éclat violent des projecteurs de la science ; la lumière de la foi est tamisée.

Toi qui le cherches, qui le veux, sois bien attentif à cette petite parabole que Matthieu nous conte à la fin de son évangile. On l'appelle souvent la parabole des « Dix vierges » (Mt 25, 1-13). Elle est étrange pour celui qui ne s'endort pas sur les mots. Écoute en toi : « Les jeunes filles attendent la venue d'un époux. Elles sont dix pour un seul homme, toutes vierges comme Marie, toutes disponibles comme elle. Mais qu'elles sont fatiguées ces filles ! Le poids du jour semble leur peser. Déjà à leur âge ? Toutes elles s'endorment comme les apôtres à Gethsémani : « Voici venue l'heure, dit Jésus » (Mt 26, 45). L'heure où ils viennent l'arrêter, l'heure aussi où le Père va descendre et courir embrasser son fils qui rentre chez lui (Lc 15, 20). Quel baiser de paix ! Tous dorment, les vierges et les apôtres, mais les brigands rôdent dans la nuit et le Père s'approche. Seigneur, que je suis fatigué ce soir ! J'ai sommeil. Qui ne succombe pas à cette finitude ? La nuit s'étend bien sur toute la terre, et les lampes s'éteignent : les ténèbres sont noires d'une nuit sans étoile. Les vierges dorment.

Soudain, il est minuit, c'est l'heure. C'est le temps de la messe de minuit, la liturgie du grand mariage. Écoute l'évangile : « L'obscurité se fit sur tout le pays... Jésus clama un cri immense » (Mt 27, 45), comme s'il était abandonné du Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Ps 22, 2). C'est le psaume... Médite-le jusqu'au bout. Tu verras, tu comprendras : le secret, les arcanes. L'époux aurait-il abandonné son épouse ? Dieu aurait-il oublié l'humanité, sa créature, sa terre, Adam ? Les vierges auraient-elles été délaissées ? Non : écoute le cri du Golgotha, un grand cri dans la nuit comme dit la parabole. Ce fut un vrai remue-ménage. Les jeunes filles se réveillent, ouvrent leurs yeux ensommeillés, se redressent à la hâte : c'est Pâques ! Les lampes s'allument, petits points lumineux dans la nuit, lucioles insignifiantes mais pourtant lumières. Elles bougent, se déplacent, convergent vers l'Époux. L'homme les voit bien. N'est-il pas la Lumière ?

Tu es Adam, fait de terre. Ton créateur t'a pétri de ses mains. Il a pris une terre vierge jamais travaillée ; il t'a créé. Il a mis en toi l'huile divine — pas celle des marchands qui s'achète au bazar du monde —. Il ne manquait que le briquet, l'instrument de la lumière pour que la terre s'enflamme dans la nuit du chaos (58). Étrange : l'évangile n'en dit rien, le mot ne s'y trouve pas. Mais apprends-le : Adam est ressuscité, il est Lumière lui-même, divinisé. Tu es une lampe à huile. Approche-toi de lui : c'est l'illumination. La création s'achève. Regarde ce que le monde est beau, lumineux, rayonnant (59).

LES LIMITES DU CATÉCHISME

L'initiation se termine, les arcanes se dévoilent, avec l'expérience intime du Maître intérieur qui donne sens aux Écritures pour celui qui le cherche. La catéchèse du second degré commence. La parabole des Vierges nous paraît bien être conseil de patience, incitation à toujours méditer et veiller sur le texte biblique. La Lumière incréée ne jaillit pas en effet du jour au lendemain, magiquement, juste au moment où l'huile du saint chrême est appliquée. Le but, c'est Dieu « en moi » !

En cette pédagogie, Dieu garde l'initiative et les mots de la Bible la permettent au contraire. Ils ouvrent à la prière. Le « contenu » de foi ne se réduit pas à du vocabulaire ; il est recherche du Seigneur dans la vie. L'initiation antique n'était pas une fin, ni la préparation d'un examen de catéchisme comme le xviiie siècle l'inventa. Elle préparait à vivre, à absorber la « nourriture solide » du Mystère pascal, de la Croix portée.

Le catéchisme, en tant que manuel, n'est pas en cause. Un texte est inoffensif en lui-même. Seules comptent la pratique de ce texte, la relation à lui, l'affreuse répétition. Le catéchumène donnait son avis, parlait, discutait, s'engageait en vérité dans sa propre parole, se construisait en elle, y compris dans son doute. Ainsi grandissait-il de l'intérieur. Les arcanes visaient cet objectif bien au-delà des mots qui restaient « langage », occasion de parole. Mais attention, les textes étaient utiles, la Bible fondamentale. Elle narre l'Alliance de toujours, l'expérience humaine où Dieu est associé. La question de son existence, surtout de son action, n'est jamais éludée. Devenue indiscutable, la catéchèse demeure sans « objet », bavardage inutile. Oui Dieu est discutable ! N'est-il pas la Parole ? Aucun concile d'ailleurs, ni Trente, ni aucun autre n'imposa un catéchisme répétitif et le silence à l'homme.

Sachons cependant que le concile Vatican I avait, en 1869, un projet de «Constitution sur un petit catéchisme» dont le paragraphe initial commence ainsi : « Comme tous les membres de l'Église du Christ répandue dans le monde entier doivent avoir un coeur et une âme, ils doivent aussi n'avoir qu'une voix. » Heureusement la guerre de 1870 ne permit pas la réalisation de cette idée uniformisante venant tout droit du XVIIe siècle. Dieu, merci, la parole de foi est plurielle. Vatican II, d'ailleurs, ne reprit pas le projet préférant définir une sorte de « loi-cadre » intitulée le « Directoire de pastorale catéchétique » (1964). Ce Directoire a tourné la page de l'histoire en revenant à une catéchèse plus globalisante où la vie avait aussi sa place au-delà des mots et des formules. Catéchèse n'est plus synonyme de « catéchisme », c'est-à-dire d'un livre, et la pédagogie ne vise plus la répétition extériorisante d'un texte fixé : « n'avoir qu'une voix » au lieu de communier à l'Être infiniment bon révélé par Jésus. Si la « voix » n'est pas aussi parole personnelle, elle est inhumaine. Est-elle encore divine ?

Les limites du catéchisme sont, comme nous le pressentions, essentiellement pédagogiques. Une raison raisonnante a voulu supplanter le « logos » divin qui parle dans les Écritures. Alors l'objectivité d'un savoir positif devient la norme de toute vérité par le truchement du livre à répéter. Cette dérive bloque l'activité de parole de l'enfant dont il a pourtant besoin pour se construire.

PAROLE SUR UN LANGAGE

L'évangéliste Marc raconte une scène apparemment banale mais qu'une parole d'enfant, à force de dialogue, peut ouvrir à la foi. « Jésus était assis à table dans sa maison. Beaucoup de publicains et de pécheurs étaient à table avec Jésus et ses disciples » (2. 15). La première approche du texte est anecdotique : c'est la photographie des images du récit comme fait le jeune enfant. Il voit la scène, s'imagine les gens nombreux assis, mangeant autour du maître. Tout se déroule dans une maison apparemment vaste, celle du Seigneur Jésus. A ce niveau de lecture, les mots font image, les représentations commandent la compréhension. L'enfant se projette dans le texte, s'y croit. Mais l'âge vient, un recul se prend à force d'oublier, le rapport au texte se modifie en silence. Soudain, des questions jaillissent qui ne s'étaient jamais posées. Ainsi Étienne (dix ans et demi) interroge étonné : « Mais c'est vrai : Jésus a une maison au bord du lac ? » Stupéfaction. Les enfants avaient en effet longtemps discuté sur le lieu du village : Capharnaüm (Mc 2, 1) ou la côte (Mc 2, 13) ? Étienne s'interroge à un autre niveau, plus fondamental. La crise qui couvait éclate : « Jésus était pauvre. Il n'avait rien à lui ? » L'étrange fait son apparition. L'enfant regarde l'adulte. Le moment est intense. Puis la question est lâchée : « C'est vrai ? Il avait une maison au bord du lac ? » L'adulte regarde l'enfant, lui sourit : « L'évangile le dit. » Étienne semble rassuré, mais que sa parole a pu le bousculer ! Il s'entend dire alors :

« Cherche Étienne et tu trouveras. On en rediscutera. » La réponse est venue huit jours plus tard. L'adulte avait relancé le débat quand, tout à coup, Cécile, qui jusqu'ici était silencieuse, s'est mise à balbutier une phrase maladroite, à peine compréhensible mais pleine d'émotion : « Le lac, le lac, s'est-elle écriée, mais c'est de l'eau, comme la mer Rouge, comme à l'église... A la porte, là, on fait un signe de croix avec une petite bassine. Eh bien c'est pareil ! Mon petit frère, lui, il a été baptisé... c'est pareil... l'église, la maison du Seigneur. » Un large sourire éclaire alors le visage d'Étienne : « Ça y est, dit-il, j'ai trouvé : la maison, c'est l'église... quand on va à la messe, l'autel, la table, les gens... » Enfin l'analogie !

La fonction pédagogique du texte évangélique a joué pleinement ici. Une aspérité du récit, des allusions à la vie liturgique et sacramentelle, et la parole n'est plus anecdotique, mais prend une épaisseur de vie. Certes, les enfants n'ont pas épuisé le texte évangélique, ils en ont perçu tel aspect : le Salut qui se donne dans l'Eucharistie, le pardon que le sacrement apporte. Cette découverte s'inscrira ultérieurement dans une synthèse personnelle comme tout le Credo d'ailleurs. Il est trop tôt pour l'obtenir. Seule l'adolescence permet ce type d'appropriation des langages, subjective et existentielle. Comme nous le verrons au dernier chapitre, l'enfant est encore trop lié au moment présent pour aborder les textes avec ce recul d'une perception intérieure de la durée.

« C'est comme la lumière du soleil que des yeux malades ne peuvent regarder ; ce n'est pas la lumière du soleil, qui par sa nature serait cause d'aveuglement, mais ce sont les yeux eux-mêmes qui ne peuvent voir. De la même manière les infidèles qui ont le coeur malade ne peuvent contempler les rayons de la Divinité... L'éclat de la gloire est pour ceux qui ont été illuminés, l'aveuglement pour les incroyants. Ces mystères que l'Église t'expose à toi, qui sors des rangs des catéchumènes, ce n'est pas l'habitude de les révéler aux païens; de fait, nous n'exposons pas à un païen les mystères qui concernent le Père, le Fils et l'Esprit-Saint ; nous ne parlons pas non plus clairement de ces mystères aux catéchumènes, mais nous disons beaucoup de choses d'une manière voilée, pour que les fidèles, qui savent, comprennent et que ceux qui ne savent pas ne soient pas aveuglés » (Saint Cyrille de Jérusalem, Cat. VI, 29.)

Le texte évangélique avec ses virtualités de Révélation, correspond au verset de saint Marc : « le Mystère du Royaume de Dieu est donné, mais à ceux du dehors, tout arrive en paraboles » (Mc 4, 1 1)... tout est arcanes, tout est secret, tout est voilé comme notre vie terrestre l'est aussi. Le texte évangélique est bien cohérent avec le principe de la vie spirituelle : Dieu se cherche. Dès lors, les récits de l'évangile ne livrent leur message que peu à peu, dans l'opération analogique de la méditation. Certes le message est pour tous puisque « le Seigneur fait briller son soleil sur les méchants et sur les bons » (Mt 5, 45), mais il faut désirer Dieu. Il faut admettre qu'il ne nous apparaît pas en clair comme les choses de ce monde. Sans quoi, je reste aveugle et inconscient de mon aveuglement. Je sais et je meurs ! Jésus ne dit-il pas aux pharisiens, pourtant les plus religieux des hommes : « Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché, mais vous dites "nous voyons" ! Votre péché demeure ! » (Jn 9, 41). Oui, le Créateur « étend la nuée dont il s'enveloppe, en couvre les sommets des montagnes » (Jb 36, 30). Telle est la raison première des arcanes.

En fin d'initiation, le dévoilement prend toute son extension avec la découverte des sacrements ; il atteint là son envergure divine avec la remise du Symbole. Dès lors, toute la foi de l'Église, la totalité du contenu, peut être intériorisée en une grande synthèse spirituelle qui s'approfondit toujours et qui se vit chaque jour. La liturgie la favorise en proposant tout au long de l'année les Écritures et le texte évangélique.

Il nous reste à préciser la fonction du « Credo » remis au catéchumène quelques jours avant son Baptême. A quoi peut-il servir quand l'initiation est terminée ? Nous allons maintenant voir l'aide qu'il apporte à la méditation biblique.

Lagarde C. 7 J., La foi des commencements. Catéchèse patristique et pédagogie moderne. Centurion/Privat 1987 Chapitre iii La transmission de la foi p.70-95

Notes

49 Les repas de Jésus ont dans les évangiles une signification messianique et sacramentelle. « Ils apparaissent comme étant la réalité dont les repas de l'Ancien Testament étaient les figures... De même que la multiplication des pains nous est apparue comme la réalisation de la figure de la manne et la prophétie de l'Eucharistie, ainsi ces repas du Christ nous apparaissent-ils à leur tour comme la préfiguration de l'admission des nations à la communauté messianique qui se réalise dans l'Église » (Bible et Liturgie, p. 212-213)... Et plus loin « Les repas du Christ sont à leur tour des figures des sacrements » (p. 296). La parabole de la Brebis perdue est donc introduite par une allusion sacramentelle insuffisamment remarquée aujourd'hui.

50 Pour Irénée, comme pour bien des Pères, la brebis perdue est l'humanité perdue dans le péché. Dieu, en son incarnation, vient habiter cette humanité déchue. Il se fait donc brebis. « Dieu avec nous » descendit dans les profondeurs de la terre pour chercher la brebis perdue, son propre ouvrage par lui modelé. Il remonta ensuite dans les hauteurs pour offrir et remettre à son Père l'homme ainsi retrouvé, effectuant en lui-même les prémices de la résurrection de l'homme » (Adv. Haereses 19, 3).

51 Cette phrase bien connue de Paul n'évoque ni un volume, ni une boite mais bien la Croix, expression de l'amour divin et du Mystère du salut : descente, montée, universalité (C. Couturier,179 Études augustiniennes, Aubier 1953, p. 234). Origène aussi réfère la phrase au signe de croix : il commente Isaïe en ce sens. « Dieu dit à Achaz (Is 7, 11) : "Demande pour toi un signe venant du Seigneur, dans les profondeurs et dans les hauteurs." Et l'apôtre dit comme une promesse : "de sorte que nous devenions capables de comprendre quelle est la profondeur et la hauteur, et la longueur et la largeur." Et Achaz a dit : "demande pour toi-même." Mais le peuple aujourd'hui encore ne demande pas de signe, et c'est pour cela qu'il ne l'a pas ce signe. » (Isaïe expliqué par les Pères, DDB 1983, p. 30.)

52 « Dieu se garda de dédaigner le genre humain. Au contraire : pour montrer au diable toute la folie de son entreprise et à l'homme toute la sollicitude qu'il gardait pour lui, il lui fit par la mort, cadeau de l'immortalité » (Jean Chrysostome, L'initiation chrétienne, p. 92). Difficile à entendre hors de la foi : à ne pas publier hors de propos.

53 L'image du lait est souvent associée dans l'Antiquité à celle du miel: le lait et le miel de la Terre Promise (Ex 3, 8). Une très ancienne coutume, remontant peut-être à l'âge apostolique, longtemps conservée à Rome, faisait absorber ces produits à la première messe des néophytes. Pierre leur dit : « Tels des enfants nouveau-nés, soyez avides du lait pur et spirituel » (1 P. 2, 2), lait sans doute sucré avec du miel comme pour les nourrissons. Voir aussi l'Épître à Barnabé 6, 8-19 (Sources chrétiennes 172). Hippolyte rappelle encore la coutume : « A l'offertoire » les diacres présentent à l'évêque... le lait et le miel mélangés ensemble pour réaliser les promesses faites à nos pères de leur donner la terre où coulent le lait et le miel, à savoir la chair du Christ qui nourrit ceux qui croient en Lui comme des petits enfants, qui change en douceur l'amertume du cœur par la suavité de la Parole » (L'initiation chrétienne, p. 27). Le Christ s'est fait « terre » et de Lui, ressuscité, « terre promise », coule une grâce donnée dans le sacrement, celle de la méditation des Écritures. Le Cantique l'annonçait : « J'ai mangé mon pain avec mon miel ; j'ai bu mon vin avec mon lait » (Ct 5, I). L'Exode s'achève ainsi en Christ.

54 La correspondance « Pharaon-Satan » est constante chez les Pères. Ainsi Origène : « Il se produisit ceci, après bien des jours : le roi d'Égypte mourut et les fils d'Israël poussèrent un soupir, leurs cris montèrent jusqu'à Dieu (Ex 2, 23). Aussi longtemps que vécut le Pharaon, les fils d'Israël ne purent pousser le moindre soupir. Dans leur malheur ils n'avaient même pas cette possibilité de gémir librement. C'est que ce roi, qui leur imposait de fabriquer les briques d'argile et de paille, était vivant. Aussi longtemps que Pharaon vécut, ils ne purent adresser leurs soupirs à Dieu. Quand Pharaon mourut, alors ils eurent la force de relever leurs visages mouillés de pleurs. Dans notre coeur, vit un roi mauvais ; tant que ce Pharaon qu'est le diable, est vivant, nous travaillons à faire des briques d'argile et de paille... Chaque fois qu'il meurt, nous sommes visités par le Seigneur Dieu ; alors nous soupirons vers le Seigneur » (Isaié expliqué par les Pères, DDB, p. 54. Voir aussi Cyrille de Jérusalem, L'initiation chrétienne, p. 36. Il s'agit évidemment d'une catéchèse baptismale commune).

55 Même les catéchumènes ignoraient tout de la liturgie sacramentelle (C. Couturier, Études augustiniennes, Aubier, p. 243). Ils pouvaient connaître des textes ayant rapport aux sacrements mais ils en ignoraient le sens ultime. Il y avait d'ailleurs, en plus du Symbole, trois passages bibliques soumis à la « traditio » et utilisés dans la liturgie baptismale : le psaume 22, le Cantique des cantiques et le Notre-Père. Ils étaient appris par cœur dès avant le sacrement où ils prenaient leur signification prophétique. (J. Daniélou, Bible et Liturgie, p. 242-243.)

56 L'image du cochon a une signification dans la symbolique juive. Ainsi l'explique l'épître de Barnabé : « Tu ne t'attacheras pas à ces hommes qui ressemblent aux porcs en ceci que dans les délices de l'abondance ils oublient le Seigneur, mais dans le besoin ils s'en souviennent bien. Ainsi le porc : tant qu'il mange, il ne connaît pas son maître, mais dès qu'il a faim, il grogne pour se taire à nouveau aussitôt satisfait » (10, 3a-b).

57 Le qualificatif « vide » attribué aux caroubes — ou glands en Occident — se retrouve chez Ambroise. « Le fils, écrit-il, souhaitait se garnir le ventre de glands... nourriture creuse au-dedans, molle au-dehors, faite non pour alimenter, mais pour gaver le corps, plus pesante qu'utile. » Cette étrange description du gland ou de la caroube provient sans doute d'une méditation spirituelle plus ancienne que l'évêque de Milan reprend ici. Il oppose en effet plus loin cette alimentation du bétail au pain eucharistique que possèdent les apôtres qui ont « en abondance, non les glands, mais les pains » (Traité sur l'évangile de saint Luc 7, p. 217 et 220). N'oublions pas que la parabole est introduite par la mention de la « substance ».

58 Le lien étroit qui unit cette parabole à la liturgie baptismale apparaît souvent et notamment dans une homélie inspirée d'Hippolyte de Rome : « Aujourd'hui les chrétiens ont tous dans leur 180 main un cierge qui brille du feu nouveau et dans leur âme le feu divin de la charité. Leur s'éteindra pas, car ils sont munis d'une provision d'huile inépuisable puisqu'ils ont tous ét dans l'esprit et dans le corps, de l'huile même du Christ, c'est-à-dire de l'onction indélébile du Saint Chrême qui fait d'eux d'autres christs : "ô Pâques, lumière des flambeaux nouveaux et éclat des torches des vierges, grâce à toi, les lampes des âmes ne s'éteignent plus ; le feu divin et spirituel de la charité brûle en tous, dans le corps et dans l'esprit, approvisionné de l'huile même du Christ.(Homélie pascale, Sources chrétiennes 27, p. 190.) Une correspondance existe aussi entre 1es lampes des vierges et la nuée de l'Exode (Grégoire de Nysse, cité en Sources chrétiennes 187, p. 72. Voir aussi Bible et Liturgie, p. 177.)

59 Cette parabole fut utilisée pour une catéchèse baptismale. Elle s'enracine cependant dans la tradition juive de la Pâque. On y retrouve les grandes images de l'attente messianique. La porte fermée évoque d'ailleurs celle du Temple, ouverte sur l'est, à minuit, après le repas pascal. Le Messie devait venir à ce moment-là comme l'annonce le prophète Malachie : « Voici que je vais envoyer mon messager pour qu'il déblaie un chemin devant ma face. Et soudain il entrera dans son Temple, le Seigneur que vous cherchez » (3, I) (Cf. R. Le Déaut, La nuit pascale, p. 288 et 294)

3 Développements théologiques.

3.0 Introduction….Retour de la question de Dieu.

« Les théologiens modernes (à part quelques exceptions notables) ont considérablement négligé la doctrine de Dieu. Ils commencent aujourd'hui à se rendre compte, je crois, que même s'ils doivent se contenter maintenant de parler surtout de la situation, de la nature et de la destinée de l'homme, le problème fondamental de la religion chrétienne est celui de la nature de Dieu. Comme le christianisme est fondé sur des traditions remontant à Jésus et aux apôtres et même, avant eux, à la vie et à la pensée juives, nous pouvons sans doute aborder cette question, du moins en partie, en nous référant à la doctrine de Dieu selon les premiers chrétiens. Une telle approche devrait nous permettre de voir non seulement comment le processus théologique a commencé, mais encore comment il s'est développé pendant sa période de formation, qui fut également une de ses époques les plus créatrices. Nous pourrons même percevoir d'où viennent quelques-uns des problèmes de toujours, et peut-être comment l'on peut résoudre certains d'entre eux en étudiant divers modes de pensée théologico-philosophique. » Grant R.G., Le Dieu des premiers chrétiens Seuil 1971 p.9

Les récits et autres documents de la Bible veulent nous aider à « faire face au Mystère en étant des échos de la recherche religieuse de croyants. Si les affirmations des Credo sont plus précises, les échos bibliques sont plus suggestifs. L’auteure des ouvrages sur Harry Potter, l'écossaise Joan Kathleen Rowling, qui est une croyante méthodiste (elle traversait une période de dépression personnelle quand elle a commencé la rédaction de la série, imaginée pendant un voyage en train) aurait écrit : « Le thème principal de la série est la mort. La recherche obsessionnelle de l'immortalité côtoie la quête d'identité de jeunes qui sortent progressivement de l'enfance.» Telle est la force des « histoires » Les récits religieux veulent expliciter les questions et réalités dernières et pas seulement des événements relevant de la vie courante. D’où la présence d’un double besoin : connaître le contenu des récits et pour ce connaître la langue dans laquelle ils s’expriment, non pas l’hébreu, le grec, etc, mais comment est utilisée différemment la langue courante.

Il nous faut commencer encore plus radicalement à cause de l’impact de la sécularisation actuelle, ou du moins de la claire opposition entre ce que Ch.Taylor a identifié comme l’humanisme exclusif ou immanent et l’humanisme religieux, qui nous impose de ne pas présupposer l’évidence du divin.

3.1 Contexte actuel.

3.11 Une société sans métaphysique

La Catéchèse biblique symbolique (cf Ch.2) éveille l'intérêt et suscite un besoin de forma-tion par l'originalité des opérations de sa démarche qui devient une grammaire à mettre en œuvre, un comment s'y prendre : raconter pour mettre en évidence les images clés, retrouver une image ailleurs dans la Bible, accueillir et susciter le questionnement, interpréter symboliquement pour entrer dans la dimension spirituelle et l'ouverture au Mystère. Il faut en même temps expliciter la portée de ces activités dans l'identification et la confrontation des suggestions du contexte moderne sécularisé - ce que fait le travail théologique proprement dit - afin que notre pratique catéchétique ne soit pas redéfinie et assimilée par la culture collective dominante.

Évoquons ce contexte culturel par quelques citations:

  • l'indifférence au questionnement ultime c'est à dire religieux.

    « La tragédie de l'homme moderne n'est pas qu'il en sache de moins en moins sur le sens de la vie mais que cela ne le dérange presque plus. » Vaclav Havel, Lettres à Olga 1984

  • le recyclage du christianisme par une reprise non chrétienne.

    « Le mot "Dieu" pour moi n'est rien de plus que l'expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible, une collection de légendes honorables et encore primitives qui sont néanmoins assez infantiles. Pour moi la religion juive comme toutes les autres religions est une incarnation des superstitions les plus infantiles.……. Je ne crois pas au Dieu de la théologie qui récompense le bien et punit le mal. Mon Dieu a créé des lois qui prennent soin de cela. Son univs n'est pas gouverné par ses caprices mais par des lois immuables Ce n'est certainement pas une conception chrétienne ou juive conventionnelle.»

    Lettre d'A.Einstein cité dans Guardian 13 mai 2008

    Einstein a raconté qu'il a traversé durant son enfance une phase pieuse, avant, de mettre en question sa religion conventionnelle vers l'âge de 12 ans. Plus tard dans sa vie, il a exprimé un sentiment d'émerveillement devant l'univers et ses mystères -- ce qu'il désignait comme un « sentiment religieux cosmique » -- et a proposé une expression souvent citée : « La science sans religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle ». Formule à entendre comme il l'affirme ci-dessus même si elle est remise en vogue par des « sages » contemporains.

  • la sécularisation de la modernité. Le contexte culturel actuel en Occident rencontré par notre catéchèse est étudié et présenté en profondeur par Charles Taylor dans son ouvrage A Secular Age Harvard University Press (2007). Il est traversé par la philosophie d'un « humanisme exclusif » - proposé comme transcendance immanente, en fait une éthique finale - prise comme évidence culturelle et normalité et ceci non seulement dans la pensée véhiculée par les institutions que nous habitons - science devenue scientisme- média de communication, éducation et exercice de la justice- mais jusque dans la pratique de la vie quotidienne par la construction d'un imaginaire collectif ou mythes présupposés sans analyse. En regard de quoi la foi doit devenir un un choix personnel réfléchi vers une transcendance réelle et Autre, ou Mystère « en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être » .(Actes des apôtres 17,28).

  • Ensuite il faut situer critiquement les expériences religieuses dans le contexte d’une culture particulière, pour nous donc, la culture « moderne» décrite ainsi par le philosophe Alasdair McIntyre (1956) une « société sans métaphysique ». Ce man que de croyances est fondamental pour notre situation, caractéristique de notre mode de vie, et inaperçu, donne un sens d’irréalité aux croyances métaphysiques - par exemple sur la religion - .

    « Our lack of any over-all belief structure, any world view, is thus not an accident….. For the loss of a general framework of belief engenders a loss of any overall sense of significance. Maclntyre concludes that ''the curious flavour that a combination of liberal morality and metaphysical meaninglessness gives to social life is the characteristic flavour of our time''. However, he warns that this may not be the end of the matter. For the lack of religion leaves a symbolic gap, a loss of imaginative power. So society becomes like the man in the Gospel from whom a devil was cast out…..

    It is therefore more correct to see our society as an idolatrous society than simply as a secular one. For idolatry is in essence a failure of vision, a diminished level of consciousness. Idols can be seen, touched, confined. Idolatry may take the form of packaged religion in which, for a fee, God-consciousness can be acquired. So, as the 'charisma hunger’ follows the twilight of conventional religion, people seek for God in a variety of more or less idolatrous channels. The first is the quest for secular messiahs, false gods. The post-war world is littered with messianic movements and totalitarian god-

    Leech K., Experiencing God 1985 20-1

La réponse à l'indifférence religieuse, aux spiritualités sans transcendance réelle - pensons à la ferveur « écologiste » - et aussi à la réaction fondamentaliste à ces athéismes - doit dépasser la simple addition de pratiques et opinions différentes mais apporter une démarche – un chemin - capable d'inviter et d'accompagner une transformation radicale de la vision du réel et de sa vie, transformation de l'expérience, de l'imagination, de la compréhension, de l'affirmation, de la mise en pratique et de l'amour, bref une conversion certes éthique mais fondamentalement religieuse c'est-à-dire ouverte au Mystère.

La proposition et l'éducation à la foi chrétienne doivent dépasser le modèle du transfert de connaissances fut-il de niveau universitaire et théologique. Car il s'agit d'ajouter une dimension nouvelle aux « connaissances », de passer d'un modèle qui est une surface (deux dimensions) à celui du volume (trois dimensions). Avec quelques autres j'ai expérimenté dans les études théologiques et bibliques l'absence de cette troisième dimension existentielle et spirituelle que décrivent les citations suivantes :

« Sans la réflexion historico-critique, nous ne pouvons lire la Bible, ni comprendre ce qui se passait à son époque. Tel est l'enseignement que nous a laissé le XIXème siècle, et il est sûrement juste de vouloir d'abord comprendre un texte en fonction de son temps. Mais en rester là, c'est très insuffisant, religieusement parlant. C'est pourquoi je suis convaincu que notre grille de travail théologique ne produit que des résultats grotesques. Sans parler encore de l'exégèse, c'est déjà le cas du style traditionnel de la pensée théologique en général » Drewermann E., La parole qui guérit Cerf 1991. p.97.

« Je pressentais des richesses non-atteintes dans les récits, ce qui me rendait inconfortable de passer vite à autre chose. Mais j’étais aussi inconfortable avec la banalité, avec les interprétations ne dépassant pas le sens commun et souvent pire que le bon sens. Et pourtant je ne pouvais pas faire beaucoup mieux. Les richesses étaient là mais où était la clé ? Évidemment ça devrait être chez les gens qui passaient le plus de temps avec les récits! Entrent alors les savants avec leur cadeau de la connaissance. Mais après avoir fermé le livre érudit ou souligné la conclusion de l'article, je sentais encore que les ‘richesses non-atteintes’ n'avaient pas été rejointes. Il fallait plus! L'exégèse avait été accomplie mais la pleine interprétation n'avait pas été osée. L'érudition était comme une chirurgie qui n'apporte pas la guérison. Les ‘histoires’ restaient là mais leurs promesses me faisaient encore signe.

Shea J., Gospel Light .Jesus Stories for Spiritual Consciousness . Crossroad. 1998, p.77.

Ajoutons ce diagnostic plus proche de notre milieu :

« Enfin, une autre minorité, plus présente chez les jeunes, chez ceux qui n’ont pas vécu au sein d’une société ou communauté religieuse, conduit sa vie sans se préoccuper des questions de sens et de finalité. Athées, les individus de cette minorité sont animés par leurs besoins et leurs désirs, par leurs passions, leurs affections et leurs raisons, sans sentir le besoin de situer leur vie au sein d’un horizon qui la dépasserait.

Tous, hormis ceux de la minorité croyante et militante, poursuivent, au sein de la société marchande, la recherche de leurs intérêts et de leurs plaisirs. Cependant, cet individualisme égoïste est partiellement contrecarré par des valeurs d’origine chrétienne, dont la compassion, fille de la charité. Même les athées sont, sans qu’ils en soient nécessairement conscients, habités par ces valeurs il suffit de les confronter aux critiques virulentes de Nietzsche contre la morale judéo-chrétienne pour découvrir à quel point ils demeurent imprégnés de cette morale.

Quel est l’avenir de la religion en Occident ? Nous n’en savons rien. Nous savons toutefois que la majorité des hommes ont besoin d’une conception du monde - qu’on peut nommer spiritualité - qui leur permette de donner un sens à tout ce que la raison ne peut expliquer. Nous savons aussi que si le christianisme se meurt dans les pays industrialisés, il est encore très vivant en Amérique latine et en Afrique, et qu’il serait fort présomptueux d’annoncer la mort d’une religion qui entre dans son troisième millénaire. »

Piotte J.M. Les Neufs clés de la modernité. Québec-Amérique 2001 p. 212-226.

3.12 Une culture nihiliste : pas de valeur plus importante que l’acte de choisir.

Dans l’héritage culturel moderne nous rencontrons une philosophie ou vision de la réalité volontariste plus qu’intellectuelle. On peut pressentir cette différence à partir des réponses à une question traitée dans les traditions philosophiques :

Q : Dieu peut il-faire des « ronds carrés », des montagnes sans vallée?

DescarteOui ! car exigé par la toute puissance de Dieu.
Thomas d'AquinNon! parce que la sagesse « précède » la puissance…..

David Hart ajoute que la modernité affirme la primauté de la liberté chez l’humain, donc la finalité de ses choix, non le contenu ou visée du choix mais l’acte de choisir en soi. Ce qui va poser le sujet face au nihilisme. Rien ne dépasse son choix libre, pas de nature humaine ou de transcendance qui se poserait devant ce choix. Choisir ou volonté libre devient la valeur clé d’une vie humaine dont l’horison est le néant

David. B. Hart, "Christ and Nothing" 2003 First Things 136 (October 2003): 47-57.« As modern men and women—to the degree that we are modern—we believe in nothing. This is not to say, I hasten to add, that we do not believe in anything; I mean, rather, that we hold an unshakable, if often unconscious, faith in the nothing, or in nothingness as such. It is this in which we place our trust, upon which we venture our souls, and onto which we project the values by which we measure the meaningfulness of our lives. Or, to phrase the matter more simply and starkly, our religion is one of very comfortable nihilism.

This may seem a somewhat apocalyptic note to sound, at least without any warning or emollient prelude, but I believe I am saying nothing not almost tediously obvious. We live in an age whose chief moral value has been determined, by overwhelming consensus, to be the absolute liberty of personal volition, the power of each of us to choose what he or she believes, wants, needs, or must possess; our culturally most persuasive models of human freedom are unambiguously voluntarist and, in a rather debased and degraded way, Promethean; the will, we believe, is sovereign because unpremised, free because spontaneous, and this is the highest good. And a society that believes this must, at least implicitly, embrace and subtly advocate a very particular moral metaphysics: the unreality of any “value” higher than choice, or of any transcendent Good ordering desire towards a higher end. Desire is free to propose, seize, accept or reject, want or not want—but not to obey. Society must thus be secured against the intrusions of the Good, or of God, so that its citizens may determine their own lives by the choices they make from a universe of morally indifferent but variably desirable ends, unencumbered by any prior grammar of obligation or value (in America, we call this the “wall of separation”). Hence the liberties that permit one to purchase lavender bed clothes, to gaze fervently at pornography, to become a Unitarian, to market popular celebrations of brutal violence, or to destroy one’s unborn child are all equally intrinsically “good” because all are expressions of an inalienable freedom of choice. But, of course, if the will determines itself only in and through such choices, free from any preve-nient natural order, then it too is in itself nothing. And so, at the end of modernity, each of us who is true to the times stands facing not God, or the gods, or the Good beyond beings, but an abyss, over which presides the empty, inviolable authority of the individual will, whose impulses and decisions are their own moral index. »

Pour que soit possible une quête de sens qui puisse s’ouvrir sur la réalité infinie aperçue comme Mystère, il faudra prendre appui ou mettre en œuvre la dynamique non tronquée de son esprit humain, ouverte au spirituel et capable de poser la question de Dieu. Notons que la signification du spirituel est devenue ambigue, certains la posant comme transcendance immanente et non une transcendance réelle.

3.2 De la Bible à la théologie. Descriptions bibliques et attribus divins

3.21. Deux langages sur Dieu.

Le langage théologique sur Dieu – existence de Dieu, noms ou attributs du divin - fait face aux expressions bibliques sur Dieu, plus dynamiques et imagées.

Isaïe 40,9 - 41,4

9 Monte sur une haute montagne, messagère de Sion; élève et force la voix, messagère de Jérusalem; élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda: « Voici votre Dieu! »

10 Voici le Seigneur Yahvé qui vient avec puissance, son bras assure son autorité; voici qu'il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui.

11 Tel un berger il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein, il conduit doucement les brebis mères.

12 Qui a mesuré dans le creux de sa main l'eau de la mer, évalué à l'empan les dimensions du ciel, jaugé au boisseau la poussière de la terre, pesé les montagnes à la balance et les collines sur des plateaux?

13 Qui a dirigé l'esprit de Yahvé, et, homme de conseil, a su l'instruire?

14 Qui a-t-il consulté qui lui fasse comprendre, qui l'instruise dans les sentiers du jugement, qui lui enseigne la connaissance et lui fasse connaître la voie de l'intelligence?

15 Voici! les nations sont comme une goutte d'eau au bord d'un seau, on en tient compte comme d'une miette sur une balance. Voici! les îles pèsent comme un grain de poussière.

16 Le Liban ne suffirait pas à entretenir le feu, et sa faune ne suffirait pas pour l'holocauste.

17 Toutes les nations sont comme rien devant lui, il les tient pour néant et vide.

18 A qui comparer Dieu, et quelle image pourriez-vous en fournir?

19 Un artisan coule l'idole, un orfèvre la recouvre d'or, il fond des chaînes d'argent.

20 Celui qui fait une offrande de pauvre choisit un bois qui ne pourrit pas, se met en quête d'un habile artisan pour ériger une idole qui ne vacille pas.

21 Ne le saviez-vous pas? Ne l'entendiez-vous pas dire? Ne vous l'avait-on pas annoncé dès l'origine? N'avez-vous pas compris la fondation de la terre?

22 Il trône au-dessus du cercle de la terre dont les habitants sont comme des sauterelles, il tend les cieux comme une toile, les déploie comme une tente où l'on habite.

23 Il réduit à rien les princes, il fait les juges de la terre semblables au néant.

24 À peine ont-ils été plantés, à peine semés, à peine leur tige s'est-elle enracinée en terre, qu'il souffle sur eux, et ils se dessèchent, la tempête les emporte comme la bale.

25 A qui me comparerez-vous, dont je sois l'égal? dit le Saint.

26 Levez les yeux là-haut et voyez : Qui a créé ces astres? Il déploie leur armée en bon ordre, il les appelle tous par leur nom. Sa vigueur est si grande et telle est sa force que pas un ne manque.

27 Pourquoi dis-tu, Jacob, et répètes-tu, Israël : « Ma voie est cachée à Yahvé, et mon droit échappe à mon Dieu? »

28 Ne le sais-tu pas? Ne l'as-tu pas entendu dire? Yahvé est un Dieu éternel, créateur des extrémités de la terre. Il ne se fatigue ni ne se lasse, insondable est son intelligence.

29 Il donne la force à celui qui est fatigué, à celui qui est sans vigueur il prodigue le réconfort.

30 Les adolescents se fatiguent et s'épuisent, les jeunes ne font que chanceler,

31 mais ceux qui espèrent en Yahvé renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s'épuiser, ils marchent sans se fatiguer.

41,1 Îles, faites silence pour m'écouter, que les peuples renouvellent leurs forces, qu'ils s'avancent et qu'ils parlent, ensemble comparaissons au jugement.

2 Qui a suscité de l'Orient celui que la justice appelle à sa suite, auquel Il livre les nations, et assujettit les rois? Son épée les réduit en poussière et son arc en fait une paille qui s'envole.

3 Il les chasse et passe en sécurité par un chemin que ses pieds ne font qu'effleurer.

4 Qui a agi et accompli? Celui qui dès le commencement appelle les générations; moi, Yahvé, je suis le premier, et avec les derniers je serai encore.

Les théologiens ont cherché à expliciter la grandeur infinie de Dieu en déployant la liste des « attributs divins » qui résument les expressions imagées et poétiques du texte biblique : compassion, justice ou droiture, omnipresence, eternité, immutabilité, omnipotence, omniscience, unité, sainteté et gloire. Thomas d’Aquin, Summa Theologiae Prima pars, qu. 13, De nominibus Dei. 12 art. propose sa liste des Attributs divins : compassion, justice, toute puissance, éternité, immutabilité, omniprésence, omniscience, unité, sainteté, gloire

Mais l’affirmation première est l’incomparabilité de Dieu, mais alors comment en parle-t-on malgré cette différence. Sous entendu comment un esprit fini peut-il évoquer l’infini, qui n’est pas un objet particulier mais tout. Je retiens cette interrogation depuis que le professeur de philosophie nous avait posé cette question : Y-a-t-il eu plus d’être, de réalité, après la création par Dieu qu’avant cette création ? Votre réponse…. spontanée est….. ?

-Recours à des comparaisons dans le texte d’Isaïe 40,9 -41,4 ci-dessus pour exprimer l’infini :

a) Dieu est semblable à des réalités que nous connaissons :

11 Tel un berger il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble les agneaux,

il les porte sur son sein, il conduit doucement les brebis mères. (compassion)

23 Il réduit à rien les princes, il fait les juges de la terre semblables au néant. (justice)

29 Il donne la force à celui qui est fatigué, à celui qui est sans vigueur

il prodigue le réconfort.

b) Dieu décrit avec images que nous ne pouvons imaginées

12 Qui a mesuré dans le creux de sa main l'eau de la mer, évalué à l'empan les dimensions du ciel, jaugé au boisseau la poussière de la terre, pesé les montagnes à la balance et les collines sur des plateaux? (toute-puissance)

22 Il trône au-dessus du cercle de la terre (unité) dont les habitants sont comme des sauterelles, il tend les cieux comme une toile, les déploie comme une tente où l'on habite (omniprésence)

28 Ne le sais-tu pas? Ne l'as-tu pas entendu dire? Yahvé est un Dieu éternel, créateur des extrémités de la terre. Il ne se fatigue ni ne se lasse, insondable est son intelligence (éternité, omniscience).

25 A qui me comparerez-vous, dont je sois l'égal? dit le Saint (sainteté, unité).

40,5 Alors la gloire de Yahvé se révélera.

3.22 Autres expressions de l’infini de Dieu.

a) Noms de Dieu en Islam

Les quatre-vingt-dix-neuf noms d'Allah le Très-Haut

1 Allah Le Dieu Absolu qui se révèle
2 Ar-RahmanLe Très-Miséricordieux
3 Ar-RahimLe Tout-Miséricordieux
4 Al-MalikLe Souverain, le Roi, le Suzerain
5 AI-Qouddous L'Infiniment Saint
6 As-SalamLa Paix, la Sécurité, le Salut
7 AI-Mou'minLe Fidèle, le Sécurisant, le Confiant
8 Al-MouhayminLe Surveillant, le Témoin, le Préservateur, le Dominateur
9 Al-AzizLe Tout-Puissant, l'Irrésistible, Celui qui l'emporte
10 Al-DjabbarCelui qui domine et contraint, le Contraignant, le Réducteur
11 Al-MoutakabbirLe Superbe, Celui qui se magnifie
12 Al-KhaliqLe Créateur, le Déterminant, Celui qui donne la mesure de toute chose
13 Ai-Bari'Le Créateur, le Producteur, le Novateur
14 Al-MousawwirLe Formateur, Celui qui façonne ses créatures de différentes formes
15 Al-Ghaffar Le Tout-Pardonnant, Il pardonne les péchés de ses serviteurs encore et encore
16 AI-QahharLe Tout et Très Contraignant, le Dominateur Suprême
17 Al-WahhabLe Donateur Gracieux, Généreux
18 Ar-RazzaqCelui qui pourvoit et accorde toujours la subsistance
19 Al-FattahLe Conquérant, Celui qui ne cesse d'ouvrir et d'accorder la victoire
20 AI-'AbLe Très-Savant, l'Omniscient
21 Al-QabizCelui qui retient et qui rétracte
22 Al-BasitCelui qui étend sa générosité et sa miséricorde
23 Al-KhafizCelui qui abaisse
24 Ar-Rafi'Celui qui élève
25 Ai-Mou'izzCelui qui donne puissance et considération
26 AI-MouzhillCelui qui avilit
27 As-SamiL'Audient, Celui qui entend absolument toute chose, qui est très à l'écoute
28 Al-BasirLe Voyant, Celui qui voit absolument toute chose
29 AI-HakamLe Juge, l'Arbitre, Celui qui décide, tranche ou prononce
30 AVAdlLe Juste, l'Équitable, Celui qui rétablit l'équilibre
31 AI-LatifLe Subtil-Bienveillant, le Bon
32 AI-KhabirLe Très-Instruit, le Bien-Informé
33 AI-HalimLe Longanime, le Très Clément
34 Al-AzimL'Immense, le Magnifique, l'Éminent, le Considérable
35 Al-GhafourLe Tout-Pardonnant
36 Ash-Shakour Le Très-Reconnaissant, leTrès-Remerciant, Celui qui accroît infiniment
37 AI-'AliyyLe Sublime, l'Élevé, le Très-Haut
38 Al-KabirL'Infiniment Grand, plus élevé en qualités que ses créatures
39 AI-HafizhLe Préservateur, le Conservateur, Celui qui garde
40 AI-MouqitLe Gardien, le Puissant, le Témoin, Celui qui produit la subsistance
41 Al-HasibCelui qui tient compte de tout, Celui qui suffit à ses créatures
42 Al-DjalilLe Majestueux, qui s'attribue la grandeur du pouvoir et la gloire de sa dignité
43 Al-KarimLe Tout-Généreux, le Noble-Généreux, Pur de toute abjection
44 Ar-RaqibLe Vigilant, Celui qui observe
45 Al-MoudjibCelui qui exauce, Celui qui répond au nécessiteux et au désireux qui le prie
46 Al-Wasi'L'Ample, le Vaste, l'Immense
47 AI-HakimL'Infiniment Sage
48 AI-WadoudLe Bien-Aimant, le Bien-Aimé
49 AI-MadjidLe Très Glorieux, doté d'un pouvoir parfait, de haute dignité, de compassion, de générosité et de douceur
50 Al-Ba’isCelui qui ressuscite ses serviteurs après la mort, Celui qui incite
51 Ash-ShahidLe Témoin, qui n'ignore rien de ce qui arrive
52 Al-HaqqLe Vrai, dont l'existence est la seule véritable
53 Al-WakilLe Gérant, l'Intendant, Celui à qui on se confie et dont le soutien ne fléchit jamais
54 At-QawiyyLe Très-Fort, le Très-Puissant, Celui qui possède le pouvoir complet
55 Al-MatinLe Très-Ferme, l'Inébranlable qui jamais ne fléchit ou ne se fatigue
56 Al-WalyyLe Très-Proche, l'Ami, le Maître, le Tuteur
57 AI-HaraldLe Très-Louangé, Celui qui est digne de louanges
58 Al-Mouh'syCelui dont le savoir cerne toute chose, Celui qui garde en compte
59 Al-MoubdiCelui qui produit sans modèle, Celui qui donne l'origine
60 AI-Mou'idCelui qui redonne existence après la mort, Celui qui réintègre, qui répète
61 Al-Mouh'yiCelui qui fait vivre, qui donne la vie
62 Al-MoumitCelui qui fait mourir le vivant
63 Al-HayyLe Vivant, dont la vie est différente de notre vie
64 Al-Qayyoum L'Immuable, le Subsistant par soi
65 Al-WadjidL'Opulent, Celui qui trouve ce qu'Il veut
66 Al-WadjidLe Noble, le Majestueux, Celui qui a plein de gloire
67 Al-WahidL'Unique, sans associé, le Seul, l'Un
68 As-Samad Le Maître absolu, le Soutien universel, Celui en qui on place sa confiance
69 Al-QadirLe Puissant, le Déterminant, le Détenteur du pouvoir
70 Al-MouqtadirCelui qui a pouvoir sur tout, le Détenteur Absolu du pouvoir
71 M-MouqaddimCelui qui met en avant, Celui qui précède ou devance
72 Al-Mou'akhkhirCelui qui met en arrière, Celui qui vient en dernier ou qui retarde
73 Al-AwwalLe Premier, dont l'existence n'a pas de commencement
74 Al-AkhirLe Dernier, dont l'existence n'a pas de fin,
75 Az-ZahirL'Extérieur, l'Apparent
76 At-BatinL'Intérieur, le Caché
77 Al-WallLe Maître très proche, Celui qui dirige
78 Al-Mouta'aliLe Sublime, l'Exalté, l'Élevé, Pur detout attribut de la Création
79 Al-Barr Le Bon, le Bienveillant, le Bienfaisant,envers ses créatures
80 Al-TawwabCelui qui ne cesse de revenir, d'accueillir le repentir sincère de ses adorateurs et qui leur accorde son pardon
81 Al-MountaqimLe Vengeur, qui a le dessus sur ses ennemis et les punit pour leurs péchés
82 Al-AfouwwCelui qui efface, l'Indulgent dont le pardon est large
83 Ar-RaoufLe Très-Doux, le Très-Bienveillant, à la miséricorde extrême
84 Malikoul-MoulkLe Possesseur du royaume, qui contrôle son règne et donne un règne à qui Il veut.
85 Zhoul Djalal Wal-IkramLe Détenteur de la majesté et de la générosité, qui mérite d'être exalté et non renié.
86 Al-Mouqsit L'Équitable, Celui qui rend justice, sans léser quiconque
87 Al-DjamiCelui qui réunit, Celui qui synthétise
88 Al-GhaniyyLe Suffisant par soi, Celui qui n'a besoin de personne
89 Al-MoughniCelui qui confère la suffisance et satisfait les besoins de ses créatures
90 Al-Mani' Le Défenseur, Celui qui empêche, Celui qui protège et donne victoire à ses pieux croyants
91 Ad-DharCelui qui contrarie, Celui qui peut nuire (à ceux qui l'offensent)
92 An-NafiCelui qui accorde le profit, l'Utile,Celui qui facilite à qui Il veut
93 An-NourLa Lumière
94 Al-HadiLe Guide
95 Al-BadiLe Novateur, Celui qui a créé touteschoses et les a formées sans modèle
96 Al-BaqiLe Permanent, dont la non-existence est impossible pour lui.
97 Al-WarisL'Héritier
98 Ar-RachidCelui qui agit avec droiture, Celui qui dirige avec sagesse
99 As-SabourLe Patient, leTrès-Constant, qui repousse la punition des pécheurs

b) Une proposition moderne et tenant compte de la modernité :

« La route jusqu'au bout : DIEU » Celui qui habite la lumière inaccessible

Des chrétiens ont remercié Dieu pour l'obscurité de l'Écriture. Ainsi Thérèse d'Avila abandonne la Bible latine trop difficile pour lire la parole de Dieu dans sa langue maternelle ; mais elle rencontre encore tant de passages qu'elle ne peut comprendre. Alors elle remercie Dieu. Que dans sa parole non plus on ne puisse le saisir, le comprendre, l'embrasser, devient pour elle un signe de la grandeur de son mystère. Je refuserais de croire en un Dieu que je pourrais comprendre, dirions-nous avec Graham Greene.

Aucun mot humain, pas même dans la Bible, ne réussit à nommer Dieu. Nulle part, l'Écriture n'atteint facilement à la clarté. Qu'il nous apparaisse dans la lutte ténébreuse du livre de Job ou au soleil levant des évangiles, le mystère n'est jamais enlevé, mais, au contraire, déployé. Nous pouvons relever dans les pages de l'Écriture des centaines de noms que l'on applique à Dieu. Ils expriment sa transcendance : « Celui qui habite une lumière inaccessible » (I Tim. 6, 16) ; sa sollicitude envers nous : « Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol » (Genèse 2, 7) ; son exigence jalouse : Notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12, 29) ; sa puissance vivifiante : « Tu me redresses la tête » (Psaume 3, 4) ; son amour : « Il courut se jeter à son cou et l'embrassa » (Luc 15, 20).

Tous ces mots ne sont que balbutiement, et pourtant une grande force émane d'eux. Si nous considérons l'ensemble de ce que la Bible nous dit de Dieu, il s'en dégage une certaine clarté. Non pas une clarté qui nous le fasse comprendre, mais une clarté qui nous met dans une meilleure direction. Car cela fait partie de la révélation de Dieu à Israël : elle dégage des fausses routes l'idée de Dieu qu'on trouve déjà dans la pensée humaine et l'oriente dans la direction où Dieu se laisse trouver. Cette mise au clair concerne en premier lieu la relation de ce monde à Dieu.

« Lui nous a faits » (Psaume 100)

La première expérience religieuse d'Israël est que Dieu, du haut de sa puissance souveraine, s'occupe de son peuple. Il est Dieu-sauveur. Plus tard seulement, découvrant un monde plus vaste, le peuple arrive à concevoir et à réaliser d'expérience que tout ce qui existe procède de ce Dieu sauveur ; il est Dieu-créateur, comme le chante en termes magnifiques le poème de la Création au premier chapitre de la Genèse.

Plus le monde se révèle vaste, plus se dilate notre idée de Dieu. Les nébuleuses et les années-lumière, les microbes et les particules nucléaires, les profondeurs du conscient et du subconscient, les progrès, la montée de la vie qui se découvre peu à peu à nous, mortels, tout cela élargit chaque jour davantage notre représentation de l'incompréhensible puissance créatrice de Dieu

En prenant conscience, tout particulièrement, du phénomène de l'évolution, nous accédons aujourd'hui à une nouvelle vision de sa splendeur. Le « devenir » de l'univers se déroule sous nos yeux et nous en faisons l'expérience dans notre vie. De ce fait nous sommes saisis de manière plus vive par une vérité qui fut toujours proclamée, mais sans qu'on y attache beaucoup d'attention : à savoir que l'affirmation : « Dieu crée le monde », est encore plus juste que la formule courante : « Dieu a créé monde. » La belle image biblique qui nous montre le Créateur modelant l'homme ne doit pas nous induire à penser que Dieu pouvait ensuite laisser le monde à lui-même. Créer n'est pas fabriquer, comme nous fabriquons nos oeuvres humaines. Le menuisier fabrique un meuble, puis s'en va, tandis que l'armoire tient par elle-même ; le poète crée son oeuvre, puis meurt, tandis que son poème continue d'exister. Mais si Dieu retenait un seul instant sa puissance créatrice on nous excusera de nous exprimer d'une façon humaine -- il n'y aurait plus rien. « Dieu est créateur » signifie que tout ce qui existe dépend actuellement de lui, que tout est suspendu à lui. Pour comprendre Dieu en tant que Créateur, il ne faut pas tellement penser aux commencements, mais au présent et à l'avenir. Dieu est maintenant en train d'achever.

L'expression « au commencement » qui ouvre la Bible (Genèse I, 1) et qu'on retrouve aussi au début de l'évangile de saint Jean (I, 1), ne doit pas être comprise comme une pure indication de temps, mais comme l'expression d'un ordre et d'un principe d'être. Elle signifie : « à l'origine », « au plus profond » ; elle proclame que Dieu est premier en toutes choses ; ainsi que le dit Ruysbroek, il est de toute chose cause, source et origine.

« Autant les cieux sont distants de la terre » (la transcendance de Dieu)

Et depuis le début, oui, depuis les temps où l'homme n'avait encore conscience que de la puissance souveraine de Dieu comme sauveur, le message biblique proclame que Dieu lui-même ne fait pas partie de ce monde. Pour la première fois, on pose correctement la relation de Dieu au monde. Dieu ne se perd pas dans le monde, il n'est pas absorbé en lui. Le mot « transcendant » veut exprimer cela. Dieu est transcendant, c'est-à-dire qu'il s'élève au-dessus de la création, qu'il est distinct d'elle. » Catéchisme hollandais 1968 p. 615-617.

3.23 Unité paradoxale de Dieu

La distinction des caractérisations toutes infinies du Mystère divin doit se compléter par la formulation d’un paradoxe qui nous signifie une représentation certes humaine mais propre au divin.

En Dieu toutes les descriptions ou attributs divins s’enracinent dans celle de l’amour. Dieu n’est pas pas ceci et cela, mais il n’est qu’amour. Il n’est pas confessé comme amour sous un aspect et non amour sous un autre. L’être de Dieu qui nous est révélé pleinement en Jésus de Nazareth est amour. Cet amour traverse et assume tous les attributs que nous lui reconnaissons. Ainsi la toute puissance de Dieu ou sa sagesse n’existe que comme amour.

Et simultanément nous pensons l’être de Dieu à partir de Jésus ressuscité comme toute puissance. La puissance qui relève Jésus de la mort est la puissance qui a pouvoir ou « dominion » sur toutes choses et sur tout ce qui s’oppose à l’amour. La compassion de Dieu ne diminue pas sa toute puissance. Dieu est le Seigneur, certes tout-puissant mais en premier amour.

Dans l’histoire on remarque que pour certains, Dieu est avant tout le tout puissant dont nous devons avoir crainte alors que pour d’autres Dieu est avant tout le tolérant de tous nos péchés.

Quand nous lisons la Bible et en particulier le Nouveau Testament nous devons reconnaître ce double foyer d’un Dieu qui n’est qu’amour en même temps que toute-puissance. Pour amener au salut ceux qu’il rencontre, Jésus accueille les pauvres et exclus mais tout autant confronte les autres et au premier rang ses disciples immédiats.

Dans la foi de l’Église, la conviction fondamentale affirme que les voies de la puissance ou dominium de Dieu et les voies de l’amour de Dieu sont ultimement identiques et qu’elles ne sont distinguées que pour soutenir notre méditation sur l’être de Dieu. Connaître ce que l’amour signifie en référence à Dieu est comprendre comme Dieu exerce sa toute puissance.

3.24 Actualité de la question des atttributs de Dieu

Johnson E., Quest of the Living God.

Bishops’ Doctrine Committee Faults Book by Fordham Professor

Sister Elizabeth Johnson’s Quest for the Living God distorts Catholic concept of God.

Book does not recognize divine revelation as the standard for Catholic theology.

Differs from authentic Catholic teaching on essential points.

WASHINGTON (March 30, 2011)—The U.S. bishops’ Committee on Doctrine authorized a statement March 24, critiquing Quest for the Living God: Mapping Frontiers in the Theology of God, a book by a Fordham University Professor, Sister Elizabeth A. Johnson, a member of the Sisters of St. Joseph of Brentwood, New York.

In the statement, the Committee asserts that the “basic problem with Quest for the Living God as a work of Catholic theology is that the book does not take the faith of the Church as its starting point. Instead, the author employs standards from outside the faith to criticize and to revise in a radical fashion the conception of God revealed in Scripture and taught by the Magisterium.”

The statement notes that Sister Johnson attempts to justify her revisions of traditional Catholic theology by arguing that this tradition has become contaminated by ideas from Enlightenment thinkers, who are responsible for the conception of God in what she calls “modern theism.”

“Against the contamination of Christian theology after the Enlightenment by modern theism, Sr. Johnson claims to be retrieving fundamental insights from patristic and medieval theology. As we have seen, however, this is misleading, since under the guise of criticizing modern theism she criticizes crucial aspects of patristic and medieval theology, aspects that have become central elements of the Catholic theological tradition confirmed by magisterial teaching,” the statement says.

The Committee contrasts Sister Johnson's assertion that the Church's names for God are metaphors that do not apply to the reality of God with the traditional Catholic understanding. The Church teaches, based on patristic and medieval theology, that certain names truly apply to God by analogy and are not merely metaphors.

“While Sr. Johnson is well within the Catholic theological tradition when she maintains that human language is never adequate to express the reality of God, she departs from that tradition when she makes the more radical claim that human language does not attain to the reality of God,” the statement says.

The Committee also criticizes her characterization of the Church's names for God as humanly-constructed metaphors that can be replaced by novel human constructions that are intended to help transform society in a positive way by promoting the socio-political status of women.

“What is lacking in the whole of this discussion is any sense of the essential centrality of divine revelation as the basis of Christian theology,” the statement says. “The names of God found in the Scriptures are not mere human creations that can be replaced by others that we may find more suitable according to our own human judgment. The standard by which all theological assertions must be judged is that provided by divine revelation, not by unaided human understanding."

The committee issued the statement because of the book's unacceptable departures from the Catholic theological tradition and "the fact that the book is directed primarily to an audience of non-specialist readers and is being used as a textbook for study of the doctrine of God."

”For these reasons … the Committee on Doctrine finds itself obligated to state publicly that the doctrine of God presented in Quest for the Living God does not accord with authentic Catholic teaching on essential points,” the statement says. The full statement is avallable online at https://www.fontbonne.edu/wp-content/uploads/2015/10/2009.pdf

……Cardinal Donald Wuerl of Washington offered introductory remarks on the committee’s action, March 30, when the statement became public and referred to a canon law concerning use of the imprimatur.

“The Bishops’ Committee on Doctrine is first and foremost concerned about the spiritual welfare of those students using this book who may be led to assume that its content is authentic Catholic teaching,” he said. “Although an imprimatur is not required for all books that treat Sacred Scripture and theology, it is still a recommended practice (see c. 827 §3). By seeking an imprimatur, the author has the opportunity to engage in dialogue with the bishop concerning the Catholic teaching expressed in the book. Thus, clarifications concerning the text can be made prior to its publication. It would have been helpful if Sister Elizabeth Johnson had taken advantage of this opportunity.”

He added that “The Bishops’ Committee on Doctrine is always open to dialogue with theologians and would welcome an opportunity to discuss Sister Elizabeth’s writings with her.”

USCCB Committee on Doctrine

Donald Cardinal Wuerl Archdiocese of Washington Chairman

Most Reverend Leonard. P. Blair Bishop of Toledo

Most Reverend Daniel M. Buechlein, OSB Archbishop of Indianapolis

Most Reverend José H. Gomez Archbishop of Los Angeles

Most Reverend William E. Lori Bishop of Bridgeport

Most Reverend Robert J. McManus Bishop of Worcester

Most Reverend Kevin C. Rhoades Bishop Fort Wayne-South Bend

Most Reverend Arthur J. Serratelli Bishop qfPaterson

Most Reverend Allen H. Vigneron Archbishop of Detroit

Most Reverend Arthur Serratelli, Bishop of Paterson

Most Reverend Allen Vigneron Archbishop of Detroit